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Culture

“Avec Le Rire des Basques, j’ai essayé de tordre le cou aux prénotions qui existent”

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17/04/2013

Cécile VIGNAU

“Il est toujours difficile de résumer un travail de deux ans et de 600 pages en quelques minutes” démarre Éric Dicharry. Et surtout lorsque le travail en question se veut une approche ethnolinguistique du rire au Pays Basque, à savoir le rapport entre la langue, la société et la culture.

Le Rire des Basques, publié chez L’Harmattan (avec le soutien d’Eusko Ikaskuntza et de Barandiaran Fundazioa), se veut un ouvrage autour, donc, de l’évolution du rire, en prenant pour colonne vertébrale l’art du bertsularisme. “On a souvent l’image du Basque sérieux, où le rire occupe une place restreinte. J’ai voulu essayer de tordre le cou aux prénotions qui existent”, explique l’anthropologue.

Les joutes verbales improvisées servant donc de point de départ aux recherches et pérégrinations d’Éric Dicharry, entre 2009 et 2011. En effet, et après un point sur le bertsularisme au Pays Basque Nord, le chercheur s’est centré sur l’évolution de l’humour, qui va de pair avec celle de la société. “On observe une laïcisation du bertsolarisme. J’ai aussi voulu démontrer la contemporanéité des thématiques abordées par le bertsolarisme, les OMG, la grippe A, le contexte social et politique, les personnages célèbres… et toujours, les spécificités physiques”. De fait, “les gens se déplacent dans les joutes bertsolaristiques car elles vont parler d’eux et de leur quotidien”. Un rire donc qui en dit long sur l’identité d’un peuple, d’un être : “Le rire délimite notre propre identité, ce que l’autre est. Les gens partagent le même humour à partir du moment où ils partagent une même utopie. Un militant abertzale ne partage pas le même humour qu’un militant du PP.”

Analyse politique

Le rire, ici, se fait la photographie d’une réalité politique : “Prendre un tel axe m’a permis de rayonner sur une analyse politique globale”, explique le chercheur. Et de ces recherches, Éric Dicharry établit deux distinctions, à commencer par un recul de l’autodérision, qui s’amenuise. Autrefois représentée par exemple avec le versificateur Mattin, les nouvelles générations ont davantage tendance à se tourner vers autrui. Second élément qu’avance Éric Dicharry : le conflit politique a noirci l’humour des bertsulari. L’exodérision étant certainement relié à ce contexte politique.

Ce à quoi l’anthropologue ajoute et conclut : “Maintenant que nous sommes entrés dans une autre ère politique, on va voir l’évolution et le tournant que vont prendre le rire et l’humour dans la société basque contemporaine.”

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