Alors que la ressource était en chute libre, la poursuite de la pêche à la morue sur le banc de Terre-Neuve a eu des conséquences écologiques et sociales désastreuses. Des mesures hélas trop tardives n’ont pu éviter que ce stock de poissons exploité depuis quatre siècles ait quasiment disparu.Les mêmes causes produisent les mêmes effets, dans le golfe de Gascogne, le stock d’anchois est en chute libre. L’anchois et le merlan bleu (surexploité également) sont deux espèces du bas de l’échelle alimentaire essentielles à la survie des autres poissons. C’est donc l’écosystème qui est menacé par la surpêche.
Le Conseil des Ministres des pêches de l’Union Européenne, pour préserver les intérêts à court terme de certains pêcheurs, n’a pas tenu compte des avis alarmants des scientifiques du Comité international pour l’exploitation de la mer (CIEM). Celui-ci demandait depuis de nombreuses années des réductions du Total Admissible de Capture (TAC) d’anchois, voire même des interdictions de pêche dans le golfe. Rappelons qu’en l’an 2000, le conseil des ministres européen s’était permis d’autoriser 30 000 tonnes de captures d’anchois alors que le CIEM préconisait déjà une fermeture de la pêche pour toute l’année.
La Commission européenne et le Conseil ne se trouvent pas devant une situation imprévisible, mais devant une situation qu’ils ne contrôlent plus, qu’ils ont laissé se dégrader peu à peu par une politique des pêches qui se borne à gérer le déclin des pêcheries les unes après les autres. Une interdiction de pêche à l’anchois pour trois ou six mois n’est qu’un plâtre sur une jambe de bois si elle n’est pas accompagnée d’autres mesures adéquates pour la récupération de ce stock.
Le vrai problème reste tabou, car le lobby est influent mais aucun responsable ne peut l’ignorer. C’est le problème des chaluts à grande ouverture verticale de type pélagique et naberan. Tous ceux qui ont pratiqué ces pêches le savent mieux que quiconque.
Les conséquences de vingt-cinq années d’utilisation de ces méthodes sont dramatiques : des ports de pêche disparus, des milliers de pêcheurs écartés du métier voire mis dans la misère, une catastrophe écologique encore incalculable et l’avenir hypothéqué pour les générations futures.
À peine trente ans, c’est aussi le temps qu’il a fallu aux chalutiers de la flotte industrielle européenne pour quasiment anéantir le stock de morue du grand banc de Terre-Neuve qu’on croyait naguère inépuisable.