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La globe-trotteuse de l’ACBB

 

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10/05/2013

Marc DUFRECHE

Été 2011, Amandine Lacrabe (32 ans - 1,78 m) souhaite s’installer au Pays Basque et s’offrir un dernier défi sportif. Elle décide d’appeler Gilles Tlemsani, son ancien entraîneur à Toulouse, qui est depuis une saison à l’Anglet Côte Basque Basket. Pour les dirigeants de l’ACBB, c’est là une véritable occasion car la joueuse qui se présente face à eux est tout simplement l’une des meilleures Françaises de sa génération. D’autant plus chanceux le club angloy qu’Amandine Lacrabe est du genre à aimer son sport et à privilégier son cadre de vie. Elle pouvait prétendre à beaucoup plus, mais là n’est pas l’essentiel pour la jeune trentenaire. Et l’ACBB récupère ainsi une joueuse de top niveau qui peut l’aider à passer un cap.

La capitaine angloye a débuté par un parcours des plus classiques pour une jeune fille douée pour le basket et née à Tarbes. Elle passe évidemment par la pépinière du Tarbes Gespe Bigorre où elle évolue chez les jeunes aux côtés de Céline Dumerc, meneuse de jeu de l’équipe de France vice-championne olympique à Londres en 2012. Les deux Bigourdanes intègrent le pôle France à l’Insep pour la saison 1997-1998, en même temps qu’un certain Tony Parker chez les garçons.

Jusqu’ici, Amandine Lacrabe rêve de professionnalisme. Mais son idée sur le basket de haut niveau va changer après une année de “vie parisienne”, une discipline “un peu trop stricte à son goût”, “deux entraînements par jour” et une année de terminale qui se terminera sur “un baccalauréat manqué”. “Je n’avais pas non plus forcément la mentalité pour faire carrière. Il faut écraser les autres pour réussir, je n’avais pas ce mental”, ajoute aujourd’hui la capitaine de l’ACBB.

Le “tout basket”, pas pour elle

À l’intersaison 1998, elle décide de rentrer à Tarbes. Espoir, elle disputera des matchs de Ligue féminine et de Coupe d’Europe pendant trois saisons au TGB avant de tenter l’aventure professionnelle à Sceaux chez le promu en Ligue féminine. Après l’Insep, Sceaux sera la fin des illusions du “tout basket”. “J’avais le statut pro et pour la première fois, j’étais payée uniquement pour jouer au basket”, se souvient-elle. “S’entraîner, jouer manger, dormir, il n’y en avait que pour le basket. On est toujours fatigué, il faut se reposer. En plus, les défaites se sont enchaînées et l’ambiance dans l’équipe s’est dégradée [Sceaux fut relégué à la fin de la saison 2001-2002]. Ça m’a ouvert les yeux. J’aime le basket, mais pour mon équilibre, j’ai besoin de penser à autre chose. Attention, je suis aussi contente d’avoir vécu ça. Ce n’est pas donné à tout le monde de vivre une expérience de sportive professionnelle.”

Lorsque Sceaux est relégué en N1, Amandine Lacrabe est l’une des rares joueuses à rester au club en acceptant de changer de statut. Moins prise par le basket, elle peut terminer et réussir sa licence Staps.

Diplôme en poche, elle fait le choix de redescendre travailler dans le Sud-Ouest. Côté basket, elle appelle son ex-équipière de Tarbes Béatrice Castets qui évolue à Mourenx alors en pleine ascension (Ligue féminine). Cette dernière fait l’intermédiaire avec Valéry Demory, l’entraîneur des Béarnaises devenu aujourd’hui celui de Montpellier, vice-champion de la Ligue féminine. “J’habitais à Pau, j’étais suppléante [enseignement, ndlr] à Tarbes et je jouais à Mourenx. J’étais bien dans mes baskets”, se rappelle Amandine Lacrabe.

La “féroce” Lacrabe

Dure au mal, l’ailière passe pour une joueuse agressive. “Je ne suis pas appréciée sur les parquets et je n’ai pas bonne réputation”, souffle celle dont la référence basket est Richard Dacoury, capitaine courage du Limoge champion d’Europe (1993). Encore aujourd’hui, sa renommée lui donne droit à un traitement de faveur sous les paniers de la N2. Mais que ce soit à Anglet aujourd’hui ou ailleurs par le passé, jamais un club ne s’est plaint d’avoir dans ces rangs la “féroce” Lacrabe, celle qu’il vaut mieux avoir dans son camp… même à l’entraînement.

À Mourenx, une rupture des ligaments croisés du genou va l’écarter des parquets neuf mois. Le temps aussi de mûrir sa décision d’aller à Toulouse pour passer le concours d’institutrice dans l’enseignement privé. Son retour sur les parquets ne se fait donc pas à Mourenx, mais au Toulouse Basket en N2. Le club entraîné par un certain Gilles Tlemsani a bien évidemment reçu à bras ouverts cette joueuse de haut niveau venue proposer ses services. Lorqu’une saison plus tard Toulouse décide de créer une équipe de haut niveau avec le Toulouse Métropole Basket, les dirigeants s’appuient sur la coach Valérie Garnier, actuelle entraîneuse des championnes de France, Bourges. Cette dernière veut absolument Amandine Lacrabe dans son effectif. Problème, la joueuse, désormais institutrice du côté de Tarbes, ne veut pas lâcher son poste. Le discours de Garnier finit par la convaincre, mais elle pose ses conditions. Avec trois allers-retours dans la semaine, le train Tarbes-Toulouse devient sa deuxième maison. Des conditions qui vont vite l’épuiser. “J’ai tenu jusqu’en février et puis j’ai craqué avec la fatigue. Ça se ressentait dans mon travail et aussi au basket. D’un commun accord avec le TMB, on a décidé d’arrêter. ”

Physiquement et mentalement, Amandine Lacrabe recharge vite les batteries et à l’intersaison 2010, on la retrouve en Ligue 2 à Mourenx, rebaptisé Élan Béarnais Pau Orthez après des soucis financiers. La saison est décevante et l’EBPLO est relégué en N1. Sa capitaine Amandine Lacrabe pense bien avoir joué son dernier match de basket à Perpignan le 8 mai 2011. “À 30 ans, elle a décidé de tirer un trait sur le basket”, indique d’ailleurs le site du club béarnais.

Euskaldun berri

Faux départ car la joueuse “ne veut pas finir sa carrière sur une note négative”. Le Pays Basque, dont elle est tombée amoureuse depuis quelques années, ressemble à une terre d’accueil idéale avec son ancien coach toulousain maintenant à l’ACBB. “Il y avait Gilles, je l’ai appelé et on est tombés d’accord”, dit-elle simplement. Toujours institutrice du côté de Tarbes, Amandine Lacrabe roule depuis deux ans près de 700 kilomètres par semaine afin de concilier son travail et sa passion sportive. En attendant une mutation au Pays Basque, elle prend la contrainte avec le sourire. Cette fois, l’harmonie est bonne.

Il y a cette “identité culturelle basque” qui fait désormais partie de l’équilibre. Les dimanches, lendemain de match, ses décrassages sont des mutxiko sur une place du Pays Basque. La langue ? Elle a participé à “deux ikastaldi [stages d’immersion]” à Urepel et à Bayonne et, parce qu’elle “ne le pratique pas assez à son goût”, écoute une partie du temps les radios en langue basque dans la voiture.

La capitaine de l’ACBB ne sait pas combien de temps encore elle jouera. “Je me sens bien physiquement et tout ce qui se passe à Anglet va au-delà de mes espérances. C’est un club avec de petits moyens mais sérieux et bien structuré. Le groupe est génial. On gagne et on joue des matchs à enjeu, j’aime vivre ces moments-là”, conclut-elle.

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