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Le JPB > Pays Basque 2006-03-15
"On cherche à affaiblir la gauche abertzale et à conditionner l’éventuel processus de paix"
·Batasuna estime que "les dernières attaques ont pour but de donner l’image d’une gauche abertzale à genoux"

Pour Batasuna, la convocation par le magistrat de l’Audience Nationale espagnol Fernando Grande-Marlaska d’Arnaldo Otegi et de quatre autres personnalités de la gauche abertzale relève d’un double objectif: "poser des obstacles pour la mise en place d’un processus de résolution du conflit" et dans le cas où le dialogue voyait le jour "affaiblir la gauche abertzale et conditionner ainsi le processus".

Selon Jean-Claude Aguerre et Xabi Larralde, membres du bureau de Batasuna, "il est évident que l’incarcération d’un interlocuteur majeur dans un conflit est un acte grave: on ne peut pas mettre en place un processus politique de résolution démocratique si des interlocuteurs incontournables sont mis en prison".

Selon Batasuna, à travers cette décision judiciaire "on veut donner une image de la gauche abertzale mise à genoux". Batasuna rend "responsable de ces attaques" le PSOE et le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero. Xabi Larralde a souligné qu’"ils ne réussiront pas à infléchir la ligne de travail" dessinée par la gauche abertzale le 14 novembre 2004. Batasuna estime que la situation structurelle en Pays Basque offre "des opportunités pour la résolution démocratique du conflit" et que dans ce sens "la position de la gauche abertzale ne changera pas malgré le contexte actuel".

Pour Batasuna, dans la mesure où ces dernières décisions judiciaires sont des obstacles au processus de paix et dans la mesure où toute la société basque souhaite l’ouverture d’un tel processus, "ça appartient à toute la société civile d’apporter une réponse à ces attaques". Dans ce sens Xabi Larralde a lancé un appel à la mobilisation à l’ensemble des acteurs politiques, syndicaux et sociaux du Pays Basque, mais plus concrètement "aux forces du Pays Basque nord qui au-delà du champ abertzale sont favorables à un processus de paix".

"Otegi n’est pas interlocuteur"

Xabi Larralde a insisté sur la nécessité de ne pas laisser passer cette opportunité pour la résolution du conflit et a lancé un message aux gouvernements espagnol et français pour qu’ils "respectent le droit de tous les Basques de décider de leur avenir". L’élu bayonnais a lancé une nouvelle fois à l’exécutif français un appel pour qu’il s’implique dans l’éventuel processus et qu’il accepte le principe d’une "consultation démocratique" pour l’ensemble du Pays Basque. "Le principe du droit à l’autodétermination a été accepté en 1988 pour la Nouvelle Calédonie. Cela veut dire que le cadre constitutionnel actuel permet l’exercice du droit à l’autodétermination. Où est-il le problème d’une consultation populaire pour un Etat qui se dit démocratique", s’est-il interrogé.

Par ailleurs, Batasuna a annoncé le report sine die de la réunion prévue le samedi 18 mars à Hendaye au cours de laquelle la formation de la gauche abertzale devait présenter sa ligne politique, dessinée en fin de processus de débat interne Bide Eginez. Ce report répond au contexte actuel: "Que ferait l’UMP si la veille d’un meeting Nicolas Sarkozy était mis en prison?", a comparé Xabi Larralde.

Batasuna comptait initialement présenter le document baptisé "Construire le Pays Basque par la gauche" lors d’un congrès en janvier dernier au parc des expositions de Barakaldo, mais cette réunion avait été interdite par le magistrat Fernando Grande-Marlaska. "Alors, nous avions modifié la formule, en organisant un rassemblement. Mais il nous fallait présenter le document" a expliqué Jean-Claude Aguerre.



Incarcérer Arnaldo Otegi "est un non-sens juridique et une stupidité politique" selon l’exécutif de Vitoria-Gasteiz
La porte-parole du gouvernement de la Communauté Autonome Basque Miren Azkarate, a déclaré hier que l’incarcération du leader de Batasuna Arnaldo Otegi serait une "stupidité politique" dans un contexte d’apaisement ayant pour but l’ouverture d’un processus de résolution du conflit basque. "C’est un non-sens juridique et une stupidité politique d’emprisonner l’interlocuteur d’un processus de dialogue, en générant de la tension et un affrontement permanent", affirme le communiqué officiel qu’elle a lu.

Pour le gouvernement basque, derrière la décision du juge espagnol Fernando Grande-Marlaska "il y a une main politique". La porte-parole gouvernementale a ajouté que ce type de décision "n’aide pas à la création d’un climat propice" pour arriver au bout d’un processus de paix.

Cela dit, la porte-parole de l’exécutif de Vitoria-Gasteiz a ajouté que la voie du processus de résolution du conflit n’a pas de marche arrière. "Il nous semble très clair que nous nous trouvons dans un chemin sans retour, non pas parce les uns le souhaitent plus que les autres, mais parce que c’est la volonté et le désir majoritaire de la société basque".

"Pas interlocuteur"

Le secrétaire d’organisation du PSOE a affirmé hier qu’Arnaldo Otegi "n’est pas un interlocuteur pour le PSOE" parce qu’"il ne condamne pas la violence". José Blanco, tout en déclarant que sa formation "respecte" la décision du juge de l’Audience Nationale, a souligné que le PSOE et le gouvernement espagnol maintiennent "tous les espoirs de paix intacts".

Par ailleurs, en répondant à la gauche abertzale et aux propos du lehendakari sur le respect du droit des Basques à décider de leur propre avenir, José Blanco a affirmé que "le droit à décider n’est pas compatible avec l’actuel cadre constitutionnel et juridique".

Pour Patxi Lopez, secrétaire général de la fédération socialiste dans la Communauté Autonome Basque, "l’autodétermination n’est pas un droit mais une revendication des nationalistes".



"Tant mieux si De Villepin se dit optimiste"
En référence aux propos du Premier ministre français lors de sa visite à Madrid, Batasuna a voulu rappeler que le conflit basque incombe aussi à Paris. Dominique de Villepin a assuré lundi que la paix au Pays Basque est "un espoir partagé entre la France et l’Espagne" mais que la décision d’ouvrir ou non des négociations avec l’ETA revient à Madrid. "Nous appuyons par conséquent toutes les actions qui vont dans ce sens, dans le sens de la paix", a ajouté le premier ministre.

"La clé de la résolution démocratique du conflit basque réside dans le respect du droit des citoyens basques à décider de leur propre avenir. Sans ce respect, il n’y aura jamais de processus de paix démocratique ; le PSOE le sait très bien", a affirmé Xabi Larralde. "Si M. De Villepin s’est dit prêt à collaborer avec l’Espagne, cela veut dire qu’il est prêt à réfléchir sur une modalité de respect de la volonté des citoyens du Pays Basque nord. Si son optimisme se base sur cette vision, tant mieux", a-t-il ajouté. "Si c’est ça, nous aussi on peut être optimistes".


 
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