Le Frichti de Fatou : un régal d’humour et de réalisme
Le Frichti de Fatou embarque le spectateur dans un haletant cours d’éducation sexuelle. Depuis son bled algérien jusqu’à son petit appartement du XVIIIe arrondissement parisien, la jeune femme navigue entre deux cultures. En Algérie, Yéma, sa mère, ne répond que par des claques aux interrogations dérangeantes de la jeune Fatou. A Paris, elle rencontre Janine, la grande copine, sortie tout droit d'une bande dessinée de Claire Brétécher, ultra-féministe, croisée au planning familial et qui va lui servir de guide.
Un parcours initiatique au cours duquel, sans se perdre, elle finit par décrypter les codes sexuels et s’en affranchir. Peu à peu, Fatou, angoissée au soir de sa nuit de noces avec un mari imposé par la famille, se métamorphose en une femme libérée. "Jouissons sans entrave", "découvrons les sept zones érogènes", "montons au septième ciel en deux minutes" : les leçons de Janine vont la mener à l’indépendance. Oubliée la peau de mouton fertilisante de la belle-mère acariâtre, place aux caresses sensuelles de Jean-Guy, son patron.
Pas provocante, juste réaliste
De 1969 à 1989, sur fond de révolution sexuelle, le spectacle musical rebondit tel une quête du plaisir. Le violoncelle et la contrebasse d’Agnès Duvivier se font le contrepoint de la conscience de Fatou. Les coups d’archets légers ou grincheux sont la voix intérieure de l’héroïne. Sans provoquer, Faïza Kaddour ne dénonce rien. "C’est juste comme ça que ça se passe", livre l’actrice, en clown réaliste.
La jeune femme s’est inspirée d’expériences vécues, de rencontres, de lectures pour écrire un texte incisif, juste et vivifiant. A l’image du frichti que Fatou laisse mijoter tout au long de la pièce, elle fait sa petite cuisine aux ingrédients multiethniques. Pas de clichés ou de raccourcis, mais le portrait sensible d’une femme ; tantôt petite fille naïve, tantôt belle hédoniste, tantôt philosophe.
A la fin du spectacle de vendredi au Théâtre de Bayonne, les spectateurs étaient invités au bar du théâtre pour une dégustation de quelques pois chiches mijotés.
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