Les mouvements d’opposition prônent une gestion plus sociale de l’eau dans le Nordeste brésilien
·Le grand projet de détournement du fleuve San Francisco, au Brésil, est contesté par les mouvements sociaux
Invité par le Comité catholique contre la faim (CCFD), le Brésilien Lenivaldo Marqués a animé une conférence-débat voilà quinze jours à Euskal Herriko Laborantza Ganbara. Il y a présenté sa position contre un projet de déviation de fleuve de 2 000 km qui se situerait dans la région nord-est de ce pays latino-américain.
Après avoir présenté le contexte agricole et social du Brésil, il a témoigné de son travail au sein de l’Escola de formação Quilombo dos Palmares (EQUIP), soutenu par le CCFD, en faveur de l’éducation populaire et d’une gestion plus sociale de l’eau dans le Nordeste. Dans cette région semi-aride où la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, le gouvernement projette de dévier le fleuve San Francisco pour amener l’eau dans des zones où sévit la sécheresse. Au Brésil, ce projet très coûteux ne fait pas l’unanimité.
Agrobusiness
Le président Lula affirme que la création d’un canal de près de 2000 km apportera de l’eau à douze millions de pauvres. "Pour nous, la pauvreté n’est pas due à la sécheresse mais au type de développement agricole encouragé par le gouvernement", explique Lenivaldo Marqués. "Au Brésil, le système agricole repose sur d’immenses propriétés terriennes, les latifundias, détenues par des multinationales.
On y pratique la monoculture de canne à sucre, de soja ou de café, des productions destinées à l’exportation, fortement consommatrices d’intrants chimiques et d’eau". Alors que l’agriculture familiale destinée à l’autoconsommation est en régression, la concentration foncière et la déforestation se sont accrues avec le développement des agrocarburants à base de canne à sucre. Des associations comme les Sans-Terres ou les travailleurs ruraux dénoncent la montée en puissance de cet "agrobusiness" qui met en péril la sécurité alimentaire du pays et menace l’environnement : déforestation, pollutions, épuisement des ressources... "Nous pensons que le projet de détournement du fleuve va profiter en priorité à l’agrobusiness, au détriment des populations locales", dénonce Lenivaldo Marquès.
Ce projet de plus de 3 milliards de dollars fait polémique et beaucoup de mouvements sociaux, de syndicats ainsi qu’une partie de l’église catholique, s’y opposent. Un évêque du Nordeste, Luiz Flavio Cappio, a entamé une grève de la faim contre le détournement du fleuve qui, selon lui, n’a pas fait l’objet d’un débat démocratique. Parallèlement à ces contestations, les acteurs locaux se mobilisent pour un autre développement au Brésil.
Proposer des alternatives
L’Escola de formação Quilombo dos Palmares travaille en partenariat avec des associations d’étudiants, de femmes, de paysans et des mouvements catholiques. "Nous sommes uma escola de fazer gente une école pour former des citoyens explique Lenivaldo Marquès. Nous formons des personnes issues de milieux défavorisés pour qu’elles participent ensuite à des forums politiques. Nous les aidons à avoir une analyse critique mais également à trouver des solutions alternatives". Exemple d’initiative soutenue par "l’école des citoyens", la construction collective de 245 000 citernes de récupération d’eau pluviale.
Concernant la déviation du fleuve San Francisco, l’EQUIP s’est associée aux opposants qui réclament la mise en place d’une réforme agraire le long du futur canal, afin de limiter la spéculation foncière des terrains adjacents, et la mise en place d’un réseau d’assainissement pour toutes les communes riveraines.
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