Samedi dernier, l’heure était aux bilans moral et financier de l’Institut Culturel Basque. Fier des actions menées ces 17 dernières années, l’ICB a exposé à la consciencieuse assemblée le bien-fondé de son implication dans la diffusion de la culture basque en tant que relais des municipalités et de la société.
Après s’être assuré que le quorum était atteint pour la validation des rapports, le Commissaire aux comptes, Michel Fagoaga a sanctionné que "les comptes de l’ICB sont réguliers et sincères et donnent une image fidèle du patrimoine de l’association". Les bilans sont validés à l’unanimité des mains levées de l’assemblée.
L’ICB semble cependant quelque peu pris en étau entre ses partenaires institutionnels qui subventionnent à hauteur de 540 531 euros un budget d’environ 800 000 euros. Les représentants de l’Etat français laissaient entendre que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Flottement
Cet optimisme a été vite relativisé par Mixel Etxekopar, qui a donné la voix à la Soule mais surtout par Jakes Abeberry, élu à Biarritz. Ce dernier s’est étonné que le problème de "la marginalisation de l’ICB" ne soit pas évoqué lors de l’assemblée générale.
Jean-François Sibers de la DRAC occulte la question car "il ne s’est rien passé". Jakes Abeberry dénonce alors "la langue de bois sur cette affaire qui touche à la spécificité basque".
En novembre dernier, les représentants de l’Etat avaient présenté une nouvelle copie du volet culturel du projet de territoire. Un texte complètement réécrit unilatéralement qui passait en pertes et profits les travaux réalisés depuis deux ans, où un seul projet parmi la douzaine présentée serait pris en compte, en vidant le projet de territoire de son caractère spécifique basque. D’après la nouvelle organisation culturelle que la Drac souhaitait mettre en place, l’Institut Culturel Basque semblait relégué à un second plan.
L’ICB ne recevait plus de financements directs en tant que maître d’ouvrage des opérations programmées, mais devrait aller quémander ses financements auprès de la Scène Nationale de Bayonne, le Conservatoire National de Musique et le Centre Chorégraphique National Ballet de Biarritz. La Drac avait lancé un audit, et complètement revu le volet culturel de Pays Basque 2020. Samedi, Jean-François Sibers, embarrassé, d’affirmer que cette enquête "est pour et non contre l’ICB".
A l’époque, Pantxoa Etchegoin, directeur de l’ICB reconnaissait que la structure qu’il dirige arrivait "à un seuil critique d’intervention", la nouvelle étude commandée par la Drac avait conforté l’Institut dans ses missions et préconisait de "passer à une autre vitesse".
Pour le président de l’ICB Mikel Erramouspé, ce rapport "provisoire" que la Drac doit rendre public, "conforte et réconforte" l’Institut et "pointe de manière brillante le décalage entre nos ambitions et la faiblesse de nos moyens".
Le rapport Ladousse, document administratif en cours de validation juridique, sera consultable prochainement.
Femmes et enfants bâbord
François Maitia, s’est exprimé en euskara pour souligner qu’il "ne faut pas laisser cette force de la langue. Les jeunes doivent rallumer la flamme". En saluant les femmes peu représentées, qui, selon lui, "un jour gagneront", il a remercié l’ICB et signaler "qu’il fallait continuer dans cette voie pour faire rayonner la culture basque au sein du département, de l’Aquitaine et gagner Paris".
Paris à tenir pour un ICB qui semble devoir barrer à tribord pour pérenniser son action dans la culture basque. Comble pour une institution basque créée par et pour les acteurs de la culture basque. Un système culturel à double tirant d’eau pourrait alors apparaître et les "petits" acteurs culturels écoper les fonds de cale pour faire vivre la culture "d’en bas", pourtant tout aussi légitime.
La pratique culturelle basque, jusqu’alors empreinte de son identité et reconnue pour cela devrait se calquer sur la politique culturelle élitiste de l’Hexagone.
L’ICB pérennise son action essentielle et de grande envergure avec 81 opérations thématiques et 250 actions en 2008. Ce travail accompli pourrait être remis en question par le ministère parisien venu s’immiscer sur le terrain de la culture propre et ancestrale des Basques.