Ecoutes d’albums dans des locaux surprotégés, clauses de confidentialité, embargos... Les journalistes musicaux se heurtent aux conditions de plus en plus drastiques imposées par les maisons de disques et dictées à la fois par des logiques marketing et la paranoïa du piratage sur internet.
Dans un secteur sinistré, où les ventes se sont effondrées de moitié en cinq ans, les maisons de disques ont la hantise de voir des albums apparaître sur des sites pirates avant leur sortie.
Pour les parutions les plus importantes, elles organisent des écoutes dans leurs locaux, d’où les disques ne doivent pas sortir, au lieu d’en envoyer aux journalistes.
Récemment, les quatre "majors" ont par exemple procédé ainsi pour les albums de Madonna (Warner), Portishead (Universal), Coldplay (EMI) ou Julien Doré (Sony-BMG).
Le comble de cette paranoïa a été atteint pour l’écoute du nouvel album de Coldplay. Pour y assister, fin mai dans les locaux parisiens d’EMI, les journalistes ont dû se délester de leur téléphone portable et être fouillés au détecteur de métaux par des employés anglais de la multinationale.
Le troisième album de Carla Bruni est un cas d’école, puisque la crainte du piratage est renforcée par le statut inédit de la chanteuse, qui est l’épouse du président de la République. Sa maison de disques, Naïve, organise depuis le 10 juin des écoutes de l’album, qui sortira le 21 juillet.
Dans d’autres cas, les labels envoient à la presse des CD "watermarkés" (les fichiers numériques sont marqués au nom du journaliste pour en assurer la traçabilité sur le Net), ou ne leur adressent les albums que quelques jours avant la sortie, voire après.