Les pêcheurs labourdins pourront capturer 1 000 tonnes d´anchois
·Madrid a accepté la proposition française d’une réouverture plafonnée à 5 000 tonnes
Le Conseil européen de la pêche a décidé hier matin de lever l’interdiction de la pêche à l’anchois en vigueur depuis juin dans le golfe de Gascogne, refusant ainsi la proposition de la Commission européenne qui envisageait une prolongation d’encore six mois du moratoire. Cet accord, intervenu dans la nuit de mercredi à hier au terme de deux jours et d’une nuit de négociations, a été possible en échange de certaines concessions dont, comme avancé hier par le journal, la possibilité de permettre aux navires Cantabriques de capturer l’appât vivant dans les six milles des eaux territoriales françaises.En dépit de l’avis de la Commission basé sur des expertises scientifiques, le Conseil européen de la Pêche a finalement plafonné le Total admissible de la capture d’anchois (TAC) à hauteur de 5000 tonnes dans le golfe de Gascogne face aux 30000 fixés en décembre 2004 pour la saison 2005. La Commission pourrait décider d’augmenter le TAC si la récupération de la ressource est confirmée en juin. Les quotas communautaires sur cette espèce dans ce secteur stipulant une assignation de 90% du TACà l’Etat espagnol et de 10% au français, les pêcheurs du littoral Atlantique obtiennent ainsi 500 tonnes pour 2006. Le ministre français de l’Agriculture et de la Pêche, Dominique Bussereau, évoquait "un résultat intéressant pour la France" après un "conseil extrêmement difficile et long". La "principale revendication" hexagonale soit un droit de pêche de 500 tonnes minimum sur l’anchois "a été satisfaite", insistait-il hier matin à l’issue de la réunion. "Ce qui avait été demandé, zéro anchois sur l’ensemble 2006, ce n’est pas le cas puisqu’il y a une réouverture à partir du 1er mars et un espoir de réouverture plus large à partir du printemps", a-t-il déclaré aux journalistes.
1000 tonnes au total
Mais aux 500 tonnes dont les professionnels français ont droit il faut ajouter 500 tonnes assorties d’un accord bilatéral avec Madrid. En effet, l’accord établit une ouverture de la pêcherie du 1er mars au 1er avril pour tous les pêcheurs du littoral Atlantique, bolincheurs et pélagiques compris; du 1er avril au 1er juin, ouverture de la pêcherie pour les pêcheurs Cantabriques et interdiction pour les pélagiques français; et du 1er juin au 1er juillet pêcherie ouverte pour tous les professionnels opérant dans le golfe de Gascogne. En contrepartie, l’Etat français permettra aux professionnels Cantabriques de pêcher l’appât vivant dans le secteur de la Gironde, zone traditionnellement exploitée par les pêcheurs ibériques mais qui leur était interdite depuis quelques années. L’appât vivant est utilisé par les canneurs du golfe de Gascogne pour la capture des différentes espèces de thon à partir du mois de juillet et jusqu’en septembre.
La flottille Cantabrique a été trahie par Madrid selon le gouvernement basque
Le gouvernement de la Communauté Autonome Basque a jugé "très négatif" l’accord signé hier entre les autorités franco-espagnoles. Selon l’exécutif basque, la ministre Elena Espinosa n’a pas respecté la volonté des pêcheurs de la corniche Cantabrique, lesquels, "de façon unanime, avaient exigé la prolongation du moratoire pour assurer tant l’avenir de la ressource comme l’avenir du secteur".
"Encore une fois Madrid a fait la sourde oreille", a déclaré le ministre basque de la Pêche Gonzalo Saenz de Samaniego. "Encore une fois Madrid a donné la priorité aux accords politiques les mettant au-dessus des critères scientifiques". "Ni le positionnement du secteur, ni celui des communautés autonomes, ni le critère adopté par le conseil consultatif des affaires européennes, ni les avis scientifiques ne semblent être importants pour le ministère" espagnol. Selon Gonzalo Saenz de Samaniego, "il est surprenant que la ministre espagnole se dise satisfaite d’un accord qui va à l’encontre de l’avis de tout le monde".
Les pêcheurs du Gipuzkoa, de Bizkaia, ainsi que les Cantabres, Asturiens et Galiciens se sont montrés "déçus" et "trompés" par la ministre espagnole. "Nous ne comprenons pas trop l’attitude de la ministre. Alors que les rapports scientifiques sont clairs sur le danger encouru par la ressource, on décide de rouvrir cette pêcherie rien que pour capturer 5000 tonnes". Les professionnels Cantabriques se sont étonnés de voir la satisfaction de leurs collègues français. Mille tonnes "c’est une misère. Est-ce qu’ils vont véritablement se contenter de ça, ou est-ce qu’ils vont pêcher au-delà du TAC? Nous craignons qu’ils ne respectent le TAC, parce qu’une campagne à un tonnage si faible ne fait pas de bénéfice".
"Satisfaction et soulagement" des pêcheurs labourdins
Le président du comité local des pêches du quartier maritime de Bayonne, Serge Larzabal, a salué hier la "victoire remportée" par la direction des pêches du ministère de la pêche. M. Larzabal a manifesté sa "grande satisfaction" et "son soulagement".
"L’accord me semble cohérent et correct. Nous étions les premiers demandeurs d’une réouverture de la pêcherie et nous sommes tout à fait satisfaits", a-t-il avoué au journal. Pour les pêcheurs labourdins, les 500 tonnes assignées par les quotas communautaires ‹c’est-à-dire 10% du TAC‹ainsi que les 500 obtenues à la suite des accords bilatéraux avec Madrid, sont suffisantes pour assurer la survie du secteur. Huit chalutiers pélagiques et une quinzaine de bolincheurs labourdins pourraient renouveler leurs licences.
Assemblée à la criée
La satisfaction n’est pourtant pas complète, l’Etat français ayant refusé de payer les indemnisations aux professionnels concernés par l’arrêt biologique de juin dernier. Des contacts ont eu lieu ces derniers jours avec la Direction des Pêches à Paris et une réponse devrait arriver aujourd’hui. Les pêcheurs seront informés durant une assemblée qui aura lieu cet après-midi à la criée.
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