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Le JPB > Pays Basque 2006-03-15
Neuvième jour de grève de la faim pour Lassalle
·Le député de la IVe circonscription à cheval entre le Béarn, la Soule et la Basse-Navarre fait part de sa détermination

Le député Jean Lassalle a entamé hier sa deuxième semaine de jeûne au Palais Bourbon pour protester contre la délocalisation d’une usine du groupe nippon Toyal de sa vallée béarnaise, un esprit "samouraï" qui suscite l'intérêt du public en France mais aussi au Japon.

"Je viens d'être interviewé par deux journalistes japonais, je leur ai expliqué mon action. D'autres vont encore venir", assure le député UDF, satisfait d’apprendre qu’un des journalistes travaille dans un quotidien tiré à 12 millions d’exemplaires.

Depuis le 7 mars au matin, il n'a quasiment pas bougé de la banquette de velours rouge de la salle des Quatre Colonnes, sauf pour aller se changer et dormir quelques heures dans son bureau de parlementaire proche.

Aucun aliment non plus depuis, seulement de l'eau. "Trois litres par jour, c'est très important pour mon organisme. Je bois même quand je n'ai pas soif, et quand j'ai faim", explique le député-maire et conseiller général de Lourdios-Ichère, petit village de 150 âmes en Béarn.

Au septième jour, ce gaillard de 50 ans, père de quatre enfants, amaigri par le jeûne, dit avoir "passé le cap de la faim". "Mon estomac ne crie plus famine. Je suis un peu fatigué mais bien dans ma tête", répète-il à la presse avec un sourire marqué. Combien de kilos de perdu ? "Aucune idée, je ne m’étais pas pesé avant" dit-il avec un air de regret.

Il a rencontré Yoko Kitazawa, "qui suit les actions des ressortissants japonais dans le monde et en réfère aux autorités de son pays", venue le voir "à la demande de la presse nippone qui voulait mieux cerner ma détermination" devant ce projet "absurde" de Toyal, spécialisé dans la fabrication de poudre et de pigments d'aluminium.

"Elle m'a expliqué que ma grève de la faim est très bien comprise au pays du Soleil levant, car la notion de sacrifice, d'esprit samouraï, est très forte dans la culture japonaise", confie ce fils de berger de la Vallée d'Aspe.

En dépit de l'avertissement du président de l'Assemblée nationale, l’UMP Jean-Louis Debré, qui souhaite le voir arrêter son action, et des critiques de certains, les encouragements continuent à affluer.

Outre ses collègues UDF, dont le président du parti centriste, l’ami béarnais" François Bayrou, des députés de tout bord lui ont apporté leur soutien, de même que "plusieurs milliers d'internautes".

Les maires du canton d'Accous site de l'usine Toyal seront aujourd’hui à l’Assemblée. Ils ont demandé à rencontrer à cette occasion Jean-Louis Debré pour demander son "appui" et lui dire que l'action de leur député "dépasse largement le cadre de la seule vallée d'Aspe".

"C'est un homme entier, de conviction et d'honneur", explique Didier Hervé, directeur de l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn, un organisme présidé par ce même député des Pyrénées-Atlantiques.

La stature haute, le cheveu coupé en brosse, les "R" qui roulent comme des cailloux au fond du Gave d'Aspe, M. Lassalle poursuit, imperturbable, sa grève de la faim.

Pressions

Les "pressions de mastodontes de l'économie", les "agacements" de certains de ses pairs n'ont pas de prise sur sa détermination, dit-il. "Total a signifié qu’il n’installerait plus jamais d’entreprise en Pyrénées-Atlantiques, la section paloise est menacée de ne plus avoir de sponsor et idem pour l’Elan Béarnais", s’insurge l’élu Béarnais.

Rien n'y fait. Pas même l'appel d'une partie des salariés de l'entreprise pour qu'il cesse sa grève de la faim. "J'avais prévu les pressions, dire qu’ils sont arrivés à faire signer un papier à des salariés contre leurs intérêts", lâche le député qui dit ruminer cette action depuis un an et demi et explique s'être décidé "comme on se jette à l'eau".

Il veut aller jusqu'au bout, jusqu'au retrait du projet de "délocalisation" de ce fabricant de poudre d'aluminium installé depuis 1925 dans la vallée d'Aspe.

"Je pense que mon plus grand adversaire c’est moi-même. Je ne sais pas jusqu’à quand je vais tenir, mais pour l’instant je me porte mieux que prévu, avec tous les soutiens des députés, la nombreuse presse et les milliers de mails".

"Si on réussit à faire revoir les plans de ces méga-groupes on pourra commencer à bâtir d’autres perspectives pour cette société en déclin, afin d’éviter le gâchis social et humain que nous voyons aujourd’hui".

Cet ancien joueur de rugby il jouait 3e ligne aile s'était fait remarquer une première fois en juin 2003, en entonnant à plein poumon dans l'hémicycle l'hymne "Aqueros mountagnos" dans sa langue béarnaise.

Le député totalement inconnu par la presse parisienne à l'époque entendait ainsi protester contre le refus du gouvernement d'accorder des gendarmes supplémentaires pour la sécurité du tunnel du Somport. Un pari qu’il avait alors gagné.

Ne siégeant à l'Assemblée que depuis 2002, M. Lassalle est en revanche élu local de longue date: conseiller général à 23 ans et maire depuis l'âge de 21 ans de son village natal, Lourdious-Ichère, à la césure entre le Béarn et le Pays Basque.

Sa circonscription, la quatrième des Pyrénées-Atlantiques, embrasse les deux cultures, basque et béarnaise, allant de l'âpre vallée d'Ossau en Béarn aux montagnes douces du Pays Basque.

Mais c'est "sa" vallée d'Aspe qui anime l'essentiel de ses batailles et les cheminements du député sont parfois sinueux comme la route qui mène vers le Col du Somport et l'Espagne.

L'élu, qui était favorable à l'ouverture du tunnel routier du Somport en 2003, bataille maintenant contre l'autorisation faite au transport de matières dangereuses à travers l'ouvrage.

Favorable à l'introduction de deux ours dans le Haut-Béarn pour compenser la mort accidentelle de l'ourse cannelle, M. Lassalle est maintenant farouchement opposé au plan de réintroduction du gouvernement.

À chaque fois, il dénonce le "fait du prince", vilipende les choix de Paris faits sur le dos des "petits", ses électeurs.

Le président UDF du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques Jean-Jacques Lasserre résume: "Il est déchiré par tous ces problèmes qui se télescopent et concernent sa vallée : la désertification, l'ours, Toyal. Il est très préoccupé par l'incompréhension de beaucoup de décideurs face à ce que vit son territoire."

Lieutenant de François Bayrou il avait failli "piquer la place" à Jean-Jacques Lasserre lorsque le chef du parti décida de se rapprocher de Paris. Mais Lassalle avait su prendre sa revanche en annonçant sa candidature pour la IVe circonscription avant tout le monde, avec un UMP comme suppléant, Jacques Coumet. Du côté de Pau l’on dit à qui veut l’entendre que Jean-Jacques Lasserre aurait bien brigué ce mandat, mais que l’élu de la Vallée d’Aspe avait été plus rapide que lui.

La fin

La direction de Toyal Europe a démenti tout projet de délocalisation, parlant de "projet d’extension" de l'activité sur un second site, situé 60 km plus loin, dans le bassin industriel de Lacq. Un projet qui signerait la fin de la vallée selon son député. "C’est la dernière usine du canton. Si elle part, c’est tout un tissu qui partira avec. C’est une centrale hydroélectrique qui nourrit l’usine. L’usine entretient les villages des alentours. Si elle part, les salariés partiront avec, ils vendront leurs maisons et la jeunesse n’aura pas de travail sur place".

Pour Jean Lassalle, "l’extension" à Lacq signifie que l’usine se videra peu à peu jusqu’au jour où il ne restera "qu’une coquille vide".

"Je me suis battu comme un chien sur cette affaire. J’ai averti le responsable de Total qui est en charge de la reconversion de Lacq, que je me battrai comme une bête blessée à mort". "Je suis infiniment petit face à un groupe infiniment riche qui affiche 12 millions d’euros de bénéfices cette année encore. Mais je suis déterminé, je ne laisserai pas faire. Je ne veux pas que notre vallée revienne à l’époque de Germinal" lance-t-il.

Plus encore, pour l’élu qu’il est c’est l’honneur du député basco-béarnais qui est en jeu", "l’image du politique qui ne fait rien pour ces citoyens" qu’il souhaite effacer par cette lutte.

En grève de la faim jusqu’à quand ? "Dès que la première pierre pour l’extension sur place sera posée, j’arrête ma grève de la fin" annonce-t-il au JPB rappelant que la communauté de communes a racheté un terrain de 2,5Ha pour recevoir cette extension.

Soutien de l’UDF

La Fédération UDF des Pyrénées-Atlantiques, ses militants et ses sympathisants, tiennent à exprimer leur "soutien affectueux" à Jean Lassalle "pour le combat difficile qu’il a décidé de mener, au nom des valeurs qui lui sont chères". Nous saluons son courage et la force de ses convictions, qui imposent le respect. Jean s’est dressé pour défendre son territoire et ceux qui y vivent, pour dénoncer des méthodes qui lui sont devenues insupportables. À l’heure où le cynisme et la compromission triomphent trop souvent, Jean Lassalle nous donne, à sa façon, une leçon de responsabilité politique.


 
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