André Héguy, 88 ans, vit en maison de retraite droit comme un rescapé de la guerre
·Cet ancien chaudronnier angloy a participé à la campagne d’Allemagne en 1945 et à celle d’Indochine en 1948
L’appel du 18 juin ? Il ne l’a pas attendu pour s’engager en son âme et conscience. Les journées de la solidarité de la Pentecôte ? Elles devaient lui être dédiées, mais il n’en attendait rien - et il n’a rien vu passer. Pas grave. André Héguy, 88 ans, né à Arraute-Charritte et résidant à la maison de retraite Bichta Eder à Bayonne, n’est pas vraiment du genre à se laisser dicter sa conduite ni se laisser dorloter. Non qu’il n’apprécie pas les efforts des infirmières et aides-soignants de l’établissement. "Ils font tout ce qu’ils peuvent, mais ils ne peuvent pas plus. On manque de personnel !" constate-t-il, l’esprit alerte et le sens critique aiguisé.
Au rapport
Simplement, cet ancien chaudronnier, Angloy depuis ses cinq ans, aime bien agir lui-même. Être actif plutôt que subir la vie dans la maison de retraite. "C’est toujours le premier à taper du poing sur la table quand il voit quelque chose qui ne va pas" confirme l’infirmière de l’établissement Myriam Crabos en levant les yeux au ciel. Et qu’on ne s’amuse pas à lui proposer un bras serviable pour descendre quelques marches. "Mais non, c’est bon" tranche-t-il, repérant le terrain d’un coup de canne. Arrivé il y a 6 ans à Bichta Eder, le bonhomme au passé militaire a rapidement pris la tête de la Vie Sociale et est l’intermédiaire entre le personnel et les clients résidants. Il propose des animations. Quelqu’un fait claquer les portes bruyamment ou crie trop fort en réveillant ses voisins ? Il rédige personnellement un rapport pour informer la surveillante. Les clients fument dans leur chambre? Il va fouiner dans le droit français pour vérifier si tout cela est bien légal - et trouve un moyen de l’empêcher. Son petit-fils a un match ? Il se débrouille pour aller manger dans sa chambre en écoutant la radio plutôt qu’au réfectoire.
Car André Héguy arrière-grand-père sept fois, est aussi le grand-père d’Arnaud Héguy, le jeune talonneur de l’Aviron Bayonnais, champion du monde des moins de 21 ans. C’est sa grande fierté, et il vous le fera vite savoir. Il y a même de bonnes chances qu’il vous convie à une visite intégrale de sa chambre, parsemée de photos bleu et blanc.
Un coma en Indochine
Là, tout est en ordre. Le lit est fait par ses soins, et rien ne manque à l’appel, pas même le mouchoir calé au coin du fauteuil. "J’aime bien quand tout est bien organisé" affirme-t-il. On n’efface pas comme cela un passé de militaire, soldé par une participation à la deuxième guerre mondiale et à la guerre d’Indochine en 1948. En 1939, il s’est décidé tout seul à rentrer sous les drapeaux, alors qu’il n’avait que 19 ans. "Quand les gendarmes sont venus me chercher, mes parents n’étaient au courant de rien, ça les a un peu surpris" se souvient-il en souriant. "Mais j’avais pris ma décision. Ce n’était pas un coup de tête, je réfléchis toujours avant d’agir". Il rejoint la deuxième division blindée à Strasbourg. En 1945, il participe à la campagne d’Allemagne. La sienne prend fin à Munich, où des éclats d’obus lui ouvrent la jambe. Il en porte encore les marques. Il est pourtant envoyé à nouveau sur le front en 1948 à Dien Bien Phû, mais, pas en état, il se retrouve dans le coma cinq jours durant et sera rapidement réformé. "Pourtant, c’était le chirurgien personnel d’Hitler qui m’avait soigné dans un hôpital d’Allemagne" raconte-t-il pour l’anecdote.
De la guerre, il a gardé le sens de la discipline. Une droiture qui se ressent aussi dans sa manière d’aborder le souvenir de la guerre, que ravive cette date du 18 juin. Pas question de s’apitoyer sur son sort ou de faire des états d’âme. "Je vais vous dire : je ne regrette pas mon passé. Je l’ai voulu, je n’ai pas à le regretter".
Rentré à Anglet après les conflits, il se marie et a deux fils. Jusqu’à ce qu’il rentre à Bichta Eder, il vit de pêche au thon, de chaudronnerie et de sa pension de guerre. Au départ, l’Etat ne la lui avait fixée qu’à 10% de son maximum, mais André Héguy en a étudié les rouages et s’est débrouillé pour la faire grimper à 85%. On ne la lui fait pas.
André Héguy, poète à ses heures perdues
Comment caresser une femme dans 16 départements à la fois ?
Il faut d’abord une femme dans "la Manche", bien "Seine", "Gironde" et bien en "Cher". A "l’Eure", on lui caresse le "Haut-Rhin", puis le "Bas-Rhin", on contourne "l’Aisne" pour entrer dans la "Creuse". On y trouve quelque chose de bien "Doubs". Sans perdre le "Nord", en attendant que ça "Vienne", on y reste jusqu’à "l’Aube". En "Somme", il ne s’agit "Pas-de-Calais" pour être un "Hérault".
André Héguy
|