Le déremboursement des lunettes pénaliserait les plus jeunes
·Les opticiens ne seraient pas touchés par une réforme de la prise en charge, les jeunes clients le seraient plus
Sur le terrain de la santé, le Gouvernement français marche sur des ¦ufs. L’éventuel désengagement de la Sécu au profit des complémentaires sur l’optique, évoqué dimanche par Roselyne Bachelot, crée un tollé parmi les mutuelles de santé et les professionnels du secteur. Mercredi, elle n’a pas fermé la porte à "une réflexion" sur le transfert de la prise en charge des frais de lunettes vers les mutuelles, qui aboutirait au moment de la loi de financement de la Sécurité sociale", en automne. Une mesure qui affecterait surtout les mineurs.
"La prothésie a toujours été mal remboursée" pour les adultes, d’après Laurent Iribarren, opticien au Centre Optique Mutualiste de Bayonne. Une telle mesure toucherait davantage les moins de dix-huit ans. Alors que les adultes bénéficient de 4 ou 5 euros pour une paire de lunettes, les enfants ont droit à 40 euros. Sans quoi, le remboursement ne dépendrait plus que de la mutuelle.
Difficultés scolaires
"C’est sûr, les personnes à faible revenu penseront à deux fois avant d’aller chez l’opticien", ajoute Laurent Iribarren ; au lieu d’aller une fois par an chez l’ophtalmologiste ils iront tous les deux ans, d’après lui. Le manque de suivi des enfants engendrerait une baisse de la perception visuelle, de la fatigue, puis des difficultés scolaires.
"Ce n’est pas la première fois qu’on entend parler de ce genre de mesure", raconte un autre opticien bayonnais. Cette fois, la réflexion semble être ouverte. La ministre de la Santé a jugé possible dimanche que la Sécurité sociale se désengage totalement de secteurs comme les frais optiques ou dentaires qui seraient pris en charge uniquement par des complémentaires santé, à condition d’accroître la "concurrence" entre ces dernières, une déclaration condamnée notamment par le PS, la CGT et l’Union des familles laïques (Ufal).
Fin 2007, le président français avait souhaité que soient différenciés les soins de santé qui doivent être financés par "la solidarité nationale" et ceux qui relèvent de "la responsabilité individuelle à travers une couverture complémentaire". En mars, Mme Bachelot a envisagé une loi sur ce sujet "au premier semestre 2009".
Jean-Pierre Davant, président de la Mutualité française (couvrant 38 millions de personnes par les mutuelles adhérentes), a regretté lundi les propos tenus par Mme Bachelot dimanche, estimant qu’il serait "plus raisonnable de négocier d’abord, avant de faire des déclarations de ce type".
Bénéfices des mutuelles
A Mme Bachelot qui soulignait le quasi doublement des marges bénéficiaires des complémentaires en quatre ans, M. Davant a répondu que "les mutuelles redistribuent quasiment tout ce qu’elles encaissent", soulignant qu’elles sont "à but non lucratif".
Les professionnels du secteur, de leur côté, revendiquent que la "santé visuelle" reste sous contrôle de la solidarité nationale, alors qu’actuellement, 8% des Français ne bénéficient pas d’une complémentaire santé.
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