L’interdiction de la pêche à l’anchois prorogée jusqu’au 31 décembre
·Les scientifiques du CSTE recommandent de maintenir l'interdiction jusqu’en juillet 2006
La Commission européenne a fait savoir hier dans un communiqué qu’elle lancera prochainement une procédure visant à proroger de trois mois l’actuelle interdiction de la pêche à l’anchois en vigueur jusqu’au 2 octobre. Cette décision a été prise après avoir examiné les données les plus récentes disponibles sur l’anchois dans le golfe de Gascogne rendu par le Comité scientifique, technique et économique de la pêche. Dans son rapport, le CSTEP a recommandé que "l’on s’abstienne pour l’instant d’envisager des mesures de gestion autres que la fermeture de la zone". L’interdiction comptera donc jusqu’au 31 décembre, mais les responsables de la Commission européenne ont l’intention de proposer au Conseil des ministres de la Pêche qui négocient chaque année en décembre les quotas de pêche pour l’année suivante de proroger l’interdiction en 2006. En effet, Bruxelles proposera pour 2006 un total admissible de captures (TAC) égal à zéro, "en attendant que des données indépendantes établies sur la base d’études à effectuer en automne et au printemps prochain permettent une estimation fiable des quantités d’anchois juvéniles et adultes", a déclaré lors d’une conférence de presse Mireille Thom, porte-parole du commissaire européen à la Pêche, le Maltais Joe Borg. Le CSTEP a confirmé que le stock d’anchois est bien en deçà des niveaux de sécurité biologique et que les quantités de juvéniles rejoignant le stock sont cette année de beaucoup inférieures à celles observées auparavant. La Commission rappelle par ailleurs que des aides financières de l’Union européenne sont disponibles dans le cadre du Fonds européen de la pêche (IFOP), pour soutenir les pêcheurs mis en difficulté par les fermetures temporaires.
"Dangereusement bas"
L’actuelle fermeture temporaire a été établie en juillet dernier à la suite d’une recommandation émanant d’un organisme indépendant, le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM), qui a demandé au printemps dernier une interdiction immédiate afin de protéger le stock d’anchois dans le golfe de Gascogne et d’en favoriser la reconstitution. La Commission avait indiqué que, pendant la fermeture, elle verrait s’il y avait lieu de reconsidérer l’interdiction après avoir consulté les experts du CSTEP.Après que les experts eurent examiné les dernières informations disponibles, le CSTEP a confirmé en juillet dernier que le niveau du stock d’anchois est "dangereusement bas". Il a avalisé la décision de la Commission de fermer la pêche de l’anchois et a recommandé le maintien de cette interdiction "en attendant que l’on dispose de données indépendantes permettant une estimation fiable" des quantités d’anchois adultes. "Autrement dit", a estimé le CSTEP, "il faut fermer la pêche de l’anchois au moins jusqu’en juillet 2006".
Gestion par campagne
Le CSTEP reprend par ailleurs à son compte les recommandations du CIEM concernant des mesures de gestion alternatives "destinées à maintenir la viabilité du stock à longue échéance". La Commission est favorable au principe d’un système de gestion par campagne, fondé sur la surveillance annuelle de la pêche et sur des ajustements des possibilités de pêche. Le Conseil et la Commission se sont mis d’accord en décembre dernier sur la nécessité d’appliquer un tel système de gestion. La Commission coopérera à cet effet avec les États membres concernés pour l’élaboration de ce système qui sera mis en ¦uvre lorsque le stock d’anchois se sera suffisamment reconstitué pour que l’on puisse autoriser la reprise de la pêche. Si la situation perdure l’an prochain, les poissons adultes constitueront encore la seule chance de reproduction pour 2007, d’où la nécessité d’agir selon Bruxelles. Lorsqu’en décembre dernier la Commission avait présenté au Conseil sa proposition sur les possibilités de pêche de l’anchois pour 2005, elle s’est rangée à l’avis scientifique du CIEM qui, pour la deuxième année consécutive, mettait en garde contre le mauvais état des stocks. Le CIEM estimait qu’il convenait de fixer dans un premier temps le volume de capture à 5 000 tonnes, de manière à permettre le renouvellement du stock. Le Conseil avait toutefois fixé le volume des captures à 30000 tonnes, contre 33000 en 2004.
Pour Capsud OP, l’interdiction "est une décision largement politique"
La décision de la Commission européenne de prolonger jusqu’à la fin de l’année l’interdiction de pêcher l’anchois dans le Golfe de Gascogne "est largement politique", a déclaré hier le directeur adjoint de Capsud OP, la coopérative des marins pêcheurs du Labourd et des Landes.
"Il s’agit d’une mesure largement politique et, secondairement, d’une mesure de précaution", a expliqué David Milly à l’agence de presse AFP.
"La majeure partie de la flottille de la pêche des anchois est espagnole. Ils font pression pour une interdiction temporaire de la pêche car, eux, peuvent la supporter. Et cela met à mal la flottille française".
"La guerre de l’anchois, ce n’est pas nouveau", a-t-il enfin assuré.
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