"Bande d’enfants perdus" annonce une pancarte dans le cortège.Ils sont nombreux ces enfants.Et pas si perdus que ça à les entendre."On a voulu mettre l’accent sur la sécurité pour cette journée d’action.Il fallait prouver à tous ceux qui disent qu’on ne sait pas de quoi on parle qu’on est un mouvement organisé, qu’on est tout à fait responsable et qu’on a notre mot à dire".
Le porte-voix dans la main gauche, un tambourin rouge dans l’autre, Amandine, étudiante en deuxième année de Lettres modernes à Bayonne, félicite les troupes.Etudiants et lycéens se sont assis dans la rue Bernière, au pied de la mairie. "On est très contents et très fiers ! On a commencé à 60, puis on est passés à 600 et enfin, aujourd’hui, on était 2500 !"Cris et applaudissements dans la foule.
Alors que les manifestants se dispersent, Peio, Amaury, et Enrique s’attardent et rigolent.Leur copain Guillaume est "passé à la télé" et depuis, il est prêt à répondre à toutes les interviews.De toute façon, ces élèves du Lycée Cantau à Anglet savent pourquoi ils sont là, "la loi Pécresse on ne la connaît pas bien, nous, c’est la suppression des BEPqui nous fait réagir".
Les lycées très représentés
Les quatre garçons passeront leur BEPPlomberie à la fin de l’année scolaire. A l’image de nombreux élèves des Lycées d’enseignement professionnel et technologique des environs (Cantau, Louis de Foix et Tarnos), ils sont scandalisés par ce qui se profile à l’horizon pour les BEP et les bacs professionnels.
Le ministre de l’Education, Xavier Darcos vient de dévoiler son idée du bac professionnel et du BEP"rénovés".Selon lui, le bac pro pourrait se faire en trois ans plutôt que quatre et permettre ainsi "d’amener 80% d’une génération au bac". Pour les quatre lycéens au contraire, "s’il s’agit d’un bac pro en trois ans et que le BEPdisparaît, soit la sélection sera dure et nombreux sont ceux qui seront mis sur la touche,soit le bac pro sera dévalorisé." Peio raconte qu’il a choisi le BEP, "parce que je n’étais pas très fort en classe en 3e.Le BEPpermet de reprendre les bases et maintenant, je peux espérer rejoindre la filière bac pro.Le CAPqu’on nous présente comme alternative est fait pour ceux qui veulent atteindre le métier tout de suite".
Amaury, 18 ans, est le plus âgé du quatuor.Il s’est renseigné."C’est juste une histoire d’argent.Les ministres qui décident de ces réformes ne savent même pas ce qu’est un BEP, ils ne se rendent pas compte des conséquences que peut avoir leur réforme".Pas de doute, pour lui, "ils veulent juste faire des économies en se servant de nous.Supprimer une année de bac pro et les BEP et ce sont des postes d’enseignants qui sont aussi supprimés.En plus, en bac pro, on fait beaucoup moins de pratique que pendant le BEP". Rendez-vous est pris pour une nouvelle AG dans l’après-midi à la fac."Une AG ?" interroge une néophyte."Une Assemblée Générale" lui explique l’une de ses copines."En principe, l’AG c’est surtout pour les représentants des différents établissements, parce que si tout le monde vient à la fac, je sais pas où l’on se mettra" précise une étudiante.
Hier, la ministre de l’Enseignement supérieur recevait le représentant de l’UNEF pour évoquer la loi sur l’autonomie des universités. Mais l’issue de la rencontre importait peu aux étudiants qui arpentaient les rues de Bayonne."Nous ne voulons pas négocier, c’est l’abrogation du texte que nous demandons."Sans parler de privatisation, "je crains que si cette loi est appliquée, on investisse plus facilement sur l’économie et sur un master consacré aux marchés des pays d’Amérique du Sud que sur un master portant sur la littérature du 20e siècle".
Sans étiquette
Quant à savoir si les dissensions qui se font sentir à la tête du mouvement se répercutent chez les manifestants basques, "nous n’avons pas de syndicat étudiant à la fac, nous refusons toute étiquette et c’est sûrement ce qui nous sauve estime Amandine, nous avons juste constitué un comité étudiant pour veiller à l’organisation des actions".
Lors de l’AGde l’après-midi, les étudiants et les lycéens ont décidé de mener de nouvelles actions demain et vendredi : un banquet pique-nique sur le rond-point Saint Léon à Bayonne demain et une "manif ironique" qui partira des locaux du Medef à la Chambre de commerce et d’industrie vendredi.
"On s’inquiète tous pour l’éducation" reprend Amandine.Au-delà des réformes qui touchent tel ou tel établissement, "on passe toute notre scolarité à découvrir de nouvelles réformes qui changent la donne pour nous ou pour les suivants.On s’inquiétait à cause du CPE quand on avait 18 ans et on s’inquiète encore deux ans plus tard..."