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Pays Basque

« La situation est dure, mais la solidarité réconforte »

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16/04/2013

Entretien avec Nahikari OTAEGI / Ex-militante de Segi, condamnée à six ans de prison

Giuliano CAVATERRA

Le 8 avril, huit jeunes de Donostia ont été condamnés à six ans de prison pour leur appartenance au mouvement de jeunes indépendantistes Segi. Nahikari Otaegi est l’une d’entre eux. Âgée de 29 ans et mère de deux enfants (trois ans et sept mois), elle va devoir partir en prison pour une durée de quatre ans et demi (elle a déjà passé un an et demi en préventive). Il lui est reproché sa militance au sein du mouvement de jeunes. Mouvement considéré comme organisation terroriste dans l’État espagnol depuis 2007.

Vous venez d’être condamnée à six ans de prison pour avoir milité au sein de Segi. Pouvez-vous nous rappeler l’origine de cette affaire ?

À l’automne 2007, une opération policière vise des jeunes indépendantistes à Donostia. Les personnes qui sont alors arrêtées font une garde à vue sous le régime de la mise au secret. Ils dénonceront après avoir été torturés. Elle sera suivie quelques jours après d’une seconde vague d’arrestations. Une vingtaine de personnes sont recherchées et six sont détenues qui dénoncent aussi avoir été torturées. Je faisais partie des personnes qui n’étaient pas chez elles au moment de l’arrestation.

À quel moment avez-vous été arrêtée ?

Ceux d’entre nous qui avions échappé aux arrestations avons manifesté notre désir de rencontrer le juge d’instruction, Fernando Grande-Marlaska. Nous avons été à Madrid, mais nous avons été arrêtés en nous rendant au tribunal. Nous n’avons pas été mis au secret et dans les 24 heures, nous avons rencontré le juge. La plupart d’entre nous ont été placés en détention. J’ai fait un an et demi de prison préventive et je suis libre depuis 2009.


Pourquoi avez-vous été mise en examen ?

Nous l’avons été pour appartenance à une organisation terroriste. Certains seulement pour avoir fait partie de Segi qui a été déclarée organisation terroriste en 2007 par l’État espagnol. À d’autres, on a reproché aussi des actes de kale borroka.


Puis vous avez été jugée…

En tout, nous étions 18 mis en examen. Un était en prison dans l’État français et n’a pas été jugé avec nous. Les 17 autres, nous avons eu un premier procès en 2010. Comme je venais d’avoir mon premier enfant, je n’ai assisté qu’au premier jour du procès. Nous avons refusé de nous exprimer, sauf ceux qui ont subi des tortures qui ont répondu aux questions de nos avocats. Le procès a été très dur pour eux car les policiers qui venaient témoigner disaient qu’il n’y avait eu aucun mauvais traitement. L’un des jeunes a même fait une crise d’angoisse à ce moment-là. À l’issue du procès, deux d’entre nous ont été acquittés. Pour les autres, nous avons été condamnés à six ans. Nous avons fait appel auprès du Tribunal suprême. Celui-ci a cassé le jugement et le procès a donc été refait très vite après. Mais la sentence était exactement la même. Il y a eu quelques phrases rajoutées au jugement, mais globalement, c’était le copier-coller du premier jugement, fautes d’orthographe incluses.


Qu’avez-vous fait alors ?

Nous avons de nouveau fait appel. Le procès a eu lieu en février et la sentence rendue il y a quelques jours. Sur 15 personnes, sept ont été acquittées. Je fais partie des huit condamnés.


Sur quelles bases ?

La déclaration d’une autre personne lors de son arrestation qui me désigne comme responsable de Segi dans mon quartier et la découverte chez moi d’un DVD intitulé “Kaiolatik At!” sur lequel apparaît le logo de Segi. Pour d’autres les “preuves” qu’on a trouvées chez eux sont des tee-shirts, des posters ou des disques ! La sentence n’a pas vraiment de fondements. Nous n’acceptons pas cette sentence. Surtout dans le contexte actuel au Pays Basque. Elle démontre une fois de plus l’immobilisme des États. Nous allons sans doute faire appel auprès du Tribunal constitutionnel, mais ça n’est pas suspensif et dans les prochaines semaines, nous allons donc être incarcérés.


Un mouvement de solidarité important s’est mis en place…

Oui, il y a eu une magnifique réponse populaire à Donostia. Notre situation est très difficile, mais cette solidarité est d’un grand réconfort. Au centre de Donostia, nous avons monté Aske Gunea (“l’espace libre”). Tous les matins, des colonnes partent de chaque quartier où il y a un condamné pour l’accompagner jusqu’à Aske Gunea et le retour se fait de la même façon. Des rassemblements ont lieu tous les soirs. La société a mis en place un véritable mur de protection autour de nous. C’est un véritable mouvement de désobéissance civile.

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