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Pays Basque

Alanvie, loin du cliché sur le handicap

 

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03/10/2013

Carole SUHAS

Aujourd’hui, Sophie s’occupe de la boutique et d’empaqueter les achats des clients. Demain, elle sera peut-être au service, dans la salle du restaurant. “Une fois, j’ai essayé le comptoir où je donnais les menus, le pain et servais les cafés.” La jeune fille, malgré ses troubles psychiques, travaille depuis peu dans un “environnement protégé”.

La nouvelle boutique-restaurant solidaire Alanvie, installée dans la zone Iraty à Biarritz depuis le mois de juin, trouve petit à petit son rythme de croisière. “Avec des réajustements, bien sûr, car lorsqu’on travaille avec des adultes en situation de handicap, il y en a toujours”, corrige Arantxa Massonde, monitrice en charge de “l’équipe boutique”.

Sortir de l’isolement

Alanvie, ersatz de l’association Suerte, est devenu le lieu de travail de 21 “artisans”, souffrant de troubles psychiques ou psychiatriques. Malgré les journées “un peu longues quand il n’y a pas trop de visites”, avoue Sophie, l’activité professionnelle est un moyen de “retrouver une vie sociale et de sortir de l’isolement dans lequel peut enfermer la maladie”, selon les termes de Dominique Driollet, directeur de l’établissement médico-social biarrot.

Pour la loi, ils sont usagers, mais “nous préférons les appeler artisans car les personnes handicapées ont des compétences qui doivent être reconnues”. Beaucoup des adultes de l’établissement souffrent d’apraxie. “Ils ne savent plus rien faire, ils peuvent rester bloqués pendant des heures devant un geste simpliste sans parvenir à l’accomplir.” L’activité professionnelle permettrait de prévenir ces “instants de détresse” à en croire le directeur.

Il suffit de regarder l’affluence ce jeudi midi pour voir que la nouvelle de l’ouverture de ce restaurant un peu différent se répand vite. Salariés d’Orange, de la Lyonnaise des eaux, ouvriers en chantier dans le coin ou couples en vacances, tous poussent la porte pour le menu à 13 euros. Certains sont même déjà devenus des habitués. Anticipant les éventuelles critiques, l’équipe d’Alanvie veut être claire : “On ne masque pas le handicap, on accompagne la personne dans sa dignité.”

Oublié, le collier de nouilles

En dehors des heures de déjeuner, Alanvie est aussi une boutique. Broderies, sacs en cuir, cosmétiques bio, vins, épicerie fine, jouets en bois, poteries. Rien de bien original si ce n’est que l’intégralité des produits en vente a été fabriquée par des adultes en situation de handicap dans différents établissements et services d’aide par le travail (Esat), anciennement appelés CAT. “On montre que les personnes handicapées ne sont pas bonnes uniquement à faire des colliers de nouilles.” Et les clichés en prennent un coup. L’ameublement et l’aménagement extérieur d’Alanvie a entièrement été réalisé par des pensionnaires d’Esat, dont celle de Saubrigues dans les Landes, également gérée par l’association Suerte, où a été mis en place un atelier bois qui n’a pas à rougir du travail des charpentiers “classiques”.

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