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Michel Veunac: « Je conteste l’accord UMP-UDI à Biarritz »

 

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03/10/2013

Entretien avec Michel VEUNAC / Délégué départemental du MoDem

Pierre MAILHARIN

Le MoDem n’est pas moribond. Juste un peu déboussolé. Son délégué départemental, Michel Veunac, candidat à la mairie de Biarritz, défend le rapprochement actuel avec l’UDI (formation de centre-droit présidée par Jean-Louis Borloo), un an après le vote Hollande de François Bayrou. Tout en martelant que les municipales échapperont aux arrangements de partis. Surtout à Biarritz.

L’UMP et l’UDI partiront ensemble aux municipales, le PS présente en ce moment ses candidats. Le MoDem, lui, est inaudible. Où en est-il ?

Il se passe au niveau national un rapprochement entre le MoDem et l’UDI. La famille centriste n’est pas un long fleuve tranquille, elle est habituée à des scènes de ménage. On est aujourd’hui dans une séquence retrouvailles. Borloo comme Bayrou disent la même chose : il faut constituer enfin un grand mouvement central, une grande famille centriste, qui sera probablement codirigée par ces deux leaders.

Le MoDem y sera-t-il absorbé ?

Pas du tout. La constitution d’un grand mouvement centriste ne veut pas dire que l’un se soumet à la loi de l’autre. Il y a une alliance entre les deux mouvements qui va porter un nouveau nom.

Après le MoDem, Forces 64 dans le département, l’UDI, un nouveau nom de parti centriste : les électeurs ne vont-ils pas s’y perdre ?

Le MoDem et l’UDI resteront des étiquettes, des marques politiques dans la nouvelle formation.

Qu’induit ce contexte localement pour l’élection de mars prochain ?

Sur le département, il y a des accords ici ou là entre le MoDem et l’UDI, ou avec des formations divers droite. La consigne donnée par le président du MoDem, c’est de voir comment rentrer dans des rassemblements intelligents. Décalquer chaque fois l’opposition droite-gauche est une bêtise.

Cette stratégie ne facilite pas la lisibilité politique de votre parti.

La caractéristique première du MoDem est d’être un parti libre, qui n’est inféodé à aucune espèce de discipline particulière.

Une entente avec l’UDI, elle-même alliée à l’UMP, ne vous prive-t-elle pas de facto de cette liberté ?

Prenons l’agglomération, un cas d’école. À Bayonne et Anglet, il s’agit d’élections d’alternance, avec des majorités sortantes de “centre-droit et droite” et de gauche face à des oppositions de gauche et de “droite et centre-droit”. L’alliance du MoDem avec l’UDI [et donc l’UMP, ndlr] y est pertinente. À Biarritz, la donne est différente : c’est une élection de succession. On n’a pas d’opposition, elle est éclatée en six. Au sein de la majorité de rassemblement de Borotra, il y a des gens de droite, du centre et de gauche. Les trois principaux candidats (Brisson, Veunac et Lafite, ce dernier non encore déclaré) en font partie. Pour ma part, je défends l’idée d’un rassemblement, le MoDem n’y sera donc pas prisonnier d’alliances avec l’UDI.

Vous jugez pertinente l’alliance UDI-UMP à Bayonne et Anglet. Ce n’était pas le cas il y a peu. Avez-vous changé d’avis ?

Les choses ont évolué, il y a un rapprochement en cours. L’UDI et Borloo s’éloignent de l’UMP pour retrouver une position centriste.

Vous ne pouvez nier l’existence d’un accord politique UDI-UMP sur le BAB, dont vous vous trouvez personnellement exclu (l’UDI soutient l’UMP Max Brisson à Biarritz).

Cet accord politique sur Biarritz, je le conteste. L’UDI est en train de se rapprocher du MoDem. Il est anticipé par rapport avec ce qui va se passer sur le plan hexagonal. En même temps, il m’est un peu indifférent : je ne me situe pas à Biarritz sur la question des étiquettes. Mon parti, c’est Biarritz.

Le MoDem Jean-Jacques Lasserre semble compris dans cet accord, en perspective de la présidence de l’Acba. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Jacques Lasserre est un grand garçon, il sait ce qu’il a à faire. Il joue l’alliance MoDem-UDI sur Bayonne et Anglet, elle est pertinente. Mais la situation n’est pas la même à Biarritz.

L’accord englobe les trois villes.

Jean-Jacques Lasserre a l’esprit de famille, je lui fais confiance pour distinguer les situations.

Aurez-vous son soutien ?

J’y compte bien.

À Bayonne, Jean-René Etchegaray (MoDem) a rejoint l’UDI dernièrement et bénéficie de l’accord. N’est-ce pas artificiel ?

Il a anticipé la dynamique de rapprochement à l’échelle nationale entre l’UDI et le MoDem.

N’est-ce pas un changement de camp plus qu’un rapprochement ?

Il a gardé la double étiquette MoDem-UDI.

Le MoDem ne penche-t-il pas désormais vers le centre-droit ?

À l’UDF (ex-mouvement centriste), on retrouvait du centre-droit et du centre-gauche. La vision de la société par les centristes ne rentre pas dans le schéma binaire et absurde de la gauche et de la droite.

L’UDF était systématiquement alliée à la droite.

Car il y a un problème d’institution. Au second tour, il faut tomber à droite ou à gauche. On le dénonce. La proportionnelle permettrait de sortir de ce système binaire, qui affaiblit notre démocratie et le centre. À l’assemblée, 40 % des électeurs ne sont pas représentés ! En Allemagne, la droite va faire alliance avec le SPD. C’est le triomphe du centrisme ! François Hollande s’était engagé à introduire une dose de proportionnelle, on attend toujours.

Vous avez personnellement voté pour lui en 2012. Le regrettez-vous ?

Je ne regrette pas un vote. J’ai pensé qu’il fallait décrisper la vie politique française et que le président Sarkozy n’était pas le mieux placé pour le faire. Que les socialistes allaient déverrouiller ce système. Ils ne l’ont pas fait. Bien au contraire, ils l’ont renforcé, y sont claquemurés. Je suis ravi de la reconstitution d’une grande famille centriste, que Borloo s’éloigne de l’UMP et que Bayrou s’éloigne de son flirt avec la gauche.

Les militants MoDem qui ont voté Hollande partagent-ils ce satisfecit ?

Ce n’est pas une soumission à l’UDI. Autant on se rapproche de l’UDI, autant l’UDI s’éloigne de l’UMP. Borloo a dit il y a 15 jours que la prétention de l’UMP de contrôler une famille de centre, centre-droit, était morte.

F. Bayrou sera-t-il candidat à Pau ?

Je pense qu’il sera le prochain maire de Pau.

Avec le soutien de l’UMP ?

Il prépare depuis des mois, pas forcément pour lui, un grand rassemblement : il y aura de l’UMP, des centristes, des régionalistes, des gens de gauche. Il faut sortir de ce clivage gauche-droite.

Ne vous référez-vous pas aux appareils quand cela vous arrange ?

Être centriste, c’est ne pas accepter la domination de deux partis politiques majeurs qui confisquent les grands sujets politiques à une partie de la population. Je n’ai pas envie d’importer cela à Biarritz.

Vous revendiquez le rassemblement, M. Brisson aussi. Quelle est la différence entre vous ?

Lui, c’est sous tutelle d’un parti politique, le rassemblement autour de l’UMP. Moi, je n’affiche pas mon étiquette politique. J’ai des gens du PS et de l’UMP.

Et des abertzale avec le ralliement de Peio Claverie et Biarritz Elkartu. Comment l’accueillez-vous ?

Je suis extrêmement satisfait. La personnalité de Peio Claverie et Régine Daguerre, les deux élus d’Elkartu, est reconnue à Biarritz. Avec les abertzale, on est ensemble depuis plus de 20 ans, même si Peio Claverie est parti lors de l’arrivée de l’UMP. J’ai montré mon attachement à l’identité Pays Basque. Le courant abertzale à Biarritz est une force sociale et politique. Je ne trouverais pas normal qu’elle ne soit pas dans le gouvernement futur de cette ville.

Êtes-vous amer, comme J.-J. Lasserre, du refus d’une collectivité spécifique par le gouvernement ?

Bien sûr. Je suis amer. On a essayé de faire un pas en avant, qui a été refusé. On retombe sur terre après un grand espoir. La collectivité aurait été un puissant moteur de développement, qui aurait ajouté une légitimité institutionnelle à des légitimités identitaires et territoriales. Ce moteur, on ne va pas pouvoir l’allumer. Il faut en allumer d’autres, jouer le cumul des dynamiques : agglomération, nouveau contrat territorial, eurorégion, région. Il faut aussi entretenir la flamme de la collectivité. C’est ce que fait Batera. Un jour ou l’autre, cette affaire se réalisera.

Fallait-il vraiment s’engager dans un nouveau contrat territorial ? Le rapport de force n’aurait-il pas fini par attirer l’attention du gouvernement ?

Non. Regardez l’attitude du ministère de l’Intérieur sur une situation aussi légitime que la création de l’ikastola d’Hendaye. À cela, on oppose la légalité. […] Ma petite-fille a quatre ans, elle va à l’ikastola d’Itxassou, qui est à côté de l’école publique. Il y a une harmonie entre les deux lieux. Le refus catégorique à Hendaye est un raidissement de l’État qui ne comprend pas comment ce territoire met en œuvre de l’intelligence collective. On n’a pas d’autre solution que ce contrat territorial, sauf à reculer.

Voyez-vous une solution pour le financement des ikastola ?

Je suis très pessimiste. Le préfet oppose un refus très catégorique. Pourtant, il y a des ikastola faites ailleurs, comme à Biarritz. La loi était la même. Le ministère de l’Intérieur a considéré à l’époque qu’il fallait trouver un moyen de répondre à cette légitimité. Que la légalité était une chose, la légitimité une autre.

Quel regard portez-vous sur le processus de paix au Pays Basque ?

Il semble à l’arrêt. Pourtant, la fin de la violence est un élément très important pour le développement collectif d’Euskadi et de notre Pays Basque. Je ne sais pas trop où sont les freins et les blocages, mais je souhaite une affirmation de ce processus, que les États d’une façon ou d’une autre l’encouragent.

Revenons à Biarritz. On parle d’une possible alliance au deuxième tour Veunac-Lafite pour barrer la route à Max Brisson. Qu’en est-il ?

Je ne parlerai jamais du second tour avant le premier. Et je ne ferai de front contre personne. Je me bats pour Biarritz.

 

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