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Quand les vautours s’intÉres
Après des années de polémiques, écologistes et éleveurs s’accordent pour reconnaître que ces charognards s’attaquent aussi au bétail vivant. Surtout lorsqu’il met bas
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Cela reste exceptionnel. Mais désormais avéré. Les vautours s’en prennent aussi aux animaux vivants. Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, les témoignages, évoquant des attaques du célèbre charognard sur du bétail encore en vie, s’accumulent. Et le phénomène s’est accentué ces trois dernières années. Au point que éleveurs, associations de protection de l’environnement et administrations publiques s’assoient autour d’une même table au sein d’un Observatoire départemental des dommages au bétail. Pour mettre fin à "une situation qui était sub-conflictuelle" se souvient Didier Hervé, l’un des animateur de l’Observatoire.C’est qu’il a d’abord fallu faire face à une incompréhension du phénomène. Déclarée officiellement espèce protégée en 1972, les vautours sont connus pour leur rôle écologique salutaire, "nettoyant" les montagnes des cadavres de vaches, brebis ou équidés. Des charognards. Et qui le demeurent. Ensuite, le phénomène "d’un certain nombre de dégâts sur le bétail mettant en cause les vautours a été nié" dans un premier temps par les écologistes; "ce qui a insupporté le monde agricole par sa non prise au sérieux" relate Didier Hervé, également directeur de l’Institution patrimonial du Haut-Béarn. Et de se faire le porte-voix des éleveurs en élargissant l’analyse: "c’est une menace de plus sur nos troupeaux (avec l’ours et le loup bientôt) qui nous donne l’impression d’être la dernière roue de la charrette". Mais quelle menace font désormais planer les vautours? Un consensus s’est dégagé au sein de l’Observatoire pour affirmer qu’il y a bien "une évolution" dans les comportements de ces rapaces, et que des cas de mortalité d’animaux sont dus aux vautours". Mais encore? "Les vautours ont de moins en moins de crainte vis-à-vis des hommes, il y a de moins en moins de nourriture, et la population des charognards est de plus en plus nombreuse". C’est la difficile équation établie par Didier Hervé. Dès lors les vautours sont "à la recherche d’occasions". "A l’époque, quand une vache mourait, les vautours étaient bien en hauteur, aujourd’hui, quand un animal est en difficulté, ils attendent pas loin." Et d’ajouter qu’ils s’attaquent "rarement à des animaux en pleine vigueur", mais "ce n’est quand même pas une maladie de mettre bas". Le principal problème réside dans ce dernier cas de figure. C’est le moment critique car les vautours sont très friands de placenta. Ce n’est pas nouveau, mais si auparavant la vache avait largement le temps de vêler, maintenant les rapaces se précipitent et tirent sur le placenta au moment où elle met bas. Ce qui peut provoquer un retournement de matrice qui est exposé aux coups de bec provocateurs d’hémorragie mortelle. "Et il ne s’agit pas d’un ou deux vautours, mais de dizaines" qui fondent sur la bête, précise le directeur. L’enjeu souligné par Didier Hervé est bien celui de la possibilité du vêlage en milieu naturel.
Forte croissance de la population
Des vautours moins farouches et beaucoup plus nombreux donc. 450 couples de vautours sont recensés en Béarn et Pays Basque, auxquels s’ajoutent les 4500 couples dénombrés dans les Pyrénées navarraises et aragonaises.Plus loin de nous, les vautours font partie du paysage urbain de Ouagadougou (Burkina Faso), à l’égal des pigeons des villes européennes. Nous n’en sommes pas là. Cela étant, son statut d’espèce protégée a largement contribué à son développement. De là à parler de surpopulation... C’est plutôt la raréfaction de la nourriture qui semble poser problème. Jusque là, des sites de nourrissage étaient établis en montagne à leur intention. Les éleveurs allant déposer les cadavres de leurs bêtes en un même endroit, comme par exemple aux pieds d’Axuria au dessus de Zugarramurdi (photo). Mais depuis la crise de la vache folle les règles sanitaires concernant le bétail ont changé voici trois ans. Les organismes d’équarrissage sont réglementairement chargés de les retirer. La pratique de sites de nourrissage est désormais interdite dans l’Union européenne. Officiellement du moins. On sait que le vautour n’est pas transmetteur de maladie lorsqu’il dévore une brebis morte de maladie son tube digestif au pH 1 ou 1,5 possède l’équivalent d’un acide sulfurique concentré, qui est un très bon désinfectant. En revanche, "le monde scientifique ignore si le vautour est transmetteur du prion (agent provoquant l’ESB ou maladie de la vache folle) ou non", conclut provisoirement l’Observatoire.
Un observatoire des dommagesau bétail avec tous les acteurs
Protecteurs de l’environnement et éleveurs autour de la
même table. Et qui parviennent à se mettre d’accord sur des procédures! Le
nombre de sujets où cela se produit doivent pouvoir se compter sur les doigts
d’une main. C’est le cas à propos de l’évolution des comportements des vautours.
Depuis 2002, un "Observatoire départemental des dommages au bétail" a été mis en
place. L’initiative est partie du Haut-Béarn. On y trouve des représentants de
l’Etat (préfecture, DDA, Parc national des Pyrénées, Office national de la
chasse et de la faune sauvage, Services vétérinaires,...), des collectivités
locales et des élus (mairies, syndicats de vallées,...), la profession agricole
(Association des éleveurs et transhumants des trois vallées, Chambre
d’agriculture,...), mais aussi des associations de protection de la nature
(Ligue de protection des oiseaux,...), et jusqu’à la fédération départementale
des chasseurs. Pour le Pays Basque, nous avons les représentants de la
Commission syndicale du Pays de Soule, celui du Pays de Cize, Marie-Antoinette
Etchebarren en tant que présidente de la Fédération pyrénéenne des commissions
syndicales, le conseiller général de Baigorri Jean-Michel Galant, ou encore
l’association de protection des rapaces Saiak.
Méthodologie de résolution de conflits
Nul n’y conteste l’utilité des vautours. Pour l’instant
les différents acteurs se sont mis d’accord sur le constat d’une évolution du
comportement des vautours, et sur la façon d’observer le phénomène. Et, en bonne
méthodologie de résolution des conflits, des procédures ont été définies. Une
procédure d’alerte. Il s’agit d’avertir la Commission syndicale [pour le Pays
Basque, 05 59 28 05 26 en Soule, et 05 5937 01 26 en Basse-Navarre] lorsqu’un
animal est blessé ou décédé en montagne et l’objet des appétits des vautours. Un
enquêteur est alors envoyé. Ce sera un garde assermenté, ou alors "une personne
ressource" (pour les zones éloignées) établira le constat et enregistrera le
témoignage. En attendant son arrivée, si l’animal est vivant ou blessé, il est
conseillé de le rentrer si possible, ou en tout cas de le soustraire à l’action
des rapaces. Si l’animal est mort et sa carcasse encore relativement intacte, il
est suggéré de le recouvrir d’une bâche pour pouvoir l’examiner de façon la plus
complète.
En 2002, 18 dossiers de témoignages impliquant des
vautours dans l’attaque de bétail ont été enregistrés en Béarn et au Pays
Basque. En 2003, 7 et 29 l’année dernière. En 2005, très peu de cas ont été
signalés à ce jour. Mais les bétails sont sur les estives. Et les vautours
trouvent facilement à se nourrir, "normalement".
Des chiffres en yo-yo qui ne signifient pas grand chose,
et surtout pas le nombre d’attaques effectives par des vautours. Des nombres qui
s’expliquent pour partie, selon Didier Hervé, directeur de l’Institution
patrimoniale du Haut-Béarn, par le fait que "tout le monde connaît plus ou
moins" l’Observatoire. Et que l’enjeu n’est, pour l’instant, que descriptif.
L’indemnisation des éleveurs en
débat
Pour l’instant il ne s’agit que d’observer le phénomène.
L’Observatoire des dommages au bétail s’est mis d’accord sur la façon de le
décrire, pour ensuite alerter le ministère. Pas encore sur les mesures à
prendre. Le débat sur l’indemnisation éventuelle des éleveurs ayant subi des
attaques de vautours ne fait que commencer. Didier Hervé, de l’Institution
patrimonial du Haut-Béarn, indique d’emblée que "ce n’est parce que vous
indemnisez que le comportement des vautours va changer". Personne ne parle de
changer le caractère d’espèce protégée aux vautours. Mais la question de la
"régulation" d’une population devenue nombreuse est posée.
En Navarre, les autorités ont opté pour le choix de l’indemnisation des éleveurs depuis 1997. Avec ce résultat, apparemment paradoxal, d’un nombre de cas déclaré en forte baisse. C’est qu’il faut prouver que l’animal mort était en bonne santé, et déterminer la cause exacte de son décès. La chose n’est pas facile, et l’expertise relativement coûteuse. Les frais vétérinaires pour démontrer que le vautour y est pour quelque chose sont de l’ordre de 300¤, à la charge de l’éleveur. Ce qui lui sera remboursé si le rôle du rapace est avéré. Mais comme les éleveurs ne sont indemnisés que dans 30% des cas, la plupart préfèrent finalement s’abstenir.
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