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Le JPB > Culture 2005-07-19
Quand le jazz est là...
Malgré un petit budget, la troisième édition de La ruée au jazz a été un "grand succès" partagé par près de 8300 personnes selon les organisateurs.

Il y a eu le baptême du feu, la première, organisée en deux mois dans l’urgence par une poignée de copains soucieux de ne pas perdre le swing à Bayonne lorsque le festival Jazz aux remparts a jeté l’éponge en 2003. Il y a eu la seconde, celle "cruciale" de la vérité et de la pérennisation de la manifestation. Et puis cette troisième édition du festival La ruée au jazz qui met sur les rails de la réussite un rendez-vous éclectique et populaire. Avec une fréquentation affichée de 8 300 personnes ce week-end, les organisateurs de l’association Swing home espèrent désormais "passer du stade de jeune festival, nouveau venu dans ce milieu, à celui d’événement avec lequel il faut compter". En ligne de mire, la quatrième place des festivals de jazz en Pays Basque, derrière Donostia, Getxo et Gazteiz et peut-être même avec eux. Mais dans cette optique, il faudra compter avec l’engagement, pour l’instant inégal, des institutions, dont les carences ne sont comblées que par les efforts conséquents fournis par les artistes et les bénévoles.

"C’est simple, on n’a pas un rond" résume Marie-Pierre Lamarque au nom de l’association Swing home. Pourtant, samedi soir, le festival a comptabilisé plus de 1000 entrées payantes. "On était très contents de voir tout ce monde mais on sait que derrière ce succès on est dans le rouge financièrement" commente-t-elle, avant de convenir qu’"il est pratiquement impossible d’organiser un festival de ce niveau avec si peu de moyens". Des moyens financiers que l’association ne peut même pas chiffrer. A cela deux raisons essentielles : la quantité de "petites contributions" qui proviennent de nombreux partenariats privés, et une subvention promise par le Conseil général qui n’est pour l’heure pas chiffrée et doit être soumise à délibération en septembre seulement. Dans cette attente les comptes de La ruée au jazz sont dans le rouge. Et de nombreux groupes ou prestataires ont accepté d’attendre leur paiement.

Mais deux certitudes demeurent dans ces chiffres hasardeux. "Le soutien total de la mairie de Bayonne" qui, grâce également à un contrat de ville de 8 000 euros, fournie une aide de 20 000 euros pour cette troisième édition. Et le refus du Conseil Régional de mettre la main à la poche pour un festival dûment répertorié en Aquitaine et dont la plupart des animations sont gratuites. "A Bordeaux, on nous a dit : "la gratuité on en revient’" rapporte Swing home.

Qualité avec peu de moyens

Du coup, et en dépit du soutien de la Ville de Bayonne, "il va être difficile de continuer à organiser un festival de cette qualité avec si peu de moyens" doutent les organisateurs. Car pour l’heure, Swing home parle de "miracle" en faisant le détail des innombrables "efforts que font les gens" pour réussir ce festival, depuis Dédé qui arrondit les angles pour fournir les fameux pianos Dussau, fournisseur officiel du festival de Marciac, jusqu’au légendaire Archie Shepp qui "a fait une fleur" au festival, convaincu par Mina Agossi de venir soutenir un festival populaire (lire aussi encadré ci-contre).

Et pourtant, comme le rappellent les organisateurs, "l’affluence exceptionnelle dans les rues de Bayonne montre bien le potentiel de La ruée au jazz". Vendredi soir déjà, le ton était donné d’un rendez-vous qui mêle funk, electro, free, world, manouche et séduit les publics les plus divers. Des questionnaires distribués à l’entrée des concerts relèvent que le public était composé de touristes comme d’habitants du BAB ou de l’intérieur. Sous le chapiteau, tous les âges se croisaient sans se gêner, saluant d’un même élan les extraordinaires voix de Mina Agossi et d’Archie Shepp, sa virtuosité légendaire au saxophone, ou délaissant les inévitables chaises qui entourent les scènes jazz lorsque Laurent de Wilde quitte les chemins jazzy pour ceux, plus envolés, des rythmes drum and bass jusqu’aux confins de la jungle. Rare pour un festival de jazz, de voir danser le public.Rare aussi de le voir éclore dans toute la ville, jusque dans les bus de la Stab, les places de la ville et dans les bars du Petit Bayonne qui, semble-t-il, n’attendaient pas mieux pour retrouver des allures de fête. Une quarantaine de concerts gratuits dans toute la ville et des expositions "pour des gens qui n’ont pas forcément accès à la culture" rappelle Marie-Pierre Lamarque. Un festival de bonne volonté, "fait avec trois fois rien" et promis à monter. Les organisateurs regardent aujourd’hui en direction des poids lourds du genre, le festival de Gazteiz, qui s’est achevé cette année juste avant les premières notes bayonnaises, et le festival Jazzaldia de Donostia qui débute vendredi."L’idéal ce serait de pouvoir travailler ensemble sur la programmation" confiait samedi Pierre-Antoine Fort. "C’est sûr que tous les ingrédients sont là pour prendre de l’ampleur" ajoute Marie-Pierre Lamarque en prévenant que "pour que le festival monte, il faudra que les aides augmentent." Car, rappelle l’association, "si l’état d’esprit jeune et populaire que nous insufflons dans ce festival en fait tout le charme et l’originalité, il est bien évident que c’est l’affiche qui fait venir le public sur place afin qu’il puisse s’en rendre compte par lui-même". Didier Conchon, Mina Agossi, Laurent de Wilde, Emile Parisien, Archie Shepp. La programmation était digne d’un grand festival.Pas les moyens.Et si l’association Swing home se sent "plus sûre" d’elle-même "grâce à la confiance et au soutien massif que viennent de nous manifester les amateurs de jazz et de musiques populaires de Bayonne et du Pays Basque", il faudra bientôt que les budgets suivent cette volonté de "continuer dans cette voie l’an prochain, de manière toujours plus ambitieuse".



Un Festival de documentaire jazz à bayonne
"C’est une grande chance que le festival de jazz nous permette ce lien" s’exclame Julien Marrant. Le jeune réalisateur spécialisé dans les documentaires consacrés à sa passion pour le jazz, a le sourire jusqu’aux oreilles en savourant son opportunité. En marge du festival La ruée au jazz, c’est un petit événement qui a eu lieu dans L’Autre cinéma de Bayonne. Celui de jeter les bases d’un festival entièrement consacré au documentaire jazz. "Un lieu de résistance" insiste le jeune homme en promettant un second rendez-vous l’an prochain et en soulignant cette synergie : "on partage beaucoup de choses ici, sans avoir besoin de les dire. C’est pour ça qu’on reçoit des Jazzmen pour rien".

Archies Shepp, artiste enragé

Artiste engagé Archie Shepp ?"Quand j’avais quinze ans, c’était l’époque des droits civils aux États-Unis, des assassinats dont celui de Martin Luther King". A bientôt 70 ans, l’auguste Archie Shepp évoque encore le chant de sa grand-mère, "née dans l’esclavage" et reproduit sur scène son chant sans instrument, d’espoir et de douleur."Aujourd’hui, je vois encore mon peuple dans la rue, dit-il dans un français tout aussi précaire, avec des sacs, au chômage, et Wall street continue de grimper. Il y a un problème !" clame ce musicien sacré, devenu une icône de la culture noire américaine par la grâce d’un engagement jamais démenti dans la longue marche pour une reconnaissance du peuple noir américain.

"Peut-être que je suis encore enragé, convient-il, mais pas contre les blancs : contre le système." Fondateur de la Jazz Composers Guild, auteur de pièces de théâtre (dont The Communist), enseignant à l’université d’Amherst où il donne des cours de musique afro-américaine, compagnon de Coltrane, le parcours d’Archie Shepp ressemble à sa musique, très "free"."Quand je l’ai connu sur scène, il a pris un soprano et il est parti free" se souvient Mina Agossi. "On était sur du Duke Ellington et il était complètement déjanté derrière".Le vieux monsieur, figure centrale du jazz moderne qui en réfute pourtant le terme et préfère être appelé Blues man par Mina Agossi, reconnaissait être à Bayonne grâce à la marraine du festival, "qui parle toujours de ce festival avec des superlatifs". "Financièrement, Archie nous a fait une fleur" commentait Mina.


 
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