Une île intense et mystique
Le réalisateur Pavel Lounguine s’affiche depuis mercredi dans les salles avec un nouveau long-métrage sobrement intitulé l’Ile.Sur une île isolée du nord de la Russie, un homme parcourt la lande en psalmodiant des prières: chaque jour, il est torturé par le souvenir d’une faute inexpiable, venu des tréfonds de sa mémoire. Trente ans plus tôt, pendant la Seconde guerre mondiale, alors qu’il n’était encore qu’un jeune marin, des soldats allemands sont montés sur son bateau et l’ont forcé à dénoncer le capitaine, puis à pointer une arme sur celui-ci... Depuis, l’homme a trouvé refuge dans le monastère orthodoxe installé sur l’île, faisant office de gardien. Son comportement étrange lui vaut d’être l’objet de maintes superstitions : il aurait le pouvoir de guérir les malades et de parler avec les morts. L’Ile frappe tout d’abord par son ambiance mystique et intemporelle, ainsi que par la beauté désolée de ses paysages maritimes, nimbés d’une lumière blanche quasi irréelle, et comme suspendus entre ciel et océan. La force de L’Ile tient aussi à l’intensité du jeu de l’acteur principal, l’ex-chanteur de rock Piotr Mamonov, que Lounguine dirige à nouveau, dix-sept ans après Taxi Blues. Assez habilement, Pavel Lounguine entoure le héros, qui rappelle les personnages tourmentés des romans de Dostoïevski, d’un halo de mystère que le film n’élucide pas : est-il un Saint, un dément ou bien un vulgaire usurpateur ? A 58 ans, Pavel Lounguine a réalisé, depuis le début des années 1990 une demi-douzaine de films sur les mutations et les dérives de la Russie contemporaine, dont Ligne de vie (1996) sur la mafia ou Un nouveau Russe (2003) sur les nouveaux riches.
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