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Culture

“Je l’ai suivi dans sa quête permanente d’installation”

 

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02/05/2013

Entretien avec Christophe de Prada / réalisateur de “Berger sans terre - Confidences d’un homme libre”

Cécile VIGNAU

Eric Lasportes est dans l’objectif de la caméra de Christophe de Prada depuis 2008. Alors que le premier est un berger sans terre, le second se veut un réalisateur souletin. “Berger sans terre - Confidences d’un homme libre”, une aventure humaine qui lie cet ancien photographe d’Egunkaria à ce jeune berger qui dédie sa vie à son troupeau, l’été dans les Pyrénées, l’hiver en Armagnac.

Après deux premiers documentaires en autoproduction sur la pastorale souletine et le traitement de l’eau dans les Pyrénées, “Berger sans terre” devrait voir le jour d’ici à début 2014. Une affaire à suivre.

Pouvez-vous revenir sur la genèse du projet ?

Ça fait un petit moment que l’envie de faire un documentaire sur les bergers dans les Pyrénées me trotte. Après une première idée d’interviews de plusieurs bergers aux quatre coins des Pyrénées, j’ai trouvé plus intéressant de me focaliser sur un portrait. J’ai rencontré Eric Lasportes lors d’une manifestation à Bayonne par rapport à Laborantza Ganbara. Mon projet l’a de suite emballé. À l’époque j’étais sur Saint-Palais, je suis parti à sa rencontre, dans son camion alors qu’il était en école d’agriculture. Le côté routard du personnage m’a intéressé, avec ce projet final d’installation en tant que berger.

Comment procédez-vous pour le filmer ? Vous vous cantonnez aux Pyrénées ?

Il n’y a pas de but chronologique. J’essaie de le filmer sur les quatre saisons. Quand il est en estive en montagne, cette année ce sera du côté de Font-Romeu, où il sera seul avec un gros cheptel. Il y a aussi des séquences chez lui dans le Gers. Le projet étant de le suivre dans sa quête permanente d’installation.

Vous êtes-vous attaché plutôt au côté humain du personnage ? Ou vous êtes-vous focalisé sur les difficultés du métier ?

J’essaie de concilier les deux. Je ne veux pas du tout montrer un côté idyllique, c’est dans cette optique que j’ai choisi de filmer les quatre saisons, avec les conditions extérieures et climatiques qui en découlent. Sans être trop sombre non plus, je veux montrer une réalité. Après, comme l’indique le titre, il y a une partie plus personnelle, davantage attachante. Eric Lasportes a accepté de se confier devant une caméra, ce n’est pas évident.

Quel regard est porté dans la profession sur les bergers sans terre ?

Il y a la réalité de la paperasse, des semenciers qui ne font pas trop de place aux nouveaux qui souhaitent s’installer. Il est souvent regardé de travers, la personne "bizarre", et ce surtout dans le Gers.  Ici au Pays Basque nous avons davantage l’habitude de voir des jeunes s’installer, et l’on peut croiser quelques bergers sans terre. Chez lui en Armagnac les relations sont moins évidentes.

On connaît Stéphane Riberi qui transhume avec ses bêtes depuis la Gironde jusqu’en Haute Bigorre. Lui reprend un peu ce vieux principe, de transhumer depuis le Gers. Eric a cette volonté d’être autonome, de ne pas rentrer dans le système de la PAC. De la même manière le documentaire met cette autonomie en évidence, il n’y a pas de voix off. Les commentaires viennent de lui.


A quelle étape de travail en êtes-vous aujourd’hui ?

Je fais des séquences cet été à côté de Font Romeu, et j’attaque le montage. Je suis en phase de finalisation.

Je filme un peu à l’envers, dans la mesure où je n’ai pas de scénario pré-établi. Le documentaire se construit au fur et à mesure des images. Au niveau financement et production, ce n’est pas la démarche classique, je fais tout à l’envers.

 

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