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Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2006-12-19
Martine BISAUTA / Conseillière municipale Verte
La seule question !

Pour les Verts du Pays Basque la seule question qui se pose, c’est de savoir quand seront atteints les 18,3 MT de fret ferroviaire promis par RFF pour 2020 ? Chiffre imposant qui mènerait aux portes de la saturation des voies existantes.

L’expertise indépendante dont tout le monde, de fait, nie l’existence, démontre qu’il y a de nombreux indicateurs qui rendent ce chiffre tout à fait inatteignable en 2020. Les prospectives de RFF sont fortement contestées et avec des arguments de simple bon sens. Ne serait-ce que par la différence de coût entre les deux modes de transport que sont la route et le rail, attirant l’attention sur le fait qu’il faut prendre en comparaison le prix du transport routier espagnol et celui du rail.

Comment peut-on imaginer dans le système marchand que nous connaissons, qu’en quelques années, la tendance se renversera et que les transporteurs routiers seront prêts à sacrifier leur rentabilité sur l’autel de la lutte contre les gaz à effet de serre. Ce qui pourra influer, mais dans quelle proportion, sera l’augmentation attendue des produits pétroliers qui effectivement peuvent créer un impact sur les pratiques actuelles. C’est une donnée à prendre en compte, même s’il est évident qu’elle ne pourra à elle seule amener un inversement de la tendance, tant l’écart tarifaire entre les 2 modes de transport est important.

Alors nous entendons de ci de là, et même en Mairie de Bayonne dire qu’il faudra procéder par la contrainte. Holà les ultralibéraux font leur révolution culturelle, et c’est tout de même un grand moment !

Contraintes : Où, quand, comment ? Nul, de Pays Basque 2020, aux élus locaux, au Conseil Régional n’avance la moindre piste. Et sans doute pour cause, Bruxelles n’autorisera pas le subventionnement du fer, pas touche aux grands principes de la concurrence, et quand à matraquer au niveau des péages sur les camions pour les mêmes raisons ce ne sera pas possible. Interrogez donc la Direction Régionale de l’Equipement, comme nous-mêmes l’avons fait sur le sujet et vous vous entendrez répondre qu’il s’agirait là de pratiques discriminantes impossibles à mettre en ¦uvre !

Le bal des faux-culs se poursuit donc ! Les responsables politiques et économiques savent l’inanité de leurs propositions mais persistent à vouloir calmer les critiques de l’expertise indépendante en annonçant de possibles remèdes dont ils savent pertinemment qu’ils ne sont pas possibles. Il sera toujours tant plus tard, de dire "on ne savait pas", refrain archiconnuŠ.

Ensuite 18,3 MT cela représente 6 fois plus que le trafic actuel, on peut rêver et cela meuble une partie de nos nuits d’écologistes et nous, au moins, depuis fort longtemps. En effet, nous ne découvrons pas la nécessité d’un report modal vers un mode de transport moins polluant depuis seulement hier matin. Nous avons même des années durant prêché dans le désert face aux lobbies routiers puissamment soutenus par toutes les Chambres de Commerce de France et de Navarre. Aujourd’hui les mêmes, frappés par une conversion fulgurante, tel Saül sur la route de Damas, seraient plus à même que d’autres de savoir ce qui en matière environnementale doit être retenu comme projet structurant pour l’avenir. Pensez si c’est crédible quand cela nous vient en particulier de certaines chambres de commerce mues, nous le savons, tous par le seul intérêt général.

Les études prospectives menées par les ministères des Transports français et espagnols s’accordent sur une perspective enŠ 2025, de 13 à 20 MT. La fourchette est large mais elle signe la difficulté d’être plus précis sur ce point. Seul RFF, procède par affirmation et derrière, beaucoup emboîtent le pas ! Et, quand on voit comment RFF compte les trains, on peut s’interroger sur la véracité des tonnages avancés !

Enfin l’expertise indépendante, explique qu’avec des améliorations significatives, 18,3 MT cela passe sur les voies existantes. Serons-nous rendus en 2015, 20, 30, nous ne pouvons avoir de certitudes là-dessus. De plus, cette amélioration rendrait évidemment possibles des vitesses plus importantes et donc un gain de temps notable pour les voyageurs. Une précision non négligeable, les travaux effectués pour l’amélioration des voies actuelles ne le seraient pas en pure perte, si d’aventure il fallait passer plus tard à des voies nouvelles, puisque quel que soit le scénario proposé par RFF, le réseau existant conserve sa pertinence.

Alors, pour les écologistes, le bon vieux principe de précaution doit plus que jamais s’appliquer. Améliorons les voies existantes, offrons du transport de voyageurs adapté aux besoins, menons réellement une politique volontariste de report de la route vers le fer. Au lieu par exemple d’évoquer les "contraintes" de manière incantatoire, vérifions ce qu’elles pourraient être au regard des dispositions européennes, ou mieux, tentons d’infléchir la législation. Et surtout, ne rendons pas le réseau routier plus attractif : réfléchissons avant de pratiquer partout, et notamment ici des élargissements intempestifs de l’A63, renonçons au grand contournement de Bordeaux ou encore à la Transnavarraise version hard. En laissant jusqu’à saturation aller une forme de blocage des routes, observons si cela entraîne un report vers le fer et le maritime et surtout dans quelles proportions ? Car et nous le disons à tous ces nouveaux adorateurs des plans climat, mettre à disposition des moyens de circuler mieux sur les routes constituera, pardon pour l’expression, un appel d’air incroyable pour toujours plus de camions !

Laissons du temps au temps, comme disait l’autre, du temps pour avoir des indicateurs forts et absolus de la nécessité d’une vraie saignée dans toute l’Aquitaine, du temps avant d’engager des études pour un projet chiffré à 3 milliards d’euros !!! Rien que le coût devrait amener plus de mesure dans les discours que l’on entend ces derniers jours. Mais non à l’instar du Maire de Bayonne, ils sont quelques-uns à s’emparer de ce projet comme étant existentiel pour le Pays Basque, aveugles et sourds, à tout ce qui pourrait contrarier leur position.

Dernier point, nous devons construire une société de proximité, soutenir les circuits courts en matière alimentaire d’abord et vestimentaire ensuite. Nous devons, et la responsabilité en est individuelle, devenir des éco-citoyens convaincus, et réfléchir dans notre vie quotidienne aux actes que nous posons. Chacun, chacune à sa mesure mais avec le souci de peser sur les pratiques marchandes, de finir par exterminer le discours dominant et la pensée unique sur le toujours plus comme seul axe de progrès. Cela peut faire sourire, comme faisaient sourire en 1989, notre projet de navettes électriques pour Bayonne, notre soutien aux pistes cyclables, "plus personne ne fait du vélo" nous répondait-on, ou encore le combat continu contre l’incinération des déchets, là où les mêmes présentaient Bâchefores comme une merveille de la technologie. Dire que nous en avons pris l’habitude est un euphémisme


 
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