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Anne Borgne : « Quand on est fumeur, il faut vapoter »

 

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08/10/2013

Entretien avec Anne BORGNE / Chef du service addictologie de l’hôpital René-Muret, Pdte du Respadd

Argitxu DUFAU

À l’occasion du colloque THS (colloque européen et international “toxicomanies hépatites sida”) qui se déroule à partir d’aujourd’hui et jusqu’à vendredi à Biarritz, le thème de la cigarette électronique sera abordé par Anne Borgne lors d’un atelier programmé demain à partir de 17 heures. Elle est chef du service addictologie de l’hôpital René-Muret de Sevran (93) et présidente du Respadd (Réseau de prévention des addictions).


Qu’est-ce qui différencie la cigarette électronique de la cigarette classique ?

Je préfère le terme “vapoteur” car il n’y a pas de produit du tabac dedans, même si l’on en trouve avec ou sans nicotine, mais il n’y a pas tout les effets toxiques dus à la combustion. Ce qui le rend éminemment moins dangereux que la cigarette dite classique. Aucune comparaison n’est possible entre l’énorme dangerosité du tabac et l’hypothétique danger du vapoteur. Il n’y a pas tous les produits cancérigènes qui vont entraîner les maladies du cœur, par exemple. Mais le vapoteur n’est sûrement pas un produit anodin, car on ne connaît pas bien l’innocuité à long terme. On a besoin de contrôler et de surveiller l’état de santé de ceux qui vont l’utiliser. On n’a pas d’étude ni de recul à ce jour.

Quelle est la dangerosité de ce produit ?

L’existence de produits très différents sur le marché (environ 300 marques). Dans tous ces produits, il existe des vapoteurs dangereux, ce qui est dû à des fuites de produits, des chauffages trop importants de la résistance, des produits défectueux et des liquides qui peuvent être dangereux car on ne sait pas très bien ce qu’il y a dedans (produits toxiques, indication fausse du taux de nicotine…). Il y a des vapoteurs potentiellement dangereux car défectueux et peu sécurisés, mais certains sont fiables et avec des liquides dont le contenu est justement indiqué sur l’étiquette. Il faut faire le tri sur les produits qui sont mis sur le marché actuellement.

Les risques à ce jour sont scientifiquement prouvés ?

Non pas du tout. Par exemple, les colorants alimentaires utilisés, pour donner les couleurs et le goût : on sait bien que ce sont des produits anodins parce qu’ils ont déjà fait preuve de leur non-dangerosité dans l’alimentation. Sauf qu’on ne sait pas, une fois dans les bronches, si ces produits ne deviennent pas irritants. Pour l’instant, on ne sait rien du tout. Toutefois, quelqu’un qui a le choix entre le tabac et le vapoteur, il faut qu’il opte pour le vapoteur. Car c’est un formidable outil de réduction des risques pour les fumeurs. Mais à quelqu’un qui ne fume pas du tout, on ne peut pas lui recommander le vapoteur parce qu’il prend un risque.


Est-ce que cela facilite l’entrée des jeunes dans le tabagisme ?

Je me dis que ce jeune qui utilise la cigarette électronique aurait probablement consommé du tabac. Donc on est encore dans la réduction des risques. Ce n’est pas prendre un risque d’utiliser la cigarette électronique si l’autre alternative aurait été de prendre une cigarette.

L’Organisation mondiale de la santé conseille de ne pas vapoter…

Quand on est fumeur, il faut vapoter. Pour remplacer complètement le tabac ou pour fumer moins. Quand on diminue son nombre de cigarettes et qu’on n’utilise rien à côté pour s’aider, la diminution ne sert pas à grand-chose car on compense en tirant plus sur les cigarettes qu’on fume. Il est peut-être plus dangereux de fumer intensément un petit nombre de cigarettes que de fumer en moindre intensité un grand nombre de cigarettes. Entre deux cigarettes, le vapoteur empêche le phénomène de “compensation”.


Il faudrait peut-être une réglementation spécifique au vapoteur ?

Il faut arriver à calibrer les produits pour garantir la qualité de l’appareil, le contenu et son étiquetage, ce qui exige un règlement. L’utilisation dans les lieux publics est une question très débattue. Mon avis c’est qu’il n’y a pas de vapotage passif. Cette vapeur qui se dégage dans l’atmosphère disparaît vite et n’est pas toxique. La toxicité dépend de la concentration des produits, je ne sais pas ce qui ça donnerait si 25 vapoteurs étaient dans une pièce, enfermés toute la journée.

Par contre, c’est troublant de voir quelqu’un vapoter dans un endroit où il est interdit de fumer. Il faudrait créer des endroits réservés au vapoteurs car à l’intérieur, ils incitent, et à l’extérieur, ils sont confrontés aux fumeurs. Ma crainte, c’est que si on ne l’interdit pas dans les lieux publics, ça fasse revenir la cigarette.

Le Parlement européen débat actuellement pour en faire un médicament, qu’en pensez-vous ?

Je considère que c’est une énorme bêtise de vouloir lui donner un statut de médicament. Cela restreindra l’accès, il sera délivré sur ordonnance, en pharmacie. Ce n’est pas un médicament, il doit rester un produit d’utilisation courante.

L’intrusion de l’industrie du tabac représente-t-elle un risque ?

Oui. Ça fait longtemps qu’on a appris à ne pas avoir confiance en l’industrie du tabac. Ils ont été très malhonnêtes en vendant du tabac et en mentant sur la dangerosité et la dépendance. S’ils se mettent à vendre des vapoteurs, on va encore avoir des entourloupes sur la sécurité. On n’est pas sûrs d’avoir un produit sécuritaire.

 

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