L’anglais dame le pion à l’euskara. La langue basque n’a pas la cote dans les appellations viticoles des sept provinces. Sur la douzaine de marques analysées par Kontseilua, fédération des associations ¦uvrant en faveur de l’euskara, neuf accordaient une place à l’anglais pour seulement deux à l’euskara. Une situation que déplore l’organisme en mettant en avant le cas "exemplaire" de la Catalogne.Kontseilua s’est intéressé aux trois dénominations viticoles présentes en Pays Basque. Au total, douze caves ou domaines des appellations d’origine Rioja, Navarre et Irouléguy ont été étudiées. "La conclusion est la suivante : aucune législation n’imposant aux producteurs la présence de l’euskara sur les étiquettes, celle-ci est pratiquement nulle, sauf rares exceptions", a commenté Jone Josié, animatrice de Kontseilua en Pays Basque nord.
Pour la Basse-Navarre, Kontseilua a étudié les étiquettes des vins (Domaine de Mignaberry et Mendia) de la Cave des Vignerons du Pays Basque basée à Baigorri, du vin Ilargi du Domaine de Brana d’Ispoure et des vins des domaines Etchegaraya et Arretxea d’Irouléguy. En Pays Basque sud, l’analyse s’est basée sur les sept caves les plus importantes recensées par le guide Campsa.
C’est le Domaine de Mignaberry qui a récolté la meilleure note du lot. "Si en Iparralde, les étiquettes des produits sont généralement uniquement en français, celle du Mignaberry est une bonne surprise pour l’euskara, même si elle n’est pas complètement bilingue", a indiqué Jone Josié. L’étiquette du Mignaberry comme celle de tous les vins produits par la cave de Baigorri porte la mention Euskal Herriko Ekoizpena (produit du Pays Basque), le terme sormarka traduit appellation contrôlée et Euskal Herriko Mahastizainak rappelle que le millésime appartient à la Cave des Vignerons. Kontseilua a également rappelé que la Cave est détentrice du label Bai euskarari et qu’elle a affirmé son intention de poursuivre son effort en faveur de la langue basque. Elle participe par exemple à des séances de dégustation dont l’objectif est d’enseigner aux participants les termes basques désignant les différentes étapes et qualificatifs de la dégustation.
Pour une réglementation
Kontseilua s’est aussi intéressé aux sites web des domaines concernés. Neuf caves possèdent leur propre site et parmi eux, sept sont accessibles en anglais, sept autres en castillan, cinq en français, trois en allemand et seulement deux en euskara : ceux de Marques de Riscal et de la cave navarraise Aroa. "Même si ces deux sites ne sont pas complètement bilingues, la majorité des informations peut être consultée en basque", a noté Kontseilua.L’organisme de défense de l’euskara a tenu à souligner que la situation est sensiblement différente en Catalogne où la langue locale bénéficie d’un meilleur traitement. "Nous pouvons trouver en Catalogne des produits dont les étiquettes privilégient la présence du catalan ou mieux qui affichent des étiquettes uniquement dans cette langue, à l’image de l’appellation Penedés", a expliqué Jone Josié.
Pour Iñaki Lasa, responsable politique de Kontseilua, l’usage de l’euskara ne se résume pas aux échanges entre individus, il estime que pouvoir lire une information de base sur des étiquettes est également un acte visant à utiliser l’euskara. "Or, ceci est impossible aujourd’hui, les bascophones n’ont pas l’occasion d’utiliser l’euskara même lorsqu’ils le souhaitent", a-t-il déploré.
Kontseilua souhaite que les droits linguistiques des consommateurs basques soient préservés via une réglementation ou une loi en la matière. "On ne peut remédier à la violation systématique de ces droits en s’appuyant uniquement sur la volonté de chacun. Il faut des moyens plus contraignants", a affirmé Iñaki Lasa.
ENTRETIEN
Michel BERGOUIGNAN | Président de la Cave des Vignerons du Pays
Basque
Michel Bergouignan est viticulteur à Baigorri et préside la Cave des
Vignerons d’Irouléguy depuis de nombreuses années. En bascophile convaincu, il
juge normale la place de l’euskara dans le monde du vin bas-navarrais.
L’étiquette du Mignaberry est une bonne surprise
selon Kontseilua. Qu’en pensez-vous ?
Nous travaillons pour donner sa place à la langue basque et faire le maximum en ce sens. De là à dire que c’est une surprise. Peut-être que l’on s’étonne parce que pour une fois le meilleur élève est au Pays Basque nord et non au sud.
Pourquoi jugez-vous important d’intégrer
l’euskara sur vos étiquettes ?
Produire du vin c’est toute une culture. L’homme en est au centre et nous voulions faire le lien entre le vin et le viticulteur, basque, qui le produit. Le vin et la vigne sont en lien avec le pays, avec la terre. A ce titre, c’est donc naturel. Toutefois, la législation oblige la présence de certaines mentions en français. Ou en anglais d’ailleurs. On doit écrire Œproduit de France’ ou Œproduct of France’. Même si les lois européennes ont tendance à faire évoluer les choses (voir le cas de la Catalogne), je pense que le français restera prédominant.
Certains peuvent croire que commercialement,
c’est un obstacle d’avoir de l’euskara sur l’étiquette. Vous démentez ?
Commercialement, cela peut être un avantage d’avoir des étiquettes en basque. Surtout si Kontseilua conseille désormais de déguster les vins qui font la place à l’euskara (rires). Pour une petite appellation comme la nôtre, il est très bon de voir que le marché potentiel de deux millions d’habitants du Pays Basque sud comprend ce qui est écrit sur nos étiquettes. Ça n’entrave pas les ventes sur d’autres territoires. L’amateur de vin s’intéresse aux cépages, aux modes de production. La meilleure façon de faire connaître notre vin est d’abord de le faire goûter.
L’Irouléguy n’est donc pas prêt à se mettre à
l’heure de l’anglais ?
Si nous voulions vendre une partie de nos bouteilles aux Etats-Unis, il nous faudrait apporter certaines mentions obligatoires en anglais sur les étiquettes. Mais ce n’est pas le cas. Pour vendre 5 000 à 10 000 bouteilles au Royaume-Uni, on pourrait faire un petit effort. Mais nous ne voulons pas trop compliquer les choses.
Vous comptez poursuivre l’effort en direction de
l’euskara ?
Oui. Notre site web devrait par exemple offrir prochainement une version basque aux côtés du français, de l’anglais et de l’espagnol. Le Pays Basque sud est un marché sur lequel nous entrons à peine. Il y a beaucoup à faire car l’Irouléguy n’y est pas du tout connu. Nous allons profiter de tous nos atouts.
Propos recueillis par M.L.