Gara: Latest news - Printed edition  |  Le Journal |  Documents
 
EUS | ES | FR | ENG
 » PRINTED EDITION
  - Index
  - Sujet à la une
- Basque Country
- Local
- Opinion
- Culture
- Sports
 » DOCUMENTS
 » Hemeroteka
Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2005-08-05
Antton Morcillo / Ancien membre du bureau national de Batasuna
Apropos d´Elkarri

Il est curieux et symptomatique que l’une des nouvelles qui a eu le plus de résonance médiatique durant la deuxième quinzaine de juillet a été la décision de Batasuna de ne pas participer aux initiatives d’Elkarri.

L’importance que l’on a octroyée à une décision qui, en réalité, ne représente rien de nouveau si l’on tient compte de la réalité des dernières années, apparaît disproportionnée. Cependant, les fleuves d’encre imprimée semblent plutôt se préoccuper de l’intérêt des partis politiques exploitant la persistance du conflit en tant que modus vivendi et de ceux qui, sans doute, sont gênés que se soit la gauche abertzale qui ait pris l’initiative politique avec la Déclaration d’Anoeta.

En effet, le fil conducteur de tout ce qui est écrit et dit consiste à essayer de miner l’image positive et créative qu’est en train d’offrir l’indépendantisme basque, pour mettre en place à nouveau, dans l’opinion publique, une identification intolérante, obtuse et inquisitoriale du courant politique indépendantiste.

Durant ces derniers jours, on a inventé des titres et forcé des déclarations pour obtenir le mélodrame désiré. Même les battus aux élections ont réuni pour l’occasion le club sélect du colérique ! Entreprise beaucoup plus facile et attrayante pour eux que l’unité dans des listes électorales.

Quoi qu’il en soit, la question d’Elkarri est redevenue d’actualité au moment ou l’énième essaie de cet organisme pour catalyser la résolution du conflit basque était passé à la trappe, alors qu’évidemment, la déclaration du Bureau National de Batasuna ne paraissait pas être motivée par des critères de communications conjoncturelles mais par des raisons d’une portée politique beaucoup plus importante.

La trajectoire politique d’Elkarri en tant que collectif social a été parsemée d’affrontements pratiquement continuels avec les différentes organisations de la Gauche Abertzale. Depuis le début, Elkarri s’est fait un nom et une place dans la société basque sur la foi d’abjurer son origine. En tant que mouvement pacifique, il ne se contentait pas de situer les clefs de la paix et de dénoncer les vulnérations des droits en général, mais il a du, pour devoir gagner la confiance de ceux qui participaient alors au pacte d’Ajuria Enea - c’est à dire, tous sauf les indépendantistes ­ se baser sur l’amplification des dénonciations (celles contre E.T.A) et de standardiser d’autres (celles des violences de l’Etat). Néanmoins, pour Elkarri, ce genre de distinction n’a jamais cessé d’être une expression de son indépendance organisationnelle.

Il est curieux que l’image d’indépendance ils l’aient forgée par la critique disproportionnée des actes et des attitudes exercées par la Gauche Abertzale. Chaque fois que le PP, le PNV ou le PSE suggéraient une certaine connivence idéologique, ils s’empressaient de se démarquer, pour que jamais le doute ne puisse marquer de son empreinte leur image de neutralité. C’est ce qui arrive au converti.

Cela oui, le fait d’être financé par le biais du budget général de la CAV ne doit en rien influencer sa souveraineté, ni ne peut engendrer le moindre soupçon de partialité. En conséquence il serait mal venu de penser que ne pas dénoncer les actions de l’Ertzaintza, ou, ne pas critiquer certaines décisions d’Ibarretxe durant la précédente législature, aurait quelque chose à voir avec le fait de remettre en jeu l’argent qu’il reçoit de son gouvernement. Évidemment, cela n’a rien à voir non plus avec l’indépendance d’Elkari le fait que son principal dirigeant ait été le conseiller d’Ibarretxe, parce qu’au bout du compte, il est le lehendakari de tous, n’est ce pas ?

Elkarri, en réalisant cette fonction, est appelé à exercer une médiation. Cela a été précisément cette tâche, celle de médiateur dans le conflit basque, qui s’est converti en bannière du collectif. Un médiateur plutôt sui generis (particulier).

Pour s’auto-atribuer un tel caractère, Elkarri a du s’externaliser du conflit basque avec un costume idéologique sur mesure. En principe, eux-mêmes, sont une partie de ce peuple en tant que mouvement social. Pour cette raison, tant que le contentieux perdurera entre cette entité et les Etats espagnol et français, ils ne pourront jamais être arbitre et partie à la fois, car le caractère de médiateur serait invivable. Mais l’écueil se résout en mettant la médiation comme objectif. Ainsi, Elkarri opte pour dénaturaliser le conflit et le caractériser comme étant un affrontement entre deux stratégies excluantes : Celle du PP et celle de la Gauche Abertzale. Et au milieu tout les autres, c’est à dire, la vertu. C’est à dire, eux-mêmes.

Il importe peu que, vu depuis l’optique de l’indépendantisme, l’acceptation d’un tel théorème amène à penser que la disparition de la Gauche Abertzale (éloigné de la société basque et préjudiciable pour elle) aide à la résolution du conflit. Mais, tant pis ! L’important c’est que maintenant nous avons des médiateurs.

En Euskal Herria il s’est ouvert une porte pour l’espérance. Depuis Lizarra-Garazi, c’est la première fois que l’on perçoit un possible horizon de résolution dans notre pays et cela doit être un motif de joie pour tous. Dans ce contexte il est normal que prolifèrent des initiatives de toutes sortes, certaines bien intentionnées d’autres pas, certaines judicieuses et d’autres erronées. Le totum revolutum ne fait rien d’autre que confondre quand ce qui est logique c’est de fermer les portes qui ne débouchent sur rien, qui sont stériles.

Pour Batasuna, Elkarri est l’une d’entre elles. Cela fait trois ans que le collectif social essaye d’embrouiller la Gauche Abertzale dans un accord sans contenus, mais avec des dizaines de conditions préalables et de renonciations n’affectant qu’elle et elle seulement : Depuis l’accord 95 jusqu’à la table d’Egino en passant par des Conférences, des livres et des pages d’accords non nés.

Bien qu’il y ait eu aussi un travail de socialisation du dialogue et l’accord que personne ne peut disqualifier comme contribution, ce qui est relatif à la caractérisation et à son modèle de résolution est très différent car les deux sont des positions nettement politiques qui évoluent dans un espace idéologique déterminé. Certains, avec moins, se présentent aux élections et arrivent même à gagner des sièges.

Ainsi sont les choses, je crois que la position de la Gauche Abertzale non seulement est raisonnable, mais aussi inévitable si elle s’occupe du critère de responsabilité politique. Le politiquement correct, qui est d’affirmer que tout le monde est bon, ne peut pas être une charge. Pour cette culture politique cela ne l’a jamais été.


 
Print
...More news
L'opinion
Apropos d´Elkarri
Sujet à la une
Quand les vautours s’intÉres
Pays Basque
Le basque Maier en contrat pour Peugeot et Opel
Herriz herri
Fêtes, que cela dure
Culture
Une bonne tranche de Raveliades, entre jeunes
Sports
Anglet à l’aveuglette pour une première en CFA
Sports
Real Sociedad : le défenseur central brésilien Luiz Alberto serait en route pour Santos
Pays Basque
Une Charte des droits sociaux pour les hôtels et les restaurants
  © 2006 Baigura | Contact | About us | Advertise