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Bioluz dernière née des coopératives au Pays Basque

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22/03/2013


Béatrice MOLLE

Les seuls capables d’accepter des dividendes légers, ce sont les salariés”, affirme Pierre Combroux, pharmacien et tout nouveau directeur général de la désormais Scop (société coopérative et participative) Bioluz, laboratoire pharmaceutique implanté à Saint-Jean-de-Luz dans la zone Jalday et spécialisée dans le remplissage de poches souples stériles. Depuis le 24 février dernier, Bioluz appartient à ses salariés.

Retour en arrière : le tribunal de commerce de Bayonne avait placé Bioluz (7,3 millions d’euros de chiffre d’affaires) en redressement judiciaire en avril 2012, à la suite de difficultés économiques. Fondée en 1979 par les pharmaciens Michel et Mariannik Etchenaussia, Bioluz avait été rachetée par Technoflex basé à Bidart en 2007. Le 25 février dernier, le projet de reprise présenté par 35 employés sur 39 regroupés en Scop a été validé par le tribunal. Suite à ces difficultés financières occasionnant le redressement judiciaire, l’entreprise s’était stabilisée. Une diminution salariale a été opérée et des mesures d’économie prises.

Offre d’un laboratoire parisien

Pourtant, la société parisienne Pharmadine avait formulé une offre d’un montant supérieur de 160 000 euros à celle présentée par les employés, mais le dossier de la Scop était solide avec notamment les garanties apportées quant à la préservation des emplois sur place. Par ailleurs, la nouvelle coopérative a prévu d’investir 1,4 million d’euros dans les trois années à venir et les organismes bancaires ont donné leur feu vert. Les collectivités territoriales, ville, région et conseil général, ont également apporté leur soutien au projet de coopérative des salariés.

Cerise sur le gâteau, un important contrat devrait être signé très prochainement avec un laboratoire vétérinaire. Désormais, Bioluz est une coopérative et n’appartient plus au groupe Technoflex.

Le directeur général de la Scop Bioluz, Pierre Combroux, travaillait dans l’entreprise depuis 2001 : “Nous nous sommes retrouvés dans une situation financière un peu compliquée. Soit nous trouvions quelqu’un qui assumait les créances, mais continuait d’essayer de gagner sur le court terme. Soit nous choisissions de nous recentrer sur notre cœur de métier, le remplissage de poches souples stériles. C’est ce que nous avons fait.” Et le directeur insiste : “Le choix de la Scop n’est pas idéologique, mais pragmatique. Au pied du mur, nous avons choisi la meilleure formule pour sauver nos emplois et l’entreprise. Dans un système coopératif, les associés sont prêts à attendre quelques exercices avant de toucher des retours sur investissement.”

Les employés ont été aidés dans le montage du dossier par l’union régionale des Scop et Bioluz possède aujourd’hui une capacité de production quasi pleine. Il faut savoir que dans l’État français, il y a de moins en moins de laboratoires indépendants et Pierre Combroux ajoute : “Encore moins en coopérative.” Il est d’ailleurs le seul (voir ci-contre).

Montage financier

Selon nos sources, le capital de la Scop Bioluz s’élèverait à 100 000 euros. “Quand vous constituez une Scop, tous les salariés ne sont pas obligés de prendre des actions. L’idée est de mobiliser un capital à plusieurs, afin d’avoir de l’argent auprès des banques pour être crédibles. Il fallait, indépendamment du montant du capital, l’adhésion de tous les salariés”, explique aussi Pierre Combroux.

Fonctionnement de la Scop

Le personnel nous a expliqué que le fonctionnement de Bioluz depuis qu’elle est devenue une coopérative reste comme celui d’une SA (société anonyme). Avec un conseil d’administration qui est élu et qui rend compte aux actionnaires de la situation financière une fois par an. “Car à 35 [nombre d’actionnaires de la Scop], ce serait le bazar !”, souligne une actionnaire. Il y a aussi un comité de direction.

“Nos objectifs sont plutôt de limiter les risques. Nous avons une logique de prudence”, explique Pierre Combroux. Quant au fonctionnement quotidien, le directeur explique que l’entreprise était déjà dans “une logique de communication très forte” depuis le redressement, et la nouvelle structure permet de renforcer les échanges entre tous les salariés.

Objectifs à long terme

Si aujourd’hui la coopérative Bioluz ne perd plus d’argent, il reste maintenant à améliorer la situation. “Notre objectif est d’augmenter le chiffre d’affaires. Nous souhaitons maintenir un outil industriel autonome. Produire moins cher, c’est facile. Nous souhaitons valoriser notre savoir-faire qui est un peu particulier”, précise Pierre Combroux. L’expérience est donc plus que positive, l’entreprise est restée soudée au niveau des cadres et de la maîtrise, estime Pierre Combroux : “Dans des crises comme celle que nous avons vécue, il y a souvent de la dispersion. Ici, tout le monde est resté soudé pour construire quelque chose.”

“On se garantit l’emploi dans le coin”

Marie-Pierre Duhart-Etchenausia est une “historique” de Bioluz. Chargée de la gestion administrative du personnel, elle est entrée dans l’entreprise dès sa création en 1979. Elle fait partie des sept actionnaires salariés internes élus au sein du conseil d’administration de la Scop.

“Nous avons des produits à marge réduite, mais notre force, c’est que l’on est une petite structure qui réalise de petites séries. Cela nous permet d’avoir une niche et nous avons été pionniers dans ce secteur”, explique-t-elle, avant d’ajouter que les actionnaires de la Scop ont accepté de verser de manière échelonnée une mise initiale de chacun correspondant à cinq mois de salaire.

Un sacrifice que la jeune femme ne regrette pas : “On se garantit l’emploi dans le coin”, lance-t-elle. Car beaucoup d’expériences passées dans d’autres entreprises en difficulté ont vu des repreneurs qui au bout de deux ans ramenaient le siège social à Paris ou une autre ville avec obligation pour les salariés de suivre le déménagement. “Au départ, l’idée de reprise nous semblait hors de portée. C’est un magasinier qui a lancé l’idée. Et pourquoi pas une coopérative ? Nous nous sommes renseignés sur la faisabilité d’un tel projet et tout le monde a joué le jeu. À nous maintenant de pérenniser le projet”, conclut Marie-Pierre Duhart-Etchenausia.

Premier laboratoire pharmaceutique en Scop

Selon la Confédération générale des Scop, qui fédère dans l’ensemble des coopératives de l’État français, Bioluz est le premier laboratoire pharmaceutique qui a adopté cette forme juridique.

Pour un professionnel de ce milieu, “c’est un secteur qui n’a pas de difficultés à lever des fonds”.

Reste que les investisseurs et actionnaires d’entreprises classiques souhaitent avoir des retours rapides sur leurs investissements et privilégient souvent le court terme au long terme. Dans le cas de Bioluz, même si l’entreprise a connu des difficultés économiques ces dernières années, elle avait démontré sa rentabilité et son savoir-faire.

Pour les actionnaires salariés de la Scop Bioluz, la rentabilité à long terme n’est pas un problème. Ils souhaitent juste sauver l’entreprise et vivre de leur travail.

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