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Sujet à la une

L’école d’ostéopathie de Biarritz seule contre tous

 

19/11/2013

Carole SUHAS

Ils ont la même plaque, mais pas la même formation. Les ostéopathes, cette population grandissante sur la côte basque, n’en finissent pas de se diviser sur la question. Entre les tenants des trois ans de formation et les défenseurs des longues études en cinq voire six ans, le dialogue est âpre. Pour être précis, c’est en heures qu’il faut penser. Alors que la législation française a fixé par décret en 2007 un minimum de 2 660 heures d’apprentissage pour obtenir le statut d’ostéopathe exclusif (qui ne pratique aucune autre spécialité), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) met, elle, la barre à 4 200 heures.

Un fossé que la loi française pourrait envisager de combler d’ici la fin de l’année 2014. Une commission consultative, constituée de représentants d’ostéopathes exclusifs, de professionnels de santé ostéopathes, d’enseignent et des structures de l’État telles que l’agence régionale de santé, a été mise en place la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Bien que la remise des travaux ne soit pas prévue avant mars, bien des praticiens pensent (et espèrent) que le nivellement se fera par le haut.

“Les écoles ont continué à faire ce qu’elles faisaient avant le décret de 2007, en affirmant que le nombre d’heures fixé par la loi n’était pas suffisant.” Marie-Lise Capdevielle est la responsable pédagogique du Collège d’ostéopathie du Pays Basque (COPB) qui a ouvert ses portes en 2008 dans la zone Iraty à Biarritz. Elle est la seule école du territoire français à proposer une formation “à temps plein” au métier d’ostéopathe en trois ans.

Le COPB est rapidement devenu la cible de vives critiques de la part de la profession. “Pourquoi tant d’animosité ?”, se demande la responsable qui assure que les 50 ostéopathes diplômés qui arrivent sur le marché chaque année sont loin de concurrencer les promos de 200 élèves des écoles “longues”. “Les autres ont peur du changement.”

“Triste pour les étudiants”

Du côté des ostéopathes qui ont fait cinq voire six ans d’études, le front est généralisé. Pour Bruno Laharrague, membre du Cercle des ostéopathes du Pays Basque, il est “ridicule” de penser qu’une école puisse en trois ans inculquer les bases nécessaires à la bonne pratique de l’ostéopathie. Le point d’achoppement majeur entre les deux camps, on l’aura deviné, est celui de la qualité des soins dispensés. “Tout dépend de ce que l’on met dans les cours”, argue la directrice de la nouvelle école. “Chez nous, on pratique énormément, c’est une école professionnelle où 75 % des étudiants s’installent directement.”

De l’intense contre du moins intense, c’est ce que laisse entendre Marie-Lise Capdevielle. “Pour nous, dans le programme des autres que l’on a étudié, il peut y avoir des redites.” La directrice l’assure, si la ministre de la Santé en venait à rajouter 500 heures obligatoires de formation, il y aurait toujours “moyen de les rentrer en trois ans quand même”.

Mathieu Desormières est installé à Anglet depuis neuf ans. Il se dit “très, très critique sur cette école qui surfe sur le business”. “C’est triste pour ces jeunes qui ne sont absolument pas formés et qui ne trouveront pas d’emploi, qui ne seront reconnus par aucun syndicat et qui ne seront donc pas représentés.” À l’en croire, les étudiants sortants du COPB “finissent par faire des massages chez Atlantal car personne ne veut les prendre en remplaçant – ce qui est la vie d’un jeune ostéo – avec leurs trois ans d’études”. “Les familles s’endettent pour quelqu’un qui n’aura pas forcément de boulot”, pense lui aussi Bruno Laharrague.

Concurrence

Tous ces ostéopathes exclusifs ne se retrouvent-ils finalement pas en concurrence sur un territoire dont on connaît l’attractivité ? Pour Matthieu Desormières, il ne fait pas de doute que la saturation est atteinte sur la côte basque. Bruno Laharrague rejoint cette analyse : “Les gens décident de s’installer près de la mer, alors qu’à 30 km à l’intérieur, il y a des manques.” “En neuf ans, on a vu énormément de gens s’installer”, renchérit Matthieu Desormières, qui pense tout de même que la “mode de l’ostéopathie va se tarir”.

Constat inverse chez Marie-Lise Capdevielle. “Je ne pense pas qu’on soit à saturation car on a toute une génération de personnes qui ont découvert l’ostéopathie et qui ont pris l’habitude d’aller voir des ostéopathes en étant jeunes et qui vont vieillir.” La responsable pédagogique du collège biarrot croit plutôt en l’évolution du métier grâce aux jeunes générations “qui ont tout à faire en ouvrant les portes des maisons de rééducation, de retraites, des clubs sportifs”. Sur le territoire français, un professionnel pour plus de 3 000 habitants. Soit un record mondial.

 

 D’aucuns diront que l’argument principal est avant tout pécuniaire. L’ostéopathie, bien que reconnue par la législation française, est uniquement enseignée dans des établissements privés. D’après le Registre des ostéopathes de France (ROF), le prix moyen d’une année d’études dans un établissement qui enseigne en cinq ans est de 8 000 euros. Pour les écoles en trois ans, le tarif approche plutôt des 9 500 euros. Soit 40 000 euros contre 28 500 euros. Pour Marie-Lise Capdevielle, le résultat est édifiant : “Cela rapporte évidemment beaucoup plus de proposer cinq ou six ans de formation que d’en proposer trois.” Bruno Laharrague se dit lui aussi “gêné” par l’absence d’écoles publiques et gratuites.

Un médecin bayonnais à “l’opportunisme cynique”

Ce collège d’ostéopathie d’un genre nouveau doit son arrivée dans la zone Iraty de Biarritz il y a quatre ans aux docteurs Alphonse Dussaubat et Christian Jeambrun, dont le nom, dans le monde des ostéopathes, fait plutôt grincer des dents. Ancien président du puissant Syndicat des médecins libéraux (SML), Christian Jeambrun a longtemps été opposé à la reconnaissance de l’ostéopathie comme une profession de santé qui ne soit plus réservée aux seuls médecins.

En 2001, sur le site des médecins libéraux d’Aquitaine, il publiait même un courrier dans lequel il dénonçait un amendement “voté en catimini”, “visant à reconnaître ostéopathes et chiropracteurs comme des professionnels de santé”. “Cet amendement, qui n’est pour l’instant qu’un projet, est certainement l’annonce d’une catastrophe, le signe du déclin, programmé par le gouvernement, de la médecine française”, n’hésitait pas à avancer le médecin-ostéopathe bayonnais.

Avant 2007 et un décret du ministère de la Santé, les ostéopathes et chiropracteurs étaient régulièrement attaqués pour “exercice illégal de la médecine”, et notamment par le SML lui-même. Voir le nom du médecin bayonnais apparaître dans l’organigramme d’un établissement de formation en ostéopathie en a donc fait tousser plus d’un. Certains n’hésitant pas à parler “d’opportunisme cynique”. Le docteur Jeambrun réplique : “S’il y a bien quelqu’un qui n’a jamais pris position contre l’ostéopathie, c’est moi.”

50 euros le m2

Aujourd’hui, le médecin gêné aux entournures affirme avoir “changé de vie” et délégué ses responsabilités à Alphonse Dussaubat et à sa femme, Hélène Laprune, les “officiels” de la direction du collège. “J’ai aussi quitté le syndicat pour me mettre en retrait même si je n’exclus pas en 2014 de reprendre quelques projets pour fixer les élèves ici et ne pas les obliger à partir à Bordeaux ou à Toulouse.”

À l’origine attendue à Bayonne, c’est à Biarritz que l’école d’ostéopathie a vu le jour à la suite de la cession par la mairie de Biarritz d’un ex-terrain vague vendu à 50 euros le m2 à la SCI Esku, dirigée par Hélène Laprune-Jeambrun. La valse du meilleur offrant a donc profité à la cité balnéaire qui était alors en train de concevoir sa nouvelle zone Iraty. En 2010, seul le conseiller municipal Galéry Gourret-Houssein s’était abstenu de voter pour la vente du terrain, lui qui réclamait qu’on implante des logements sociaux dans la zone. Didier Borotra lui avait alors répondu que la zone était “interdite à la construction de logements dans le PLU”.

Pas de logements sociaux donc, mais des logements étudiants, studios meublés loués à 480 euros par mois et accolés à l’école. Le plan local d’urbanisme (PLU) autorise en effet que des logements étudiants, “lorsqu’ils sont situés dans l’emprise d’une unité foncière affectée au scolaire”, soient construits.

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