Renversement de pouvoir à l’AOC Ossau Iraty
·Les opposants au renforcement du cahier des charges ont mobilisé les éleveurs pour éconduire l’équipe en place
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La majorité des sièges leur est désormais acquise chez les producteurs de lait de brebis. Les membres de la liste Denentzat viennent de renverser le pouvoir au sein de l’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) Ossau Iraty qui réunit environ 1800 éleveurs en Pays Basque et sur une petite frange du Béarn. Denentzat refuse deux mesures relatives aux conditions d’alimentation des brebis, prises il y a un an par le Syndicat de Défense de l’AOC engagée depuis plusieurs années dans une phase de renforcement du cahier des charges. Il s’agit d’une part de l’interdiction des mélanges d’aliments appelés "ration complète", qui sont surtout vendus par des entreprises du Pays Basque sud et d’Espagne et dont l’utilisation se développe fortement sur les exploitations. D’autre part de la limitation à partir de l’an prochain puis de l’interdiction à partir de 2015 de l’ensilage de maïs et d’herbe, et de la limitation, à l’automne 2015 également, des fourrages fermentés.Le conseil d’administration en place1 estime que ces évolutions, qui seront mises en place progressivement, "sont indispensables pour que le fromage Ossau-Iraty se démarque des productions de masse et puisse garantir une rémunération correcte du lait aux éleveurs". Denentzat estime au contraire que les changements se font "trop rapidement" et que nombre d’éleveurs préféreront sortir de l’appellation plutôt que de changer leur façon de produire. Ce qu’ils refusent préférant une AOC forte du plus grand nombre d’éleveurs à une appellation au cahier des charges plus rigoureux que moins de producteurs serait selon eux capables d’assumer. Depuis le 9 septembre, les élections des représentants des producteurs laitiers de l’Ossau Iraty se déroulent donc dans une ambiance des plus tendues sur fond de lutte syndicale même si Denentzat s’en défend. Face aux sortants tous issus des rangs d’ELB, les listes opposées sont animées par les membres de la FDSEA, parfois élus à la Chambre d’agriculture à Pau.
Des scrutins serrés
Le territoire de la Côte (correspondant au Labourd), le premier à voter, a donné d’une voix la victoire à la liste Denentzat le 9 septembre. Lundi dernier, Garazi-Baigorri s’était aussi fortement mobilisé. La salle de la coopérative d’Ispoure était largement trop exiguë pour contenir les près de 300 éleveurs venus voter. Ici aussi Denentzat a damé le pion aux représentants sortants de 15 voix, par 151 à 136. Le débat qui avait précédé avait donné lieu à de vifs échanges, des membres de Denentzat accusant même les sortants de "mensonge" et de "manipulations". "Pourquoi doit-on être à l’avant-garde, nous ne sommes pas pressés", a lancé Joseph Luro, l’un d’entre eux. "Rien n’est prêt pour accompagner techniquement les éleveurs face à ces mesures", a surenchéri Jean-Michel Anxolabehere, autre colistier."Trois dispositifs sont en route pour accompagner les éleveurs", avait pourtant avancé Mixel Oçafrain, représentant sortant et ancien président de l’AOC. "Notre façon de produire doit être fidèle à l’image que nous véhiculons, le consommateur n’acceptera pas n’importe quoi", avait-il ajouté. Dans la salle, un éleveur est notamment intervenu pour reprocher à "certains d’entre nous d’agir contre la promotion de l’Appellation d’origine", allusion à peine voilée aux représentants des producteurs de la laiterie Pyrénéfrom dirigé par Joseph Luro. Ces derniers, en désaccord avec la modification du cahier des charges, ont en effet bloqué le versement des cotisations des 700 producteurs de l’entreprise destinées à financer la publicité TV et radio du fromage basque, empêchant de fait cette dernière. Autre point de discorde : le caractère définitif des mesures prises. Elles ont en effet été validées par le Comité National des Produits Laitiers, organisme compétent en la matière. L’équipe sortante juge que Denentzat trompe les éleveurs en leur faisant croire qu’un retour en arrière est possible. Les opposants rappellent que trois ministères doivent signer le décret pour son adoption définitive. Même si cela ne s’est jamais produit, ils caressent l’idée que l’un ou plusieurs d’entre eux pourrait créer un précédent. Selon Mixel Oçafrain toutefois, le ministère de l’agriculture est le premier à défendre un renforcement des cahiers des charges des AOC lors des sessions du CNPL. Un revirement semble donc peu probable, à moins que les éleveurs soutenus par la FDSEA et la Chambre d’agriculture ne trouvent le soutien nécessaire à Paris. Certains aiment en effet à penser qu’il y aurait là l’occasion pour l'État de sanctionner ELB et la création d’Euskal Herriko Laborantxa Ganbara. En attendant les assemblées de secteurs se poursuivent. La Soule où seule la liste des sortants était en lice, devait voter hier en fin de soirée. Aujourd’hui, ce sera le tour des Béarnais avant que la lutte entre les sortants et Denentzat ne reprenne demain à Larceveau pour les cantons d’Iholdy-Amikuze. Denentzat a déjà en main 21 sièges sur 41, soit une courte majorité qu’elle voudra renforcer demain à Larceveau. De leur côté, les producteurs fermiers éliront leurs représentants aujourd’hui à Mauléon. Ces derniers, davantage confrontés aux consommateurs puisqu’ils vendent eux-mêmes leur production, sont presque unanimement favorables à un durcissement des conditions de production du lait servant à faire les fromages sous AOC. Enfin, les entreprises laitières sont aussi appelées à élire leurs représentants. 1. composé de 8 représentants des producteurs de lait , 3
représentants des producteurs de fromages fermiers et de 8 représentants des
laiteries.
« Malheureusement, on va vite s´apercevoir publiquement que leur discours est illusoire »
Mixel BERHOCOIRIGOIN/ Président de Laborantxa Ganbara
D’abord sur la méthode, il me semble assez bizarre de
présenter une liste anonyme. Ni la FDSEA, ni la Chambre d’agriculture, voire ni
les laiteries, n’ont eu le courage de montrer leur visage. C’est
particulièrement grave pour la Chambre d’agriculture. Elle privilégie ici un
système de production qui va à l’encontre de l’image de qualité de l’agriculture
et de l’intérêt des paysans.
Sur le fond, je trouve que Denentzat a joué de démagogie
et a trompé les éleveurs. Toute la procédure de renforcement du cahier des
charges est finie, après quatre années de débat. On n’a jamais vu le ministère
casser un vote du CNPL. Faire croire cela, c’est tromper les gens. Il est tout
aussi illusoire de dire en même temps que l’on veut une AOC forte et bien
identifiée et de promouvoir des méthodes de production qui aboutissent à un
produit banalisé.
Je souhaite enfin rendre hommage à tous ceux qui ont fait
vivre l’AOC jusqu’à aujourd’hui. C’est leur travail qui a permis l’efficacité,
la réputation, les avancées techniques etc, pas toujours visibles au quotidien.
Toute cette dynamique est à la veille de se rompre aujourd’hui. Ceux qui ont
gagné ont fait le plus facile. Malheureusement, on va vite voir que leur
discours est illusoire.
Il y a sans doute une stratégie derrière tout cela. Pour
beaucoup, il s’agit de sanctionner une dynamique existant en Pays Basque. Mais
il en faudra plus pour cela.
« Il faut aujourd'hui un temps d'arrêtet de réflexion sur toutes ces questions »
Jean-Pierre GOITY/ Président du SUAT Pays Basque
Il faut une AOC forte avec le maximum d'éleveurs. Le cahier des charges de l'AOC Ossau Iraty doit être accessible à tous. Avec les dernières modifications qui ont été mises en place, on peut penser que l'on va vers une appellation très élitiste, réservée à des éleveurs ayant des surfaces importantes. En les appliquant en l'état, elles sont restrictives pour beaucoup de petites exploitations et font le jeu des grandes entreprises laitières.
Il aurait été beaucoup plus sain de faire comprendre aux éleveurs qu'il faut rester en races locales et ne pas aller vers les races exogènes (lacaunes). Le combat est davantage là dessus.
On parle beaucoup de la perception du consommateur mais il ne faut pas s'arrêter à cela. Au Pays Basque, il y a du maïs, on peut donc distribuer de l'ensilage maïs même en montagne.
Le cahier des charges était bon, il aurait fallu faire comprendre aux éleveurs les enjeux d'une AOC. A ce niveau, il y a eu un déficit de discussion jusqu'à présent. Ce n'est pas par le cahier des charges qu'il fallait commencer mais pas le relationnel, en particulier avec les entreprises de transformation. C'est de la compétence du Syndicat de Défense, qui n'a pas été assez souvent ouvert sur les organismes qui l'entourent.
Il faut aujourd'hui un temps d'arrêt et de réflexion sur toutes ces questions.
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