"Non, non, on va pas laisser passer, on va se coucher devant les bulldozers, pour que nos petits-enfants puissent vivre ici". Autant dire que les habitants d’Uhart-Mixe étaient remontés hier. Face à eux, le conseiller général Barthélémy Aguerre accompagné de Philippe Mazeau le responsable des routes au Conseil général, venus expliquer à la demande de la municipalité, les tenants et aboutissants du projet de transnavarraise. L’élu n’a pas convaincu la salle qui lui a répété à maintes reprises son opposition à une route de grand gabarit.Une cinquantaine d’habitants a pris part à la réunion (sur un peu moins de 200 habitants que compte la commune) tandis que les militants de Leia avaient aussi fait le déplacement devant la mairie amikuztar.
"Lasserre a dit à la télé qu’il abandonnait le projet. Vous avez donc menti ?" a lancé une dame de l’assistance. "Ce n’est pas du tout la même chose que la dernière fois. Nous avons entendu que la population ne voulait pas d’une 2x2 voies mais souhaitait l’aménagement de l’existant. C’est ce que nous avons choisi de faire", a rétorqué le conseiller général. Sauf qu’à Uhart-Mixe, le projet prévoit de contourner le village en créant un nouvel axe, ce que les habitants refusent. Plus d’un a mis en avant les récents travaux d’aménagement du bourg et de la route, en direction de Garazi. "Pourquoi avez-vous mis autant de millions (d’euros) dans cette route si c’est pour en faire une autre?" ont-ils lancé.
Démantèlement agricole
Les Uhartiritar ont aussi interrogé B. Aguerre sur les répercussions économiques de la transnavarraise. "Quelles seront les retombées pour les entreprises du coin? Les camions ne vont-ils pas faire que passer ?". Des questions restées sans réponse convaincante. La pollution et le bruit ont aussi été montrés du doigt. "Nous tenons à notre qualité de vie, nous voulons vivre tranquille", a avancé une habitante. "Vous êtes un peu égoïste", a répondu le représentant du Conseil général, en s’attirant les foudres de la salle.
Les conséquences du démantèlement des exploitations agricoles ne sont pas non plus prises en compte par le projet selon les habitants. B. Aguerre a assuré que le Conseil général trouverait aux agriculteurs touchés les mêmes surfaces que celles qu’ils perdraient, à proximité de chez eux. Une utopie pour beaucoup d’auditeurs.
"Je trouve que l’on est sous-informé. Moi je tombe des nues, si on ne lit pas un minimum la presse, on n’est pas au courant", a-t-elle critiqué. L’élu lui a répondu qu’il existait un site internet et que le Conseil général avait demandé aux maires de faire l’information.
A de multiples reprises, les habitants ont affirmé qu’ils avaient eux aussi leur mot à dire sur le projet. Pas question de discuter du tracé, "on n’en veut pas c’est tout!".
"Est-ce que vous demandez l’avis des gens ? Faites un référendum!" a lancé une villageoise. "On ne veut pas de dictature!", a renchéri une autre. "Vous ne passerez pas!", criait-on aussi.
Barthélémy Aguerre a affirmé que la décision d’aménager la route est prise de toute façon. "Aujourd’hui, on doit décider par où il faut passer", a-t-il précisé en faisant encore l’unanimité contre lui. L’élu a répété à la salle que la période de concertation servait à formuler les remarques des uns et des autres et que le conseil municipal pouvait par exemple dire qu’il ne voulait pas de la déviation. "Ça va servir à quoi?" lui a alors demandé un participant. "Ça va pas servir à arrêter le dossier", lui a calmement précisé l’élu.
Le conseil municipal d’Uhart-Mixe, qui avait déjà organisé une consultation auprès de ses habitants l’année dernière (80% s’étaient prononcés contre le projet de transnavarraise), s’apprête à reprendre une délibération dans le même sens. "On ne connaît pas la finalité économique du projet. Cela me pose un problème", a déclaré Marie-Pierre Ithurbide, la maire d’Uhart-Mixe.
De son côté Barthélémy Aguerre a assuré que l’axe routier servirait un trafic régional et que l’exécutif palois ferait "tout pour ne pas que ce soit un couloir à camions". L’élu amikuztar s’est aussi dit prêt à aller discuter dans d’autres réunions communales.