Carmen va envoûter le théâtre de Bayonne
·La Compania Antonio Gades fait revivre à l’occasion de deux soirées exceptionnelles la magie intemporelle de Carmen
Attention: Chef-d’¦uvre!... En une heure et vingt minutes tout est dit, avec vigueur et concision, sans entracte ni temps morts. Une heure vingt de suspense, dont chaque minute témoigne de l’immense talent des solistes, de la perfection de la troupe et du génie créateur d’Antonio Gadès. Deux représentations, ce soir et demain, au Théâtre de Bayonne de cette adaptation des années 80 par Gadès et Saura d’après l’¦uvre de Mérimée et Bizet : Carmen. Antonio Gades n’est plus, vive Gades ! Sa danse était comme un cri, fulgurante, sensuelle. L’homme restera associé à jamais à une femme, Carmen. Il a dansé plus de deux mille fois ce ballet qu’il créa en 1983. Impossible d’oublier la courbure des corps d’Antonio et de Cristina Hoyos, s’affrontant ou s’épousant dans un duo passionnel, mortel, qui reste un des plus beaux moments du flamenco et de la danse. Un an après la disparition du maître, ses anciens danseurs et chanteurs décident de garder vivantes ses plus grandes ¦uvres. Ainsi l’avait voulu Antonio. Stella Arauzo, interprète de Carmen, est devenue maître de ballet. La ressemblance entre Adrian Galia et Antonio dans le rôle de Don José est troublante... Triomphe de Madrid aux arènes de Vérone, cette recréation de Carmen donne une fois encore la preuve du talent unique, novateur et puissant de Gades.
Studio de danse
Dans un studio de danse, les danseurs de la troupe entrent et s’échauffent. Le maître de ballet leur fait répéter quelques variations. Quand tout paraît en place, les principaux personnages de la tragédie exécutent à tour de rôle un solo dansé. La répétition proprement dite commence alors avec la scène de la manufacture de tabac : deux groupes de femmes s’affrontent avec violence. Deux danseuses se détachent des groupes et se battent avec une haine féroce. Carmen blesse son adversaire d’un coup de couteau. Don José vient arrêter Carmen. Ils dansent un duo où la séduction fait rapidement naître la passion. Carmen parachève son ¦uvre d’envoûtement par une danse à l’éventail. Toute la troupe est réunie et improvise une "juerga" (fête dansée et chantée) et un pastiche de corrida. Mais au milieu des réjouissances, surgit le mari de Carmen. Les hommes entament une partie de cartes mais au premier prétexte, Don José défie le mari : le duel au bâton se solde par la mort du mari de Carmen. Entre alors en scène, le torero Escamillo qui revêt son habit de lumière et se prépare à la corrida. Après la corrida, dans toute fête populaire, on danse le paso-doble. Escamillo survient et, aussitôt subjugué par Carmen, l’invite à danser. Malgré la jalousie de Don José, elle accepte. Don José l’arrache aux bras du torero ; il la menace, il la supplie, mais Carmen refuse de l’écouter. D’un coup de couteau, il la tue.
Histoire de Carmen
L’histoire de Carmen et de Don José est dans toutes les mémoires. La version de Gadès se situe plus près de la nouvelle de Mérimée que de l’Opéra de Bizet, exploitant parfaitement l’origine populaire de l’histoire. Quant à la musique de Bizet, elle se marie en quelque sorte avec celle du flamenco qui constitue la base de ce spectacle fait de contrastes, d’ombres et de lumières. Séquences tragiques, parodiques, humoristiques, le tout dans un esprit baroque, celui du théâtre dans le théâtre, chaque tableau apporte son lot d’inventions et de surprises. L’histoire de Carmen est celle d’une obsession. Selon l’écrivain espagnol Emilio Sanz de Soto "Carmen et Don José se dévorent pour le plaisir de se dévorer". Ce n’est pas la tragédie grecque qui cherche un salut ou une condamnation, c’est autre chose. Ici, seule la mort peut les libérer du désir. C’est l’impossibilité de s’écarter du destin. Les dés sont jetés, comme dans les contes orientauxŠ"
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