Ce n’était pas une surprise. Le procureur général de l’Etat espagnol Candido Conde-Pumpido a confirmé hier après-midi ce qui était un secret de polichinelle: le ministère public demandera au Tribunal Suprême l’interdiction de bon nombre des candidatures du parti ANV même si le juge de l’Audience Nationale espagnole Baltasar Garzón a décidé samedi dernier de ne pas interdire cette formation "n’ayant pas trouvé de lien avec l’ETA ou Batasuna".
"On ne peut déterminer que l’ANV soit un instrument de l’ETA-Batasuna, bien qu’il y ait certaines affinités en matière d’objectifs", selon le juge Baltasar Garzón. Eusko Abertzale Ekintza-Action nationaliste basque (EAE-ANV), créé en 1930 et qui fut l’un des mouvements fondateurs de Herri Batasuna en 1978, a présenté plus de deux cents candidatures aux élections municipales et forales qui se tiendront le 27 mai.
Malgré cet avis, le ministère public a décidé de poursuivre la procédure d’interdiction à l’encontre d’un bon nombre de candidatures de l’Action Nationaliste basque. "Nous croyons avoir les preuves démontrant que [les listes d’ANV] sont contaminées" par des membres de Batasuna, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Madrid.
Droits civiques bafoués
Le représentant de l’Etat a refusé de dire quelles sont les listes visées par le ministère public, mais il a avancé qu’elles dépassaient le nombre de 80. Il devrait donner toutes les précisions lors d’une nouvelle conférence de presse aujourd’hui. Certains médias espagnols ont déjà avancé que les listes au Parlement de la Navarre et celles présentées par l’ANV aux Diputaciones se trouvent parmi les candidatures visées par le ministère public.
Le procureur général a par contre annoncé qu’une demande d’interdiction a été sollicitée pour toutes les plateformes électorales mises en place à l’initiative de Batasuna sous le nom de Abertzale Socialistak, en tout 244. Le ministère public espagnol demandera par ailleurs l’interdiction de six plateformes indépendantes, deux au Gipuzkoa et le reste en Navarre, qui seraient elles aussi "contaminées" par Batasuna même si elles ne comportent pas la mention Abertzale Sozialistak.
La demande d’interdiction a été déposée au Tribunal suprême, plus haute instance judiciaire espagnole, laquelle devra se prononcer avant le 5 mai. Pour l’instant plus de 300 listes risquent l’interdiction et des milliers de citoyens voient leurs droits civiques et politiques menacés. En effet, même si en principe aucun des candidats "contaminants" c’est-à-dire les personnes ayant fait partie dans le passé d’une candidature de la gauche abertzale ne sont poursuivis par la justice, dans la pratique, si les interdictions se produisent ils vont être privés de leurs droits civiques et politiques.