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Pays Basque

Gabi Mouesca : «Même enfermés, nous avons notre dignité»

 

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26/10/2013

Entretien avec Gabi MOUESCA / écrivain et ancien prisonnier

Gorka ALBISTUR

A la veille d’Autonomia-Amnistiaren eguna à Macaye, Gabi Mouesca présente son nouveau livre “Luttes en prison - Témoignages”, œuvre de 130 pages qui relate 31 histoires de luttes pendant son incarcération. Sorti en 2001 après 17 ans de prison, il emploie encore le “nous” pour parler des prisonniers. “Borrokak presondegian - Lekuko” est également disponible en basque.

De quoi traite “Luttes en prison - Témoignages” ?

Je témoigne de luttes que j’ai vécu en prison, luttes que j’ai menées seul ou avec d’autres prisonniers. Le sens du livre est d’expliquer que, comme à l’extérieur, les gens luttent à l’intérieur des prisons. Évidemment, les choses sont quelque peu spéciales en incarcération, endroit très violent où l’administration règne au-dessus de tous. Nous sommes très peu de chose, mais il faut trouver la manière et la force de dire “non” à l’administration. Mes écrits détaillent les techniques et les différentes façons de mener ces luttes.

Il doit donc y avoir des victoires, mais également beaucoup de défaites ?

Il y a de tout. Il ne faut pas croire que l’on va pleurer tout le long, il y a également des histoires drôles. L’objectif était de montrer que la liberté d’expression n’est pas respectée dans les prisons, et ce livre décrit dans quelles conditions nous sommes traités dans les prisons françaises.

Vous l’avez vécu de part votre expérience, mais aussi lorsque vous étiez à la tête de l’Observatoire International des Prisons.

Je suis sorti de prison il y a douze ans, mais malheureusement les conditions ne s’améliorent pas. C’est inacceptable alors que nous sommes au XXIe siècle. Dans une démocratie, où ce qui semble l’être, c’est très grave. Et ce livre est un outil pour sensibiliser les gens à cette cause, pour qu’ils en parlent.

Au final, très peu connaissent le monde carcéral…

Il y a d’énormes fantasmes autour de la prison et les gens pensent soit que tout est blanc, soit que tout est noir. Mais c’est un endroit très riche. Beaucoup croient que les prisonniers sont des paquets de viande, mais ce n’est pas le cas. Il y a de la vie en prison, et la vie c’est aussi la lutte. Même enfermés, nous avons nos craintes, mais nous devons défendre notre dignité, à travers ces luttes. L’administration et les surveillants veulent maintenir leur autorité et c’est très difficile de dire “non, je n’accepte pas ce que tu me dis ou ce que tu me fais ; je suis un être humain j’ai ma dignité et des droits, je veux les défendre et c’est pourquoi je lutte et te dis non”.

Se replonger dans cet environnement n’a-t-il pas été trop compliqué au moment d’écrire ?

La plupart des textes, pour ne pas dire tous, ont été écrits durant mon incarcération et respectent ma vision telle qu’elle l’était sur le moment. Mais je pense qu’aujourd’hui des centaines, des milliers des prisonniers pourraient écrire les mêmes choses.

Pourquoi sortir ces textes aujourd’hui ?

Pour deux raisons. La première, parce que les gens à l’extérieur ne connaissent pas la réalité des luttes en prison. Très peu de choses ont été écrites et je pensais que mon livre pouvait avoir un intérêt. La seconde raison, c’est qu’en tant qu’abertzale, on ne doit pas oublier les 600 prisonniers qu’il y a dans les prisons espagnoles et françaises, même si un processus de paix a débuté. De par mes écrits j’ai la possibilité d’expliquer où en sont les prisonniers et le processus de paix. Ce livre est un outil militant.

Vous parlez du processus. Lundi la Cour européenne des droits de l’homme a exigé la libération d’I. del Rio car la doctrine 197/2 006 viole la Convention européenne des droits de l’homme. Qu’en pensez-vous ?

Comme beaucoup de gens, je suis très heureux de la libération d’Inès, et j’espère que les prisonniers à qui l’Espagne applique la doctrine seront libérés. Enfin, nous avons quelque chose pour nous réjouir. Mais notre affaire n’est pas terminée, ceux qui sont face à nous ne vont pas renoncer, et je crains des coups durs dans les jours ou semaines à venir. Le Pays Basque n’est pas rentré dans une situation de normalité, nous en sommes loin, très loin.

 

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