La grande fête d’Herri Urrats est toujours nécessaire à l’enseignement en basque
·La 24e édition d’Herri Urrats va permettre de financer la rénovation du collège Xalbador et l’extension du Lycée Etxepare à Bayonne. Mais il manque toujours quatre postes et demi
Herri Urrats est de retour comme chaque année, le deuxième dimanche du mois de mai, et ce depuis 24 ans. Un rendez-vous incontournable pour des milliers de personnes, une source de revenus indispensable pour Seaska. L’an dernier, 60 à 70000 personnes avaient répondu présentes autour du lac de Saint-Pée-sur-Nivelle. "C’est la première fois que tous les parkings étaient pleins", se souvient Serge Zudaire, président d’Herri Urrats. Une journée ensoleillée qui avait permis de récolter 200000 euros de bénéfice net. Grâce à cette somme, la fédération des ikastola avait financé une partie de l’emprunt du collège Larzabale de Ciboure. Cette année, Seaska a de nouveaux besoins "qu’Herri Urrats ne suffira pas à combler", lance Isabel Charritton, présidente de Seaska. Il est nécessaire de rénover le collège Xalbador de Cambo. Celui-là même pour lequel Herri Urrats avait été créé il y a 24 ans. "Grâce aux bénéfices de la première édition, on avait pu acheter la maison à Cambo, mais le collège a été construit par les parents, pas par des artisans, il a très mal vieilli", déclare Serge Zudaire. Autre besoin, l’extension du Lycée Bernat Etxepare àBayonne. Seaska a signé un partenariat avec la CABAB pour l’utilisation d’un deuxième bâtiment, les anciens locaux des services sociaux du Conseil Général. Ce bâtiment a besoin d’être rajeuni et réorganisé.
De plus, Isabel Charritton tire la sonnette d’alarme : "même si nous organisons Herri Urrats chaque année avec beaucoup de plaisir, que c’est un moyen non-négligeable de récolter de l’argent, il nous manque 4 postes et demi dans le 1er degré pour la prochaine rentrée".
Urrats bat, zazpi nahi
Herri Urrats 2007 est placé sous le thème "un pas, sept souhaits", une invitation à toutes les personnes des sept provinces du Pays Basque à venir soutenir et promouvoir les ikastola. Les organisateurs souhaitent que cette 24e édition revienne à l’objectif initial, celui de faire le tour du lac à pied. "On a remarqué que de plus en plus, les gens ne bougeaient pas", explique Alain Bosc, du bureau d’Herri Urrats. "On ne peut goûter à la fête d’Herri Urrats qu’en faisant tout le tour du lac. On croise des troupes de théâtre, des danseurs, des txaranga ou encore des concerts."
Et cette année encore, la programmation est riche et variée. On y trouve des grands classiques comme Andde Duhalde ou Peio eta Pantxoa, mais aussi des spectacles inédits avec par exemple l’étonnant Garaztarap, ces jeunes de Garazi qui dansent le Fandango et l’Arin-Arin d’une façon bien particulière.
Les rendez-vous habituels, devenus incontournables comme les mutxiko, les bertsulari ou Herri Urrats Kantuz auront évidemment leur place.
Herri Urrats, la fête des ikastola et de la langue basque, s’ouvre également aux cultures du monde. Après les Corses l’an passé, des Italiens sont les invités de cette 24e édition : Officina Zoé. Il s’agit d’un groupe de musiciens de Salento, une région située sur la pointe de la botte italienne, qui a remis la Pizzica au goût du jour, des chants en salentin (dérivé du grec ancien).
Pelote
Cette année, et c’est une grande première, la fête commence le 8mai avec de la pelote, le tournoi "Herri Urrats" au trinquet Gantxiki à St-Pée. Unai Alvarez et Patrick Oçafrain affronteront Patrick Ibarola et Marc Berasategui. La seconde demi-finale opposera la paire Sorhouet-Goñi au duo Muscarditz-Dermit. La finale se jouera quant à elle le vendredi 11 mai à 20 heures au trinquet Gantxiki. Ce tournoi est organisé par la société Pelote Passion, l’idée étant "d’associer la pelote à la fête, puisque la pelote fait partie du paysage culturel basque", explique Christophe Dardy membre de la société.
Herri Urrats engendre beaucoup de déchets. "On installe chaque année six bennes à ordures", s’étonne Serge Zudaire. Pour diminuer le nombre de déchets, "Baso Berri" va faire son entrée cette année à Herri Urrats. Ce projet de l’association Alternatiba a fait son petit bout de chemin et arrive cette année à St-Pée. C’est le même système de consigne qu’au Festival Euskal Herria Zuzenean : on donne un euro pour avoir ce verre réutilisable, somme que l’on nous rembourse si on le ramène en fin de journée.
Par ailleurs, les organisateurs sont en pourparlers avec des entreprises du nord de la France pour utiliser des assiettes, des verres et des sacs poubelles à 98% biodégradables. Ce projet n’aboutira cependant que l’an prochain.
Concernant les problèmes de pollution du lac, apparus quelques jours après l’édition 2006, Serge Zudaire tient à souligner que les dégâts étaient minimes, "1,5 kilo de poissons morts". L’occasion pour le président d’Herri Urrats de rappeler que "la fête ne se termine pas le dimanche soir, mais bien le lundi avec le nettoyage, on a besoin de bras". Avis aux amateurs !
Le nouveau collège de Seaska à l’ombre des hêtres
C’est un ouf de soulagement pour beaucoup. A la rentrée 2007, les élèves de l’ikastola d’Oztibarre et du collège Manex Erdozaintzi Etxart s’installeront dans des locaux flambant neufs à Larceveau. Si des années de travail ont été nécessaires pour y parvenir, tous les fonds ne sont pas encore réunis et une campagne de soutien vient d’être lancée.
Le chantier semble encore important derrière la mairie de Larceveau mais une certitude est là: les nouveaux locaux des ikastola seront fonctionnels à la prochaine rentrée. La livraison des bâtiments est prévue pour juillet et il restera quelques semaines pour terminer les aménagements intérieurs. En septembre, la quarantaine d’élèves inscrits en primaire et aujourd’hui abrités dans des locaux à Ostabat se joindra aux 140 élèves du collège Erdozainzti-Etxart aujourd’hui situé à St-Just-Ibarre (lire aussi ci-dessous). Larceveau a été choisi comme lieu "central" pour des élèves venant aussi bien de Tardets, d’Ossès, d’Armendaritz ou de Béguios. Les deux autres collèges de Seaska sont situés à Cambo et Ciboure.
Pour l’ikastola d’Oztibarre comme pour le collège, les conditions de travail n’étaient plus durables dans les locaux actuels. L’installation à Larceveau après plusieurs années de bataille et de tracasseries juridiques est donc un aboutissement qui soulage les parents d’élèves.
"C’est un peu un rêve pour nous vu les conditions actuelles. Rien que de ne plus avoir à déménager tous les étés, c’est énorme", explique Sauveur Falxa, parent d’élève du collège Erdozaintzi. "C’est l’aboutissement d’une longue bataille. Même si une nouvelle nous attend, celle de remplir ces nouveaux bâtiments et de les faire vivre", ajoute Jean-Bernard Negueloua, autre parent d’élève.
Dans l’incertitude
Pour Gabi Phagaburu aussi, la situation actuelle n’était plus durable. "Tant d’incertitudes face à l’avenir, c’était aussi un obstacle pour les familles qui voulaient faire le pas de l’ikastola. Désormais nous avons des conditions de travail normales", commente le président de l’ikastola d’Oztibarre.
La petite commune de Larceveau s’étoffe désormais d’un important centre scolaire avec une ikastola et un collège qui pourront abriter respectivement 50 et 200 élèves. Des terrains de sport et un centre de restauration s’ajouteront aux deux nouveaux bâtiments pour un investissement total de 3,5 millions d’euros sur 16000 m2.
Le coût de l’aménagement intérieur (équipements pour la restauration, laboratoires, mobiliers...) s’élève lui à 260 000 euros dont 150 000 seront pris en charge par Seaska. Il reste donc 110 000 euros à réunir par les parents d’élèves des deux établissements. A cet effet, ils viennent de constituer l’association Pagatxa pour organiser une vaste campagne de soutien intitulée "Landa milaka pago ta euskara biziago" [Plante des milliers de hêtres et l’euskara sera encore plus vivant]. Son axe principal sera la collecte de dons de particuliers avec le hêtre comme protagoniste. "Le hêtre démarre de ses racines, grandit et étend son large feuillage. C’est un peu comme l’euskara qui est transmis des anciens aux jeunes et qui se développe ainsi", a comparé Jean-Bernard Negueloua. La symbolique ne s’arrête pas aux mots puisque grâce à chaque don, un petit hêtre sera planté "comme promesse d’avenir", dans un coin de forêt laissé à l’association par le Syndicat d’Oztibarre. Les donateurs pourront aussi, pour dix euros de plus, acquérir un plant de hêtre qu’ils pourront installer chez eux. Celui-ci leur sera remis le jour de l’inauguration des nouveaux bâtiments qui devrait avoir lieu le 13 octobre.
En attendant des bons de soutien sont disponibles pour cette campagne qui sera menée sur les sept provinces.
Les organisateurs ont aussi réalisé un blog (www.pagatxa.mundua.com) sur lequel toutes les informations sur la campagne sont disponibles. Celle-ci devrait s’achever en novembre, ainsi que toutes les animations qui l’accompagneront (lire par ailleurs).
Des conditions de travail enfin normalisées
La construction de nouveaux bâtiments pour l’ikastola et le collège de Seaska répond à un besoin devenu urgent. Créée en 1991 avec six élèves, l’ikastola d’Oztibarre s’est déjà déplacée de Bunus à Ostabat en passant par Saint-Just-Ibarre et Ibarolle. Les 33 enfants aujourd’hui scolarisés de la maternelle au CM2 sont abrités dans une vieille maison appartenant à la commune d’Ostabat et dans deux préfabriqués. Ces dernières années, les relations avec la municipalité, assez peu ouverte à la culture basque, s’étaient tendues, celle-ci ne voulant plus de la dernière école du village et la menaçant d’expulsion. L’installation dans les nouveaux locaux de Larceveau, qui peuvent accueillir 50 élèves va permettre d’offrir des conditions de travail normalisées à l’une des dernières ikastola ne bénéficiant pas encore de locaux neufs.
L’arrivée à Larceveau sera aussi un soulagement pour le collège Manex Erdozaintzi Etxart. Il avait ouvert ses portes en 1999 avec 19 élèves à Saint-Just-Ibarre. Ils sont aujourd’hui 137 dans les mêmes locaux prêtés par un centre de La Rochelle qui y organise chaque été des colonies de vacances. L’obligation était donc faite aux responsables du collège de déménager l’ensemble des locaux et du matériel chaque début d’été, pour réemménager à peine deux mois plus tard. Le nouveau collège, qui pourra accueillir 200 élèves, soulage parents et enseignants de ce tracas de poids. Il offre en outre des espaces sportifs et de restauration adaptés pour, ici aussi, des conditions de travail stables et durables, à l’instar de tous les collèges.
De Benito Lertxundi au battage de blé
La campagne de Pagatxa sera l’occasion de nombreuses animations jusqu’au mois de novembre. Le premier rendez-vous sera destiné aux plus petits avec le spectacle de Pirritx et Porrotx le 7 mai prochain à Larceveau. Vingt jours plus tard, il faudra chausser les chaussures de randonnées pour gagner les hauteurs d’Eltzarre (au-dessus des sources de la Bidouze) à la jonction de Garazi, Oztibarre et la Soule. Trois départs auront lieu (vers 9H30), de St-Just-Ibarre, de Béhorléguy et d’Ordiarp pour gagner Eltzarre vers 13h. Animations, buvette et repas sont prévus sur place.
Les parents d’ikastola ont également invité Benito Lertxundi pour un concert au Jai Alai de St-Jean-Pied-de-Port le 13 juillet.
Le 11 août, les alentours du château de Latsa à Ostabat s’habilleront de jaune. Au lieu de Artzain Egunak, rendez-vous annuel d’Oztibarreko ikastola, les organisateurs proposeront cette année une démonstration de battage de blé à l’ancienne.
Un concert rock devrait également suivre en août et d’autres animations pas encore programmées.
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