Jakilea
L’autre Outreau
La catastrophe d’Outreau est le fruit pourri de l’inhumaine routine, de l’arrogance de juges jouissant du pouvoir qu’ils exercent, de ce que le philosophe Michel Foucault appelait "la paresse judiciaire".Un second Outreau émerge, aussi grave que le premier, mais d’une tout autre nature. Trois journalistes du Point révèlent, témoignages à l’appui, les tortures infligées à des suspects par les policiers de la division antiterroriste dirigée par le commissaire Marion, bien connu des Basques. La Cour d’Assises de Paris, jugeant en appel, acquitte deux prétendus commanditaires corses de l’assassinat du Préfet Erignac qui avaient été condamnés en première instance à trente ans de prison. Les débats avaient démontré que Marion et ses hommes ne reculaient devant aucun moyen pour parvenir à leurs fins. Au contraire du premier, cet autre Outreau ne résulte pas de l’inexpérience d’un juge et de l’inertie de sa hiérarchie. Il est la conséquence directe de la hargne politique, de la passion partisane et des dérives mafieuses de clans policiers et judiciaires se considérant comme au-dessus des lois de la République. Tout est bon pour parvenir à la condamnation: dépôt de documents ou de matériel compromettants au domicile de ceux dont on poursuit l’élimination, fabrication de faux procès-verbaux, etc. Les tortures ? Qui ne se souvient des hurlements d’indignation d’Irène Stoller, si souvent chargée de soutenir l’accusation contre les militants basques, chaque fois qu’un témoin ou un avocat évoquait les tortures pratiquées dans les commissariats espagnols ? La torture en Espagne démocratique, c’est inconcevable. Mais voici qu’Alain Marsaud, ancien juge antiterroriste, et des plus fameux, l’estime à la fois plausible et admissible en France. Il déclare froidement à propos des révélations des journalistes du Point : "Que des violences aient eu lieu, notamment en garde à vue, cela est envisageable et à la limite cela ne me choque pas". Comment espérer que les policiers restent dans le cadre de la loi quand les magistrats, chargés en principe de contrôler leur travail, ne bronchent pas devant leurs pires débordements ? M. Marsaud est aujourd’hui député UMP. Sans doute le verrons-nous, un jour prochain, monter à la tribune de l’Assemblée et évoquer avec les habituels trémolos "la France, patrie des droits de l’homme"... Ces hypocrisies soulèvent le coeur. Saurons-nous un jour combien de militants basques ont été victimes de ces méthodes ignobles?
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