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Pays Basque

De lourdes peines face aux incertitudes

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27/04/2013

Antton ROUGET

Trancher n’a pas été chose aisée. Après quatre semaines de procès, les juges de la cour d’assises spéciale de Paris ont délibéré pendant onze heures avant de statuer. Mais la cour est restée ferme à l’heure du verdict : les militants d’ETA ont été condamnés à de lourdes peines même si le procès n’a pas permis de lever le voile sur les circonstances du meurtre de deux gardes civils le 1er décembre 2007 à Capbreton.

Considéré comme l’auteur des coups de feu qui ont coûté la vie aux deux gardes civils, Mikel Karrera a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans. Saioa Sánchez, présente lors des faits selon les juges, a été condamnée à 28 ans de réclusion criminelle dont une période de sûreté des deux tiers.

“Être condamné avec de telles inconnues est anormal.” Pour Me Jean-François Blanco, ce verdict est révélateur “d’une justice d’exception moins exigeante avec les preuves”. L’avocat palois en est persuadé : Mikel Karrera, présenté à souhait comme le “chef de l’appareil militaire de l’organisation ETA”, était le “coupable idéal”. Pourtant, ni l’enquête ni les quatre semaines de procès n’ont permis d’étayer cette thèse défendue par le ministère public. “Deux choses sont sûres : on ne sait pas ce qui s’est passé à Capbreton ni qui a tiré.”

“Pour Saioa Sánchez, si l’on suit le raisonnement de la cour qui précise qu’elle était présente à Capbreton mais n’a pas tiré, la condamnation est aussi très sévère”, fulmine Me Blanco.

Malgré le manque d’éléments, les juges ont estimé que l’acte était prémédité. Une note interne remise par l’ambassade des États-Unis à Madrid à plusieurs services, dont le FBI, et citant “une source du ministère de l’Intérieur espagnol”, prétend exactement l’inverse.

Asier Bengoa en partie acquitté

En estimant qu’Asier Bengoa n’était pas à Capbreton, les juges se sont en revanche clairement démarqués de la position de l’avocat général. “Le dossier était vide. Aucun témoin ne l’avait reconnu, aucune trace papillaire ou génétique n’a été retrouvée”, détaille Me Blanco. Une méthode d’odorologie (reconnaissance par l’odeur) – non reconnue par la communauté scientifique – pointait la présence d’Asier Bengoa. “La cour ne l’a pas admise comme preuve autonome”, se félicite l’avocat de la défense. Asier Bengoa a par contre été condamné à 15 ans d’emprisonnement pour des faits liés à une “participation à une entreprise terroriste” et “recel”. “C’est encore là très sévère”, dénonce Me Blanco qui conclut : “Les armes se sont tues, mais la répression continue de façon très sévère.” Les autres accusés, Garikoitz Aspiazu, Ibon Goieaskoetxea, Eider Uruburu et Iratxe Sorzabal, ont été condamnés à des peines allant de cinq à neuf ans d’emprisonnement.

Des appels au dialogue récurrents

Comme à leur habitude, les membres de l’organisation ETA présents dans le box des accusés ne sont que très peu intervenus au cours du procès. Plusieurs déclarations solennelles lues par les accusés – Mikel Karrera, Saioa Sánchez, Asier Bengoa, Garikoitz Aspiazu, Ibon Goieaskoetxea et Eider Uruburu –, souvent directement adressées au gouvernement français, ont tout de même rythmé les audiences.
Décès du prisonnier Xabier López Peña à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, retour sur la disparition de Jon Anza, Journée internationale des prisonniers politiques, etc. : les membres de l’organisation armée ont à chaque reprise appelé le gouvernement français à s’engager dans la voie du dialogue pour mettre définitivement fin au cycle de confrontation armée.

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