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Jean Grenet : «Je pense que l’élargissement de l’Agglomération est inéluctable»

 

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19/12/2013

Entretien avec Jean GRENET / Président de l’Agglomération côte basque Adour

 

Pierre MAILHARIN

Jean Grenet, 74 ans, achève son mandat de président de l’Agglomération côte basque Adour début 2014. L’heure du bilan pour celui qui revendique d’avoir dynamisé la structure intercommunale.

De quoi resterez-vous le plus fier ?

L’élargissement. Nous sommes restés de 1972 à 2012 à trois communes, les fondatrices, Bayonne-Anglet-Biarritz. J’ai une certaine fierté à avoir réussi l’élargissement à Boucau et Bidart, en précisant que ce sont ces deux communes qui ont frappé à la porte.

Cet élargissement doit-il continuer?

Cela ne peut se faire que si les EPCI (Etablissements publics de coopération intercommunale, ‘intercommunalités’, ndlr) qui nous entourent - Errobi, Nive-Adour, et le Seignanx - souhaitent entrer à la communauté d’agglomération.

Quel est votre souhait ?

Je pense que c’est inéluctable. ça prendra le temps que cela prendra, mais cela se fera, par pallier. On ira lors du prochain mandat sur des alliances territoriales autour de thématiques communes, par exemple la mobilité. La Communauté d’agglo sera amenée à avoir de plus en plus de relations avec les EPCI -il faut les organiser, aujourd’hui, elles sont ponctuelles- et un rôle structurant. Mais sans aucun souci hégémonique.

Comprenez-vous la crainte de communes d’être noyées dans l’Acba ?

Boucau et Bidart ont-ils le sentiment de s’être fait avaler ? Quand on leur demande, ils répondent que non et qu’ils se voient en capacité de faire des choses qu’ils n’auraient pu faire tout seuls. Le centre de Boucau, si ce n’est pas la communauté d’agglo qui prend la maîtrise d’ouvrage, ne sort jamais.

Dans ce cas, pourquoi les EPCI ne suivent-ils pas ?

Le président d’Errobi, Paul Baudry, celui de Nive-Adour, Roland Hirigoyen, ont des compétences et un pouvoir sur leur territoire. Ils n’ont pas envie de l’abandonner. Ils ont le sentiment qu’ils vont se diluer dans l’Agglo.

Les réserves de foncier économique constituent-elles un argument pour cet élargissement ?

L’économie est une compétence majeure de l’Agglomération. On a mis en place Izarbel à Bidart, les Landes de Juzan à Anglet, la technocité à Bayonne, qui amènent des entreprises et donc de l’emploi. Un élargissement permettrait d’avoir davantage de foncier disponible et plus de cohérence.

Lors du bilan prospectif (début septembre), les experts ont souligné que l’Agglo fait partie des douze agglomérations en France qui, depuis cinq ans, ont créé plus d’emploi que la crise n’en a détruits. Cela montre notre potentiel (…) Ils ont aussi dit que notre économie n’était pas très équilibrée, car l’économie résidentielle est plus importante que l’économie industrielle. Il faut donc continuer à développer l’industrie sur notre territoire et ne pas compter que sur son attractivité résidentielle ou touristique.

L’Acba ne trouve toujours pas de terrain pour les gens du voyage. Certains seraient réticents à y adhérer de peur de devoir accueillir le site chez eux.

Si on s’associe avec une collectivité, ce n’est pas pour leur fourguer les gens du voyage. On ne les a pas mis à Boucau ni à Bidart.

Vendredi, vous débattez de la reprise des financement LGV, suspendus. Quelle sera votre position ?

Nous finançons SEA (Tours-Bordeaux), à condition que derrière il y ait GPSO, c’est-à-dire Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-la frontière. C’était le deal. Tours-Bordeaux est en cours, mais on nous dit que la priorité après c’est Bordeaux-Toulouse. Plus tard Bordeaux-Dax. D’abord pourquoi le tracé Bordeaux-Dax et pas Bordeaux-Bayonne ? Il y aurait eu des erreurs commises : le tracé de la LGV tel qu’ils l’ont prévu entre Dax et Bayonne empiète de quelques mètres sur les terres littorales et donc le projet ne peut pas être inscrit en l’état, il faut refaire un tracé entre Dax et Bayonne…

Par ailleurs, un arrêté ministériel a désigné la gare de Bayonne gare grande vitesse Bayonne-Pays Basque. On travaille sur un projet pour elle car à l’horizon 2017, quand la LGV va arriver à Bordeaux, elle va passer de 900000 voyageurs par an à entre 2 et 2,5 millions. Il faut optimiser le plateau ferroviaire de la gare et améliorer l’accessibilité : c’est RFF. Il faut agrandir et moderniser la gare : c’est la SNCF. Et puis il y a le parvis de la gare avec le pôle multimodal : c’est l’Agglo et la ville de Bayonne (…).

Que cela induit-il pour les financements LGV ?

On a provisionné ces sommes pour la Tours-Bordeaux. On doit payer 6 millions cette année. Mais on dit attention, on veut qu’on nous explique d’abord pourquoi c’est Bordeaux-Dax et pas Bordeaux-Bayonne. Deuxièmement, on veut être bien certain que RFF et la SNCF vont financer le projet de gare. On veut des garanties.

L’Agglomération est-elle aujourd’hui mieux considérée par les communes qu’à votre arrivée?

Les communes ont leur utilité. Mais l’avenir de ce territoire est au niveau de l’Agglomération. En 2008, personne dans la campagne municipale ne parlait de l’Agglo. Aujourd’hui, tout le monde considère que c’est un enjeu majeur.

L’Acba a plus d’avenir qu’une éventuelle Collectivité Pays Basque ?

J’ai fait 15 ans à l’Assemblée. Il y a un jacobinisme dans ce pays que personne ne remet en cause, ni la gauche, ni la droite. Je n’y ai donc jamais cru. En plus, il faudrait prendre des compétences au Conseil général et à la Région (ironique) : Labazée et Rousset vont applaudir des deux mains. Je sais bien qu’il y a cette revendication identitaire : elle n’a aucune chance de voir le jour.

Vous l’aviez pourtant soutenue…

J’avais prévenu dès le départ : faites l’étude -ça a d’ailleurs été une exercice intellectuellement intéressant- mais vous avez un ‘pays’ Pays Basque, ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain. Aujourd’hui, on y revient (…)

Les compétences culture et sport n’ont pas été prises par l’Agglo sous votre présidence. Pourquoi ?

On n’est pas dans l’Agglomération paloise ou bordelaise, avec une ville-centre et des communes périphériques. Ici, c’est un territoire avec trois collectivités noyau, Biarritz 27000 habitants, Anglet 40000, Bayonne 47000. Je ne vois pas comment on pourrait y organiser une compétence sport et culture. Et il faudrait mesurer les enjeux financiers car cette politique sportive et culturelle ne pourrait être développée par les ressources de l’Agglo, mais par des ressources supplémentaires qui viendraient des cinq communes. (…)

Qui voyez-vous vous succéder  ?

C’est impossible de le dire aujourd’hui. Je souhaite que celles et ceux qui seront élus n’aient que l’intérêt général en tête, au delà des sensibilités politiques. C’est une de mes fiertés. Tout le monde m’a dit houlala : Espilondo socialiste, Espiaube communiste, Bidart un peu tout, vous allez vous emmerder. Est-ce qu’on s’est emmerdé ? Il n’y a pas eu l’ombre d’un conflit, grâce à la transparence, l’ouverture d’esprit et parce qu’on travaille sur des projets.

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