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Sujet à la une

ETICoop ou la nouvelle école du modèle coopératif

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16/04/2013


Carole SUHAS

Et si le système coopératif relançait l’emploi et la création d’entreprises au Pays Basque ? Ils sont plusieurs à y croire et à s’être engagés dans le projet ETICoop, l’École territoriale de l’innovation et de la coopération.

Elle a été imaginée par les caisses régionales du Crédit agricole d’Aquitaine et de Pyrénées-Gascogne, mais aussi par l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de l’université de Pau et des pays de l’Adour (Uppa), l’université bordelaise Montesquieu, l’Estia de Bidart et l’université de Mondragon, pour ne citer qu’eux.

Un premier appel à projets a été lancé le 26 mars dernier et les porteurs des dix propositions les plus abouties, choisis à la fin du mois d’avril, pourront bénéficier d’une formation gratuite à compter du 6 mai prochain, à Bordeaux. L’idée d’ETICoop est simple : accompagner tous les porteurs de projets, essentiellement des demandeurs d’emploi, des étudiants, des bénévoles d’association, des salariés en reconversion ou des bénéficiaires du RSA, à se lancer et à pérenniser leur activité, dans le respect des valeurs de coopération, d’innovation et de développement territorial.

Jean-Michel Larrasquet, professeur honoraire de l’université de Pau et des pays de l’Adour, enseignant à l’Estia et à l’université de Mondragon, et Xabi Etchevers, directeur d’agence au Crédit agricole, en sont convaincus : “C’est d’abord le contenu de l’activité qui doit primer sur les statuts de la structure.” Ou encore, “l’économie doit être au service des hommes et non pas l’inverse”. Dans les faits, ces grandes idées donnent toute son importance à un modèle d’activité coopératif qui est “garant d’emploi et d’un rôle dans la société plus large que celui de la ‘lucrativité’ immédiate”, estime Xabi Etchevers. Et qui balaie tout un système capitaliste qui s’essouffle.

“Le monde occidental est empêtré dans une crise dont il a du mal à se défaire”, analyse Jean-Michel Larrasquet, qui veut souligne, par le biais d’ETICoop, la nécessité de mettre en avant “les formes coopératives et solidaires, avec l’idée qu’on ne peut pas seulement appuyer sur la pédale de la solidarité, mais qu’il faut aussi celle de l’initiative et de la créativité”.

Et appuyer sur ces pédales ne s’improvise pas. C’est pour cette raison qu’ETICoop est née. Le cursus création d’entreprise qui vient d’être lancé sera décliné en trois phases : l’accompagnement et la formation des porteurs de projets, le plan de financement, puis le suivi post-création qui s’étalera sur trois ans, “à raison de trois ou quatre rendez-vous annuels”, assure Xabi Etchevers. Partant du constat que “sur deux créations d’entreprises, une dépose le bilan au bout de cinq ans”, les instigateurs d’ETICoop veulent bousculer les schémas de pensées des entrepreneurs. “Le problème, parfois, c’est qu’entre ce que l’on voulait faire au départ et le résultat final, il y a un fossé qui se creuse” à la suite de toute une série d’arbitrages au sein de l’entreprise, explique Jean-Michel Larrasquet. La formation ETICoop veut au contraire inclure tous ces arbitrages dès la naissance du projet. “Au lieu d’incorporer des choses au fur et à mesure, comme des rustines, le projet a une identité forte dès le départ.”

D’autant plus que les séances de formation, qui seront d’abord collectives, devraient permettre une émulation, qui, Jean-Michel Larrasquet l’affirme, ne peut que renforcer un projet. Des séances de coaching individuel seront mises en place par la suite.

Un nouveau comité d’évaluation se réunira une nouvelle fois en fin de formation, en compagnie de banquiers, pour assurer la faisabilité financière des projets. Pour Jean-Michel Larrasquet, le message doit être limpide, “il n’est pas question d’assécher ce qui existe déjà ou de prendre la place de quelqu’un avec ETICoop. Nous ne venons pas en donneurs de leçon, mais nous voulons apporter plus à ce qui se fait déjà”. Le fait est que la différence d’ETICoop, c’est bien sûr la capacité de financement qui est assurée (sous conditions bien sûr) par le Crédit agricole.

“Financiarisation à outrance”

L’IAE de Pau et Bayonne, dirigé par Camille Chamard et rattaché à l’Uppa, devrait intervenir en tant que formateur dans le projet ETICoop. Pour lui, ETICoop “est une grande première”. “Le système coopératif a longtemps été placé au second plan avant de revenir sur le devant de la scène ces dernières années”, estime-t-il. L’explication en est simple : “Le contexte financier actuel a remis au goût du jour les valeurs d’actionnariat. Nous avons vu les limites du système capitaliste classique et en parallèle les coopératives ont quand même montré l’exemple en prouvant qu’elles pouvaient être modernes.”

Xabi Etchevers voient aussi les avantages des banques. “Les banques régionales prennent conscience du lien, qui s’était un peu perdu dans la financiarisation à outrance, entre la création d’entreprises et le territoire.”

Partie recherche et développement

ETICoop construit aussi un pan recherche et développement. En collaboration avec l’IAE de Bordeaux IV et de l’Uppa, avec l’Estia et éventuellement avec l’université de Mondragon – “nous n’avons pour l’instant pas de solution juridique de financement” – ETICoop veut mener une “recherche-action”, dans les mois à venir.

Ici, “pas de recherche ésotérique, mais des propositions construites avec les acteurs du territoire”, réparties selon trois axes, développe Jean-Michel Larrasquet.

Le premier sujet d’étude sera celui des circuits courts, ou plus précisément “comprendre la multiplication de ces initiatives (Amap ou Scop, par exemple) qui ‘impactent’ le développement territorial et le lien entre le rural et l’urbain”.

Une autre partie de la recherche sera consacrée à l’étude des initiatives en elles-mêmes. Comment se sont-elles construites, quelles connexions ont-elles, quels rapports entretiennent-elles avec les institutions, sont quelques questions que pourront se poser les chercheurs pour décortiquer les exemples.

Le troisième et dernier axe de recherche sera dirigé vers les acteurs institutionnels des territoires : départements, mairies, communautés de communes, régions, chambre d’agriculture départementale et celle du Pays Basque. Sans oublier les financeurs, autrement dit les banques. “L’enjeu est de bousculer les modes de fonctionnement des financements ainsi que leurs critères en leur apportant assez d’éléments d’étude pour les convaincre de changer”, explique Jean-Michel Larrasquet. 

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