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Pays Basque

« L’Occident vit la fin d’une exception historique »

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25/04/2013

Entretien avec Hervé KEMPF / Journaliste, écrivain

Giuliano CAVATERRA

Hervé Kempf est journaliste au Monde dont il assure la chronique “Écologie”. Il a écrit plusieurs ouvrages pour alerter sur la crise écologique qui menace la planète en faisant le lien avec les inégalités sociales et le manque de démocratie. Il intervenait hier à Saint-Jean-de-Luz à l’invitation de Bizi! sur son dernier livre, Fin de l’Occident, naissance du monde.

Quelle est la thèse que vous développez dans Fin de l’occident, naissance d’un monde, titre de votre dernier livre ?

L’idée que je développe dans ce livre, c’est que nous sommes à la fin d’une période historique qui a commencé il y a environ 300 ans, avec la révolution industrielle. À ce moment-là, une région du monde, l’Europe, met la main sur de nouvelles sources énergétiques. Elle se détache alors considérablement des autres régions, alors que jusque-là, il y avait une convergence des moyens énergétiques.

Maintenant, c’est rentré dans les mœurs, on trouve normal qu’un Européen dispose de 50 fois plus de moyens énergétiques qu’un Tchadien, par exemple, mais en fait, c’est une situation exceptionnelle au regard de l’histoire de l’humanité. Mais nous sommes en train de vivre la fin de cette exception. La période historique actuelle, c’est celle du retour à la convergence énergétique qui va durer environ trois décennies.


Pourtant, les pays émergents, l’Inde, la Chine, le Brésil, etc., sont en train de rattraper l’Occident en terme de moyens énergétiques.

Oui, parce que nous sommes déjà dans ce processus de convergence. Mais la nouveauté, c’est l’état de la biosphère et le niveau des ressources énergétiques. Si on ne réduit pas notre consommation énergétique, on fonce dans le mur. Le niveau de moyens énergétiques vers lequel convergent les différentes régions du globe sera donc obligatoirement inférieur à celui que les Occidentaux ont connu jusqu’à maintenant. Et réduire notre niveau de moyens énergétiques, cela veut dire aussi réduire notre consommation matérielle.

Cela ne risque-t-il pas d’être difficile à accepter ?

Il n’y a pas le choix. Le problème, c’est qu’il existe une oligarchie politico-économique qui se bloque contre cette évolution. Il faut faire naître un monde nouveau. Un monde en paix, qui va vers plus d’égalité et qui prenne en compte le défi écologique.

N’est-ce pas utopique ?

Non, ce qui l’est en revanche, c’est de se voiler la face, de refuser que l’évolution historique de la convergence énergétique est là, en train de se faire.


Bizi! organise demain une conférence sur le revenu maximum autorisé*. Que pensez-vous de ce RMA ?

C’est un moyen justement d’enlever un peu de pouvoir à cette oligarchie dont je parle. On peut concevoir des écarts de revenus de 1 à 10, pourquoi pas de 1 à 30. Mais aujourd’hui, on parle d’écarts de 1 à 100 ou 200. Il s’agit donc de mettre en place un instrument de réduction des inégalités, mais qui permette aussi plus de démocratie en ôtant un peu de pouvoir à la banque et à la finance, entre autres.


* Avec Karima Delli, eurodéputée d’Europe Écologie-Les Verts, cofondatrice du collectif “Sauvons les riches”, et Corinne Morel Darleux, ancienne consultante auprès du CAC 40 et secrétaire nationale à l’écologie du Parti de gauche. Vendredi à 20 heures dans l’amphithéâtre du Château Neuf de l’IUT à Bayonne (place Paul-Bert).

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