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Sujet à la une

Ikea sera-t-il à la hauteur sur la question de l’emploi ?

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07/03/2013

Giuliano CAVATERRA

L’arrivée d’Ikea et d’un centre commercial sur la zone d’Ametzondo a de quoi nourrir les espoirs. L’annonce de la création de 1 100 emplois sans compter les emplois induits n’est pas à négliger, surtout en ces temps de crise. Élus de Bayonne, Mouguerre et Saint-Pierre-d’Irube ne ménagent donc pas leurs efforts pour favoriser l’implantation du géant suédois de l’ameublement. De même que responsables de la chambre de commerce et d’industrie (CCI). Seuls les opposants au projet de l’association Mouguerre cadre de vie mettent un bémol, car pour eux, il risque d’y avoir des destructions d’emplois ailleurs.

Tous les acteurs concernés annoncent le chiffre de 1 100 emplois. Un chiffre confirmé par les représentants d’Ikea et d’Inter Ikea lors d’une réunion à la sous-préfecture à la mi-février. Cette réunion, dont s’était fait l’écho Sud Ouest, avait réuni aussi les représentants de Pôle emploi et de la Maison de l’emploi. C’est en tant que président de cette dernière structure et initiateur de ladite réunion que Christian Millet-Barbé y participait. Selon lui, les chiffres annoncés ne sortent pas de nulle part. “Ikea et Inter Ikea ont de l’expérience, ils se basent sur les chiffres de centres commerciaux similaires.” Selon lui, il est acquis qu’Ikea recrutera 300 personnes. Un chiffre plausible puisque Ikea emploie environ 9 000 personnes dans l’Hexagone dans lequel il dispose de 27 magasins. Ce qui fait une moyenne de 330 salariés par surface commerciale. Mais tous les salariés ne travaillent pas dans des magasins. D’autant plus que les deux derniers magasins ouverts à Reims et Avignon, tous deux d’une surface de vente de moitié inférieure à celle prévue à Bayonne, emploient 250 et 280 salariés. Le reste des emplois se partageant entre le magasin Carrefour, “qui offrira 170 emplois”, les douze moyennes surfaces et les 80 boutiques et restaurants qui doivent s’implanter sur le site.

Sont annoncés également environ 100 emplois induits. “Il s’agit des personnels d’entretien, de sécurité, etc.”, explique l’adjoint au maire de Bayonne, qui ajoute que “des entreprises locales participeront aux travaux”. C. Millet-Barbé affirme qu’Inter Ikea, qui gère le centre commercial, s’est engagé auprès de la Maison de l’emploi à mettre en place “une clause d’insertion afin de prioriser l’emploi local” pour tous les marchés qui seront passés. Tout du moins en ce qui concerne le second œuvre puisque les marchés pour le gros œuvre étaient déjà passés.

En ce qui concerne Ikea, sur les 300 emplois prévus, 40 sont des postes de cadres. Pour ceux-ci, “Ikea va réaliser un recrutement national”, indique le président de la Maison de l’emploi. “Ils vont d’abord proposer ces postes en interne. Les postes qui ne seront pas pourvus par ce biais-là seront ensuite proposés au niveau local. Par contre, les 260 autres postes seront ouverts sur le territoire. Il s’agira de postes de vendeurs, caissiers, de gestionnaires de stock, etc.” Il faudra aussi des personnels de cuisine et de service pour le restaurant du magasin. De même, pour le supermarché et la galerie, il faudra des personnels de vente, de caisse, de mise en rayon, de logistique, etc. Et là aussi, du personnel de restauration.

“Le recrutement débutera six mois avant l’ouverture, en ce qui concerne Ikea. En effet, une fois celui-ci effectué, les personnes embauchées iront en formation trois mois sur les magasins de Bordeaux et Toulouse”, indique C. Millet-Barbé.

Pour ce qui est de l’enseigne d’ameublement, ce recrutement se fera d’abord sur la base des aptitudes. “C’est la méthode de recrutement par simulation. Les candidats seront mis en situation. Ce n’est que dans un deuxième temps que seront examinés les CV.” La Maison de l’emploi, quant à elle, aidera à la formation des demandeurs d’emplois souhaitant postuler sur les postes ouverts dans le centre commercial (hors Ikea).

Si les élus se réjouissent de ces nouvelles, l’association Mouguerre cadre de vie, elle, met un bémol à ces annonces. Les opposants au projet estiment en effet que les 1 100 emplois annoncés ne seront pas tous liés à des créations pures, mais aussi à des transferts. Pour ce qui est de Carrefour, Viviane Ditcharry estime peu probable des transferts depuis le magasin de BAB2. Tout d’abord parce que même si le nom de l’enseigne est le même, c’est un “affilié” qui s’installera à Ametzondo. “Il n’y aura pas la même convention collective”, ajoute la syndicaliste. “Et puis à Anglet, ils doivent agrandir”, rappelle-t-elle également. Par contre, sur les 17 autres enseignes ayant confirmé leur présence dans la future galerie marchande, un certain nombre est déjà présent en centre-ville (Afflelou, Krys, Jules, Julien D’Orcel, etc.) et rien n’indique qu’elles ne transféreront pas leur activité vers la zone commerciale. Même si, selon Emmanuel Breton d’Inter Ikea cité par Sud Ouest le 2 mars, “les boutiques du centre ayant prévu de rejoindre Ikea s’engageront à rester dans le cœur de Bayonne”.

Mouguerre cadre de vie indique en outre qu’aucune “étude d’impact sur l’emploi n’a été réalisée sur la zone de chalandise”. L’association estime que pour un emploi créé dans la grande distribution, trois disparaissent dans le petit commerce. Pour l’association, il est illusoire de croire que les 1 100 emplois créés à Ametzondo sont synonymes de 1 100 chômeurs de moins.

 

Les conditions de travail chez Ikea

L’autre question qui se pose à propos de l’emploi est celle du type de contrats proposés (CDI, CDD, temps plein ou pas, rémunération…). A priori, Ikea soigne son image “sociale” : parité, salaires minimums au-dessus du salaire minimum légal, etc. D’après Libération (14 mars 2012), 86 % des salariés d’Ikea France seraient en CDI, 73 % travailleraient à temps complet. Et le salaire minimum au sein de l’entreprise est supérieur de 9 % au Smic. Pour ce qui est du futur magasin bayonnais, les responsables se seraient engagés sur 65 % de CDI, et “c’est un minimum, ça sera peut être plus”, précise Christian Millet-Barbé. Aucune précision n’a été donnée en revanche sur les temps pleins. Mais les représentants de l’enseigne suédoise se seraient engagés aussi à ce qu’il n’y ait aucun “temps partiel subi” et, selon l’élu bayonnais, en disant cela, ils se référaient aux CDD : “On pourrait en déduire que les CDI seront des temps pleins”, ajoute-t-il. Il confirme que le recrutement se fera de façon à respecter la parité homme/femme et qu’en outre des “seniors” seront embauchés, sans que soit précisé dans quelle proportion.

Mais là encore, il y a un hic. En effet, la bonne image sociale d’Ikea s’est quelque peu fissurée ces dernières années. Dans l’État français, outre le scandale du “fichage” des salariés et de certains clients, des grèves ont éclaté à plusieurs reprises, que ce soit à propos de négociations salariales ou de conditions de travail. L’année dernière, c’est au magasin de Barakaldo (Bizkaia) que cette image a été battue en brèche.

Là-bas, le syndicat LAB dénonçait en juillet dernier la perte “de 160 postes de travail depuis le début de la crise” par le biais de fin de contrats à durée déterminée, mais aussi “de licenciements”, expliquait alors le syndicat. Pour LAB, la plupart de ces licenciements étaient “abusifs”. De plus, LAB indiquait que certains salariés avaient été changés de catégorie ou avait vu leur nombre d’heures de travail réduit. L’ensemble des syndicats représentés au sein du comité d’entreprise d’Ikea Barakaldo (ELA, LAB, UGT et CCOO) avait également dénoncé le cas d’une employée licenciée. Celle-ci, souffrant de problèmes de dos liés à son poste de travail, a été licenciée plutôt que changée de poste. Les syndicats relevaient aussi le fait que des employés qui voulaient, eux, pour des raisons familiales, réduire le nombre d’heures travaillées ne voyaient pas leur contrat renouvelé ou étaient licenciés.

Dans l’État français, les responsables syndicaux font aussi état de pressions sur les syndicalistes. Dans son numéro 3045, FO Hebdo faisait état d’une grève à Ikea Paris Nord car les salariés dénonçaient des “changements d’organisation dans les horaires de travail”. Hocine, le représentant FO de ce magasin, expliquait au quotidien Libération en juin dernier que des plannings étaient changés du jour pour le lendemain ou que certains de ces collègues avaient dû rester deux heures de plus au magasin sans du coup pouvoir aller chercher leurs enfants à l’école. Plus globalement, les syndicalistes dénoncent des pertes d’emplois (150 au magasin de Franconville depuis l’ouverture) qui conduisent à des sous-effectifs. Ce qui a pour conséquence supplémentaire d’énerver les clients.

Si chez Ikea le tutoiement est de rigueur entre tous les salariés quel que soit leur rang dans la hiérarchie, l’image sociale du groupe s’est bel et bien fissurée tant dans l’État français que dans l’État espagnol.

 

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