Le recul moyen du trait de côte est évalué à environ 30 cm par an en moyenne sur la période 1829-2000 avec des pointes de 80 cm par an dans la baie d’Erromardie. Dans les années soixante, la côte recule d’une cinquantaine de mètres jusqu’à atteindre, à certains endroits, des propriétés bâties.
Du côté d’Anglet comme à Saint-Jean-de-Luz/Ciboure des digues ont été construites pour arrêter cette érosion. Mais l’entretien de ces ouvrages est extrêmement coûteux, et surtout a des conséquences indirectes. La baie de Saint-Jean-de-Luz doit faire face à un phénomène d’envasement. À Anglet, le sable disparaît des plages et c’est l’ensablement continu de l’embouchure de l’Adour qui crée problème. Ainsi des travaux de dragage importants et coûteux afin de conserver une profondeur suffisante du chenal d’accès au port de Bayonne sont nécessaires. Chaque année ce sont près de 450 000 m3 de sable qui doivent être extraits.
À Biarritz, c’est un paysage lunaire que les Biarrots ont découvert l’hiver 2006. Du jour au lendemain, la plage d’Ilbarritz s’est trouvée nue, sans son sable, exposant à l’air libre ses dessous rocheux les plus intimes.
C’est dans l’urgence que la ville avait dû agir pour rendre à ses plages ses pépites dorées. Un ensablement très coûteux (200 000 euros) pour une opération qui pourrait être réduite à néant du jour au lendemain, sans préavis, si les conditions de houle et de marée coïncidaient.
Prise de conscience
Si en Hollande, située au-dessous du niveau de la mer, ou au Danemark, l’étude de l’érosion marine a fait l’objet d’une prise de conscience rapide de la part des autorités, au sud de l’Europe ce besoin a été ressenti bien plus tard. En 2001, les autorités ont pris conscience du danger qui guettait nos côtes. Depuis cette date, le laboratoire de recherche Lasagec (Laboratoire des sciences appliquées au génie civil et côtier) établi à l’université de Montory d’Anglet a été appelé à la rescousse afin de trouver les meilleures solutions. Ainsi, une première expérience a été menée sur Anglet. L’étude et l’observation menées par l’équipe de Lasagec ont permis de constater que les plages d’Anglet subissaient une érosion perpétuelle et que le volume annuel de sédiments sortant des plages d’Anglet se retrouvait dans l’embouchure de l’Adour. La solution est toute trouvée, transférer sur le front de mer angloy les sables dragués dans l’embouchure de l’Adour.
Selon Didier Rihouey, responsable de la cellule de transfert technologique du Lasagec il existe bien un phénomène global d’érosion qui s’intensifie à cause du réchauffement climatique, avec la montée du niveau de la mer, l’intensification des houles et des tempêtes ainsi que la modification des régimes hydrologiques. "Cet espace restreint est menacé et très convoité. C’est le lieu de conflits d’usage comme la pression démographique, les activités économiques, ou les intérêts environnementaux" commente Didier Rihouey
Mais chaque plage a ses propres spécificités, d’où la nécessité d’installer un poste d’observation dans chacune d’elles.
Après Anglet, l’équipe vient de commencer à travailler sur Biarritz. C’est en face de la grande plage que le dispositif du laboratoire a été installé. Doté de quatre caméras ultra-performantes, un ordinateur pilote la prise de vue synchronisée des caméras qui enregistrent le déferlement des vagues toute la journée, notent les mouvements de sable. Ses prises de vue, combinées aux sondages topographiques et autres prises de données, permettent de connaître les courants, les zones d’érosion, la variation du trait de côte, les marées, la houle, les conséquences des tempêtes, la pluie, le vent etc.
"Nous avons créé un système vidéo de quantification numérique des processus actifs du littoral, que nous avons baptisé Kosta System. C’est un outil formidable" commente Didier Rihouey sur ce système réalisé en partenariat avec Azti-Teknalia, l’institut océanographique de Pasaia.
Toute une base de données qui sera enrichie pendant quatre ans, afin de connaître le plus précisément possible les causes de l’érosion pour ensuite prendre les bonnes décisions.
Si la station de la grande plage est opérationnelle depuis le début de l’été, deux autres stations seront installées à Ilbarritz et Milady, deux plages qui souffrent d’une forte érosion marine.
Si la construction de nouvelles digues est proscrite, des solutions alternatives existent, l’objectif étant d’éviter la dernière solution, la plus coûteuse, celle qui consiste à ensabler artificiellement. "Nous recherchons la méthode douce, celle qui ne fera pas que l’on construise une énorme digue qui s’avérera être une verrue dans le paysage, et coûteuse en entretien" commente Didier Rihouey.
Les solutions sont de plusieurs ordres, comme creuser des fosses ou créer des structures artificielles au large pour casser ou dévier la houle. "Des solutions précises en accord avec la nature et les besoins du site" ajoute-t-il.
Parallèlement aux études sur les plages de Biarritz, l’équipe de Didier Rihouey planchera à l’automne sur la problématique de Saint-Jean-de-Luz. "La houle est si forte en Pays Basque, qu’elle arrive à faire bouger des blocs de 50 tonnes du côté de Socoa" commente le chercheur. Avec la décentralisation, une grande partie de la DDE est sous la responsabilité du Conseil Général, en charge de l’entretien des digues. Le département a donc demandé une expertise, sur le sujet à l’équipe locale du Lasagec, pour réfléchir à une façon d’affaiblir ou de dévier la force de la houle sur ces blocs.
Là encore c’est "la méthode douce" qui est préconisée par le laboratoire.
H.G.
Si la spécificité de la Bretagne est sa forte marée, pour la Côte basque la houle est considérée comme le "moteur" de la mer.
La houle se forme au milieu de l’océan ou de la mer. Il faut pour cela un conflit de masses d’air pour qu’il y ait formation d’une dépression générant des rafales de vent au niveau de l’eau : la houle est formée. Si le vent souffle localement, un ensemble de vagues (le vent de la mer) peut se former à l’endroit même où le vent souffle.
Reste à connaître la taille de la houle. Elle dépend de la profondeur de l’eau : plus le sol s’enfonce dans l’eau, plus la houle aura une chance d’être grande. C’est ce qui se passe sur le littoral basque où l’eau s’enfonce très rapidement et donne une houle atteignant parfois les 4 mètres. Une tendance qui s’accentue compte tenu que le niveau moyen de la plage sous-marine s’abaisse, accentuant le profil de la pente. Un phénomène qui ne fait qu’accroître l’érosion des plages.
Parmi les dossiers de la démarche Pays Basque 2020 que les élus et les acteurs sociaux du Pays Basque portent afin d’obtenir des financements, est apparu un projet pour étudier la possible transformation de la houle marine en électricité.
Face à la pénurie d’énergie annoncée et le besoin d’une diversification des sources énergétiques, l’océan paraît être une source de production d’électricité. Les Écossais et les Portugais ont une large expérience en la matière.
Le laboratoire Lasagec, a mené plusieurs études sur la question et connaît bien ces phénomènes de houle sur la Côte basque. Dans le cadre du projet Lorea (voir le JPB du 26-6-2007) et à la demande du Conseil Général, le laboratoire devrait initier une étude de faisabilité d’un système de transformation de l’énergie de la houle en électricité. Deux sortes de solutions peuvent être étudiées selon Didier Rihouey : une solution terrestre et une solution au large. Pour la solution terrestre, il s’agirait de mettre en place un équipement qui utiliserait la force des vagues pour en récupérer l’énergie. Cet équipement serait situé en front de plage. Didier Rihouey évoque la cavité artificielle qui a été mise en place du côté du Musée de la Mer à Biarritz. Une cavité qui brise les vagues et qui achemine la houle, afin qu’elle ne frappe pas de plein fouet le bas des rochers, ce qui pourrait être à l’origine d’une forte érosion.
Néanmoins une installation de la sorte se heurte à une réelle question environnementale et visuelle. Qui sur la côte voudrait d’une installation de la sorte ?
La deuxième solution, consisterait à créer une plateforme en mer, qui serait reliée par un pipeline à la terre. Une structure comme une espèce de serpent placée dans un endroit stratégique en plein milieu de l’océan qui créerait de l’énergie par le mouvement, comme cela a déjà été réalisé en Ecosse ou au Portugal. Mais pour Didier Rihouey, "nous sommes au tout début de l’étude" et "ce n’est pas pour demain".