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Pays Basque

Les jeunes jugés à Madrid refusent d’écouter leurs “tortionnaires”

 

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25/10/2013

Giuliano CAVATERRA

“Aujourd’hui vont déclarer nos (...) tortionnaires” c’est l’argument mis en avant hier par les jeunes basques actuellement jugés à Madrid pour refuser d’assister à l’audience. L’audience d’hier était consacrée aux témoignages de plusieurs gardes civils ayant participé à l’opération contre le mouvement de jeunes Segi en novembre 2009. À la suite de cette opération la majorité des personnes détenues avaient porté plainte pour des “mauvais traitements” et des “tortures” lors de la garde à vue. Le tribunal a accédé à la demande des jeunes, ce qui est exceptionnel. Pour les jeunes ce geste de l‘Audiencia nacional constitue une reconnaissance qu’ils ont bien été torturés.

“Nous voulons dénoncer qu’aujourd’hui sont ici nos Billy el Niño (1), nos tortionnaires qui vont déclarer comme témoins. Nous considérons que c’est une honte que l’Etat donne la parole à ceux qui nous ont torturés. [...] parmi les 40 accusés, 30 ont déposé plainte pour tortures. la majorité d’entre elles sont restées lettre morte.” Ainsi s’exprimait Itxaso Torregros hier lors d’une conférence de presse devant l’Audience nationale à Madrid, entourée de ses 35 coaccusés (2) vêtus de tee-shirts noirs sur lesquels était inscrit “tortura stop !”.

Le député d’Amaiur Jon Iñaritu également présent a estimé que le procès de ces jeunes s’était converti en “procès de la torture”. “Ce procès met en évidence que la torture a été généralisée au pays Basque ces 50 dernières années” a affirmé le parlementaire.

Alors que les accusés avaient quitté la salle, la présidente de manière surprenante leur accordait le droit de ne pas assister à l’audience. “Le fait que le tribunal accepte notre absence montre que même pour eux, ceux qui sont en train de déclarer sont des tortionnaires” a réagi Ion Telleria, l’un des accusés sur un réseau social. Pour un autre, Mikel Totorica,  cela signifie que le tribunal reconnaît aux accusés la condition de “torturés”. “C’est un petit pas pour l’humanité mais un grand pour le Pays Basque” a-t-il ajouté.

Il est vrai que la semaine dernière lors des premières audiences le tribunal avait pu écouter une partie de ces jeunes raconter, avec beaucoup d’émotion, menaces, coups, insultes et ce qui est considéré comme des tortures comme la pratique qui consiste à mettre un sac en plastique sur la tête jusqu’à l’étouffement. Certains jeunes avaient alors “craqué” nerveusement au sein même du tribunal.

Les gardes civils qui ont déclaré hier ont eux rejeté les accusations de tortures. Ils ont répondu aux questions du procureur ou des avocats essentiellement par “oui” ou par “non”. Dans certains cas ils n’ont pu répondre. “Je ne sais pas, je ne me souviens pas” a été l’une des phrases les plus répétée selon la journaliste Maite Bidarte de la radio Info7, présente à l’audience.


(1) Billy El Niño est le surnom d’un “célèbre” tortionnaire franquiste aujourd’hui réclamé par la justice argentine.

(2) 40 jeunes sont accusés dans ce procès mais quatre ont refusé de s’y rendre.

 

“Il y a une chaîne d’impunité”

Toute la journée d’hier des extraits des témoignages de tortures ont été diffusés sur le réseau Twitter : “Je ne pouvais plus garder les yeux ouverts. Si je les fermais un instant ils criaient et commençaient à m’insulter” ; “Ils m’ont demandé si je voulais avoir des enfants, et au même moment j’ai ressenti une décharge sur mes testicules” ; “Ils m’ont dit qu’ils aller arrêter ma compagne, qu’ils la violeraient et qu’elle, elle parlerait”. Garazi Rodriguez a, elle, dans une interview au site Naiz.info raconté l’enfer vécu. Extrait : “le moment clé [...] a été quand ils m’ont dénudé et alors que j’étais juste en culotte, un policier est entré. Il a commencé à m’embrasser en me touchant sur tout le corps, en me disant qu’il allait me violer [...]”. Trente jeunes ont dénoncé des mauvais traitements, 27 ont porté plainte, 16 d’entre elles ont été classées sans suites. Il n’y a aucune avancée dans l’enquête sur les 11 restantes. Au nom des accusés Itxaso Torregros a dénoncé hier “la chaîne d’impunité” qui existe dans l’Etat espagnol et qui contrevient aux “standards internationaux”.

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