 |
|
 |
 |
 |
A Biriatou, des sangliers sèment la zizanie entre éleveurs et chasseurs
·Un éleveur biriatuar dénonce les dégâts qu’auraient causés des sangliers nourris par la Société de chasse
 |
C’est en 4x4, par un ancien chemin de contrebandiers sinueux que l’on accède aux terres de Markos Zubialde. Ici les pottok vont et viennent, insensibles aux bornes frontières qui jalonnent ce coin des contreforts d’Ibardin. M.Zubialde, voit aujourd’hui sa retraite perturbée par les dégâts causés par une horde de sangliers, qui retourneraient ses prairies. Une horde nourrie en grains de maïs grâce à un distributeur automatique alimenté par la Société de chasse locale, une technique dénommée "agrainage". Chaque année, la société des chasseurs signe une convention avec le Préfet pour fixer les quantités d’agrainage, dans le cadre du schéma départemental de gestion cinétique. Des périodes sont fixées, entre le 15 avril et le 31 mai, autour des champs de maïs, et du 1er mars au 15 mai autour des prairies. Le distributeur est situé après la borne frontière, donc en territoire espagnol, dans une réserve de chasse.
Dégâts des sangliers
Si c’est son fils qui s’occupe aujourd’hui de ses 220 brebis, Markos Zubialde est néanmoins excédé : "Cela fait 5 ans que chaque année c’est la même histoire. J’ai beau remuer ciel et terre, personne ne bouge". A l’appui de ses dires, la copie de la convention signée entre le Préfet et la société de chasse. "En 2007 ce sont 300kg qui ont été distribués aux sangliers ; cette année c’est le double, soit 600 kg". M. Zubialde a beau alerter la Police forale navarraise, le Préfet, rien ne se passe. M. Zubialde montre la lettre recommandée qu’il vient d’envoyer au Préfet "J’attends toujours la réponse" note-t-il.
Les sangliers n’ont que faire de la frontière. Tel Attila, là où le sanglier passe, l’herbe trépasse. Les prairies dans lesquelles vont paître les brebis des éleveurs sont saccagées par ces cochons sauvages. Les traces de retournement de la terre en témoignent. Là où est placé l’agrainoir, c’est table rase. La verte prairie a laissé la place à la terre. Markos Zubialde explique que quand l’agrainage est terminé, les sangliers s’attaquent à ce qu’ils trouvent. "On n’est absolument pas contre la chasse. On voudrait que celle aux sangliers soit ouverte à tous" explique M. Zubialde, qui explique qu’elle nécessite un permis spécial. Sur la convention 2007 liant le Préfet et la Société de chasse, on peut lire que la population est estimée à 15 animaux "Les chasseurs en ont tué 78 l’année dernière..." souligne Markos Zubialde, qui émet des doutes sur la fiabilité du comptage : "On peut même croiser des sangliers en plein village. Ils font des dégâts partout" souligne-t-il. Bien que la Convention stipule clairement que les éventuels dégâts seront à la charge de la société de chasse, M.Zubialde met en cause les assurances "J’ai touché une fois 150 euros il y a quelques années Depuis plus rien". La Société de Chasse argue, quant à elle, que les dégâts n’atteignent jamais le seuil de 75 euros, nécessaire pour être indemnisé. M. Zubialde soupçonne une entente entre chasseurs des deux côtés de la frontière "Sinon pourquoi mettent-ils l’agrainoir côté sud ?" se demande l’éleveur, "si ce n’est pour fixer sur la zone une forte colonie de sangliers". M. Zubialde déclare n’avoir jamais eu ce type de problème avant l’installation du dispositif. Après avoir demandé que les sangliers soient nourris toute l’année, ce que refuse la DDA (Direction départementale de l’agriculture) car ce sont des animaux "sauvages" ; il se prononce désormais pour l’interdiction de l’agrainage.
Démenti des chasseurs
La Société de chasse départementale dément catégoriquement la réalité de ces dégâts : "Chaque année, nous envoyons un expert. Toujours en vain. Sur le département, les sangliers font pour 400000 euros de dégâts, surtout dans des zones de montagne où il y a des prairies". Et de préciser qu’il s’agirait "d’un problème de mésentente de personnes".
En filigrane, apparaît l’épineuse question de la gestion de la montagne, dans une commune où l’éleveur sera bientôt une espèce en voie de disparition. Ils ne sont plus qu’une dizaine à Biriatou, et il n’existe pas de gestion intercommunale de la zone de montagne, bien qu’elle concerne plusieurs communes : Biriatou, Urrugne, Ascain, Vera de Bidassoa, ....
"Il va bien falloir que tous les utilisateurs de la montagne, éleveurs, chasseurs et promeneurs se retrouvent un jour pour gérer ce bien commun" souligne Jean-Marie Oyarçabal, éleveur et élu d’opposition au Conseil municipal de Biriatou.
|
|
|
|
|  |
|
 |
 |
 |
|