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Le JPB > Sujet à la une 2006-03-15
Tout savoir sur la ferme, dégustation incluse
·Cinq fermes du Pays Basque, dont la ferme Aguerria de St-Martin-d’Arbéroue, ouvrent leurs portes le 26 mars

Public visé : la population locale. Mais a-t-elle vraiment beaucoup à apprendre de l’agriculture de son territoire ? Oh, que oui, de l’avis de la famille Pochelu de St-Martin d’Arbéroue qui sera l’une des cinq fermes du Pays Basque à ouvrir ses portes le 26 mars prochain pour tout montrer.

"Beaucoup de gens du coin, même vivant en milieu rural, sont déconnectés de ce qu’est la ferme, du fait de savoir par exemple qu’une brebis doit agneler pour pouvoir donner du lait... des choses qui nous paraissent pourtant basiques", explique Bernadette Pochelu, de la ferme Aguerria. Les questions étonnantes voire incongrues adressées aux agriculteurs ne sont donc pas le seul fait de certains touristes. Heureusement, le 26 mars, on pourra tout demander sans pudeur, ou apprendre aussi sans rien demander pour ces portes ouvertes organisées par le réseau Bienvenue à la Ferme.

Chez Aguerria, on a l’habitude de recevoir. Outre le gîte dont la ferme dispose depuis 1969, Jean-Claude et Bernadette Pochelu proposent, depuis l’an dernier, des visites de leur exploitation tout au long de l’année en marge de leur production de fromages fermiers Ossau-Iraty. Et pour répondre aux questions de base, ils ont réalisé une courte vidéo, fort pédagogique et en quatre langues, retraçant la vie de la ferme, de ses 300 brebis, de leur alimentation et de tous les détails de la production de fromage que l’on peut suivre étape par étape.

"La vidéo permet de montrer ce qui se passe en dehors de la saison où vient le visiteur", expliquent les agriculteurs.

Pour les portes ouvertes, ils ne seront pas seuls sur leur ferme. Florence Mourguy, productrice de vin d’Irouléguy, Jean-Marie Oçafrain, éleveur de porc basque, Michel et Laurence Legagnoa, producteurs de Piment d’Espelette, la conserverie de poisson Batteleku de Ciboure les rejoindront et proposeront également leurs produits. Et "le maintien du tissu rural passant aussi par ceux qui vivent autour de nous", la famille Pochelu a invité Marie-Luz Garat et Joana Caillaud, deux artisans d’art de leur commune.

Aguerria sera ouverte dès 10h et jusqu’à 18h, heure à laquelle on pourra participer à la traite des brebis. Toute la journée, les produits des différents agriculteurs pourront être dégustés et achetés.

"Nul n’est prophète en son pays", explique Florence Mourguy qui estime aussi que la population locale a encore à apprendre du vin d’Irouléguy. L’¦nologue et productrice de vin à Ispoure pense qu’il faut encore communiquer sur l’appellation basque qui traîne parfois une réputation en contradiction avec la qualité atteinte ces dernières années.

À quelques kilomètres de Saint-Martin-d’Arbéroue, la ferme Arnabar d’Irissarry proposera également la visite de sa ferme. La famille Curutchet-Etchart élève et transforme de façon artisanale des canards gras. Foie gras et autres rillettes tenteront ici aussi les papilles. À Came, Nathalie Bertranine présentera sa ferme équestre avec plusieurs animations à la clé. Le matin des jeux seront proposés aux enfants de plus de 3 ans. L’après-midi, sur le thème des films et dessins animés, les cavaliers plus aguerris, de 10 à 66 ans, se mettront en selle pour jouer des sketchs avec leurs montures.

À Ustaritz, la ferme Mamia Baita de Vincent Darritchon qui produit du Piment d’Espelette et détient un camping à la ferme sera également ouverte avec expo, visites et dégustation à la clé. Enfin, à Sainte-Engrâce, Didier Constante fera aussi visiter sa ferme découverte avec dégustation de produits locaux.



"Il faut que notre image soit le reflet de ce que l´on fait"

ENTRETIEN

Bernadette POCHELU / Productrice fermière à Saint-Martin-d’Arbéroue

Outre les portes ouvertes du 26 mars, vous assurez la visite de la ferme toute l’année, en recevant des gens à toute heure. Cela ne devient-il pas un autre métier que celui de simple agriculteur?

Déjà, aller jusqu’au bout de sa production, réaliser un produit fini, c’est un autre métier. Rencontrer des gens qui viennent de partout pour leur expliquer notre façon de faire, également. Mais nous ne sommes pas des guides touristiques. Nous ne répétons pas les mêmes choses à longueur de temps. Nous racontons notre métier, notre pays, suivant les saisons, nous montrons ce que l’on fait en faisant participer les gens, que ce soit à rentrer les brebis, à les traire, à faire les foins...

Cela doit prendre beaucoup de temps...

Oui, il faut être très organisé. Quand on aime, ce n’est pas gênant. Ou Jean-Claude ou moi, nous nous libérons toujours pour démarrer les visites. Mais c’est un exercice passionnant.

C’est un investissement payant ?

Oui, derrière la visite, on vend le produit évidemment. En novembre dernier, nous étions en rupture de stocks de fromages. Sur le plan de l’information aussi, nous avons de très bons retours sur ce que les gens retiennent. Par exemple, j’ai dit une fois à une animatrice de CAT qui venait pour la huitième semaine consécutive avec un groupe de son centre qu’elle devait en avoir assez d’entendre toujours la même chose. Elle m’a dit qu’au contraire, elle apprenait chaque fois quelque chose de nouveau.

Pour convaincre ou sensibiliser vos visiteurs, votre discours se doit d’être solide...

En effet, il faut soigner notre image mais surtout il faut que celle-ci soit le reflet de ce que l’on fait. Les gens le ressentent tout de suite, on ne peut pas faire semblant, par exemple, prôner l’alimentation à base d’herbe et avoir un tas d’ensilage près de la bergerie.

Justement, en tant que producteur d’Ossau-Iraty, que pensez-vous de l’actuel débat sur l’AOC?

Nous sommes un peu déçus de ce qui s’est passé. L’évolution prônée par l’ancienne équipe était intéressante. Le CNPL [Comité National des Produits Laitiers, ndlr] avait lui-même demandé un resserrage des conditions de production. De notre côté, même avant de commencer à fabriquer du fromage, nous nous étions rendu compte que le troupeau était plus sain avec une alimentation naturelle. Sur le mur de notre saloir, nous avons affiché le nouveau cahier des charges (celui qui est actuellement suspendu suite aux dernières élections) et nous précisons que nous le remplissons. Il faut quelque chose de fondé derrière une AOC.


 
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