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Pays Basque

« La dignité, notre peuple et nos preso sont au-dessus de tout »

 

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13/07/2013

Entretien avec Jokin ARANALDE / Membre du Collectif des exilés politiques basques

Jokin Aranalde est membre du Collectif des exilés politiques basques. Originaire du Gipuzkoa, il a 67 ans et vit à Irissarry. Il a été arrêté le 24 juin dernier avec trois autres militants basques, comme lui sous le coup de mandats d’arrêt européens (MAE). Libéré, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Pau l’a placé sous contrôle judiciaire. C’est mardi prochain que la justice se prononcera sur son sort.

Que pensez-vous de la décision de justice concernant Beñat Atorrasagasti, qui refuse de valider le MAE et de le remettre à L’État espagnol ?

Je suis content pour lui, mais un autre mandat d’arrêt européen peut tomber. Car il faut être clair : le fond du problème est que ces arrestations proviennent d’une décision politique. Cela fait dix ans que je vis ici, en Iparralde, sans problème, sans me cacher, en travaillant et en menant une vie normale. Même les gendarmes me connaissent ! Et tout à coup, après avoir tenu le meeting à Biarritz avec le Collectif des exilés politiques basques, dont je suis l’un des porte-parole, on est venu nous arrêter, à peine dix jours plus tard.

En quoi ce meeting à Biarritz a-t-il pu déranger les États français et espagnol ?

C’était depuis de nombreuses années une réalité méconnue, celle des exilés et des déportés basques. Tout à coup, on a visualisé une réalité, nous avons dit qui nous étions, 300 exilés politiques basques. En fait, il y en a beaucoup plus, qui vivent pour certains depuis des dizaines d’années sur les cinq continents du monde. Des exilés et des déportés. De plus, lors de ce meeting, nous avons présenté notre feuille de route afin d’aménager la voie de la résolution et du retour chez nous avec une volonté claire d’avancer dans le processus de paix du Pays Basque. C’est une contribution qui s’appuie sur trois principes : l’arrêt des mesures d’exception, la garantie de la dignité et des droits fondamentaux des exilés et la connaissance de la vérité sur tout ce que ce collectif a subi ces dernières décennies. Et cela en présence, le matin du meeting, de plus de 80 acteurs de la vie sociale, économique et politique de ce pays. Il y avait plusieurs parlementaires, des élus, des représentants de diverses associations… Cela, les gouvernements ne le supportent pas. Ils ont voulu casser ce mouvement et nous rayer de l’espace public.

Mais quel est l’intérêt d’une telle manœuvre ?

Semer le trouble et continuer dans une attitude négationniste. Mais ce n’est qu’un leurre car les gens savent très bien que les États espagnol et français n’ont pas la volonté réelle d’enclencher un processus de paix. Pourquoi ? Car ils ne veulent pas affronter le fait que les racines du conflit sont politiques.

Que faire face à ce blocage ?

C’est le peuple lui-même qui débloquera le conflit. Car les États n’ont pas un conflit uniquement avec nous : ils l’ont avec l’ensemble du peuple basque. Nous, nous en sommes une partie. Aujourd’hui, nous voyons bien qui a la volonté de faire la paix et qui veut la guerre. Pour en revenir à notre feuille de route de résolution du conflit, nous l’avons dit à Biarritz, cette feuille de route, nous ne pouvons pas la réaliser seuls. C’est un problème qui regarde tout le monde. C’est pour cela que nous lançons un appel à tout le peuple et à la reconnaissance du conflit.

Comment avez-vous vécu votre arrestation et votre procès ?

J’ai été arrêté et torturé en 1976 et 1978, puis en 2002. Lors de ce dernier procès, j’ai été frappé par le fait que mon avocate a demandé un report d’une semaine afin de mieux étudier le dossier, un report que l’on accorde normalement sans problème. Mais dans le cas présent, il n’y a rien eu à faire, nous avons été mis devant le fait accompli : refus de reporter. Il fallait agir très vite, ce qui prouve une fois une fois de plus que cette arrestation était politique. De plus, je n’ai pas pu m’exprimer devant le juge, et pourtant j’avais des choses à dire, notamment sur la version des faits présentée par les Espagnols.

Dans quel état d’esprit êtes-vous dans l’attente de la décision de la justice française qui va peut-être décider de vous remettre à l’État espagnol ?

La décision doit être rendue mardi 16 juillet, mais il y aura d’autres recours possibles. Bien sûr, j’envisage le pire. Écoutez : j’ai 67 ans et j’ai un peu l’habitude de vivre des situations extrêmes. Malgré tout, l’inquiétude et l’angoisse sont présentes. Mais la dignité, notre peuple, nos preso, sont au-dessus de tout. C’est cela le plus important. Je suis également très touché par l’appui et la solidarité que je reçois de tous les gens, de mes voisins, du boulanger, d’une quantité de personnes dont je n’aurais pas soupçonné l’appui.


Béatrice MOLLE

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