RSS
Index > Edition papier > Pays Basque

Pays Basque

Langues régionales : deux projets de loi… pour la même chose

 

p006_01.jpg

10/05/2013

Antton ROUGET

Le gouvernement n’avait pas besoin de cela pour concentrer les attaques sur son manque d’ambition en matière de développement des langues régionales. Déjà sévèrement critiquée, l’action gouvernementale est décrédibilisée par un nouveau “couac”.

Dans le cadre de l’acte III de décentralisation, la ministre Marylise Lebranchu propose en effet une nouvelle mesure visant à renforcer la pratique des langues régionales. Problème : cette disposition, par ailleurs jugée “insuffisante”, existe déjà. Elle vient d’ailleurs d’être adoptée par la majorité socialiste lors de la première lecture du projet de refondation de l’école à l’Assemblée nationale.

Le troisième texte du projet de loi sur la décentralisation, relatif au développement des solidarités territoriales et de la démocratie locale, suggère de compléter l’article L. 216-1 du Code de l’éducation dédié aux activités extrascolaire organisées par les collectivités locales. “Ces activités peuvent notamment contribuer au soutien des cultures régionales à travers la promotion de la connaissance des langues régionales”, prévoit d’ajouter le texte porté par M. Lebranchu.

Or, l’article 18 bis du projet de loi de refondation de l’école de Vincent Peillon, adopté le 19 mars 2013 à l’Assemblée nationale et qui doit arriver au Sénat, stipule exactement la même chose et dans des termes quasiment identiques.

Manque de coordination entre les ministères ou ajout d’un article à la hâte pour “consoler” les défenseurs des langues régionales : impossible hier, jour férié, de joindre les services du ministère de la Réforme de l’État pour obtenir des explications.

Amertume et colère

“Cela démontre le peu de sérieux avec lequel le gouvernement travaille sur la question”, lâche, amer, un militant associatif en apprenant la nouvelle.

Une amertume profonde qui, au fil des déconvenues, risque fort de se transformer en vive colère. Un an après l’élection de François Hollande, le Collectif du 31 mars commence d’ailleurs à perdre patience. Le groupe – qui rassemble les associations œuvrant pour la promotion des langues régionales dont Euskal Konfederazioa – va ainsi officiellement demander mercredi, à Paris, “l’asile culturel” pour les langues régionales à l’Unesco. “L’État français discrimine systématiquement les locuteurs des langues territoriales et [...] ne cesse de mettre à ces dernières toutes sortes d’entraves”, dénonce le collectif.

Abandon de la ratification de la charte européenne, mentions au compte-gouttes des langues régionales dans le projet de loi de refondation de l’école, difficultés pour le financement public des écoles en immersion, etc. : pour le Collectif du 31 mars, l’actualité de ces dernières semaines montre que “la France ne fait rien pour la sauvegarde et le développement” des langues régionales.

Fronde des parlementaires

Les parlementaires favorables à la reconnaissance des langues régionales ne cessent, eux, de faire la moue.

Dans un courrier daté du 30 avril dernier, huit parlementaires socialistes de Gironde ont demandé à Jean-Marc Ayrault de revoir la copie afin de “permettre la tenue de l’engagement présidentiel”, à savoir la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Quatre jours plus tôt, sept autres députés, réunis au sein du groupe d’étude sur les langues régionales à l’Assemblée, ont interpellé le Premier ministre sur la question.

inprimatu