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Ioritz de Madariaga : « Je veux travailler le bois de la forêt jusqu’à sa livraison chez le client »

 

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02/10/2013

Entretien avec Ioritz de Madariaga / Bûcheron

Argitxu DUFAU

« Je veux travailler le bois de la forêt jusqu’à sa livraison chez le client »

Ioritz de Madariaga, jeune Senpertar de 31 ans, après une carrière dans l’hôtellerie, a choisi de se reconvertir dans le métier de bûcheron. Après l’obtention d’un bac professionnel GCCF (gestion et conduite de chantiers forestiers), il ouvre son entreprise Pagatxa en 2010. Pendant deux ans, il réalise de la prestation de services pour d’autres entreprises, mais depuis cette année, il travaille à son propre compte. Le goût pour le métier lui vient de son expérience passée, mais aussi de son désir de travailler au plus près de la nature, en contact direct avec elle.

Pourquoi cette reconversion surprenante ?

J’ai connu ce métier plus jeune, lorsque je faisais du bois pour ma famille, mais j’avais aussi travaillé un peu pour un professionnel. Disons que je connaissais un peu le métier. Ce sont ces expériences qui m’ont donné goût pour la profession de bûcheron. J’aime travailler à l’extérieur, en contact direct avec la nature. La forêt est un lieu particulier, son calme, ses odeurs, ses couleurs changeantes, son dénivelé, mais surtout le fait qu’elle évolue au fil du temps et des saisons, en font un lieu de travail épanouissant pour moi.


Avez-vous rencontré des difficultés pour monter votre entreprise ?

Oui, quelques-unes. D’abord parce que c’est un secteur quelque peu fermé et le peu d’entreprises qui existent travaillent avec de petites équipes qui sont au complet. On ne trouve pas de travail facilement. Mais la plus grosse difficulté pour moi a été de récolter les fonds pour acheter les machines, qui sont très chères.

Et des difficultés foncières ?

Non, on trouve facilement de la forêt à acheter. Les privés en vendent, mais aussi l’ONF (Office national des forêts). Ce n’est pas ça le plus difficile.

Quel est votre réel projet et quels sont vos buts ?

Faire le bois depuis la forêt jusqu’au bois bûche livré chez le client. L’abattre, le tirer, faire le transport, le transformer et le livrer. Je suis en ce moment aidé par un jeune Béarnais qui est lui aussi en train de monter son entreprise. Je veux réaliser toutes les étapes, de la forêt au consommateur. Cela permet de me diversifier, de ne pas toujours faire la même chose.

Vous êtes le seul à réaliser toutes ces étapes ?

On est très peu. Une autre entreprise toute proche d’ici réalise elle aussi toutes les étapes de travail. À ma connaissance, nous sommes les deux seuls localement. Il existe beaucoup de marchands de bois, qui achètent le bois prêt à vendre et le marchande. L’exploitation forestière est un métier vieillissant, je pense être le seul jeune trentenaire dans tout le Pays Basque Nord à exercer cette profession.

Gérez-vous la replante des arbres ?

Non, je ne fais pas de sylviculture. Mais toutes les forêts où je réalise des coupes sont gérées. Si le terrain est privé, c’est un gestionnaire de forêt, et dans le domaine public, c’est l’ONF qui gère la replante. On ne fait pas n’importe quoi.

Comment organisez-vous votre travail sur l’année ?

J’achète les coupes, c’est-à-dire les bois sur pied, en automne et au début d’hiver. Ce bois est donc coupé en hiver jusqu’au début du printemps, hors sève, lorsque la feuille est tombée pour que le bois sèche mieux et plus vite. Au printemps, et ce jusqu’au début de l’été, je procède à la transformation pour l’obtention des bûches. Les livraisons commencent en août jusqu’à octobre généralement. Mais les personnes qui ont mal anticipé l’hiver peuvent être livrées jusqu’à mars. Cela me permet d’avoir du travail tout au long de l’année et plus de prestations de services comme l’abattage et le débardage.

Bûcheron, c’est un métier de solitaire ?

Non, pas du tout. En forêt, le travail se fait en équipe. Au moins à deux. Celui qui coupe, c’est le bûcheron, et il y a le débardeur qui extrait le bois de la forêt avec un tracteur.

Comment se profile ce premier hiver ?

J’ai déjà plusieurs commandes et j’en ai déjà livré. Je me suis fait connaître grâce au bouche-à-oreille. Ma clientèle est locale, elle se concentre en Labourd.

Pourquoi se chauffer au bois ?

Pour moi, c’est un vrai pari. Je pense que c’est l’avenir vu le prix des autres combustibles. Le premier avantage reste le coût. Mais le feu de cheminée crée aussi une vraie ambiance conviviale et chaleureuse au sein d’un foyer. Il existe cependant des contraintes comme le stockage et l’allumage, mais la situation économique actuelle pousse les foyers à passer au-delà de ces contraintes pour adopter ce mode de chauffage peu cher. Mais surtout, cette énergie reste la moins polluante, et de loin. De plus, le bois est une ressource inépuisable car il est géré. Le bois que je vends provient d’un rayon de 20 kilomètres maximum (Ciboure, Sare et Saint-Pée-sur-Nivelle), il est local, ce qui diminue les transports. C’est une solution de chauffage économique et écologique. C’est tout l’esprit de ma démarche. Travailler avec des gens du coin pour des gens du coin avec un produit naturel local.

Des projets ?

Je veux rester spécialisé dans le bois bûche car il offre de nombreuses possibilités tout en gardant l’esprit de mon entreprise. Sur le long terme, j’envisage de vendre du bois aussi sous forme de palettes, en filets, et pourquoi pas en petites bûchettes pour le barbecue. Mettre aussi en place de nouvelles techniques pas encore utilisées au Pays Basque.

 

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