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Sujet à la une

Pour l’aéroport de Biarritz, le territoire est un atout

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16/02/2013

Giuliano CAVATERRA

Avec près de 5 % de hausse du nombre de passagers en 2012 et des ouvertures de ligne annoncées, l’aéroport de Biarritz traverse plutôt bien les turbulences qui secouent le transport aérien en ce moment. L’attractivité du territoire, un trafic diversifié et la concurrence induite par la présence des compagnies à bas prix sont certains des éléments qui permettent d’expliquer cette bonne santé. Pour autant, le contexte économique n’incite pas les responsables de l’aéroport à faire des prévisions optimistes sur le court terme.

L’une des clés est donc la présence de compagnies à bas prix comme easyJet, Ryanair ou encore Volotea. “Cette présence est une chance pour nous car elle permet une concurrence sur des destinations comme Paris, mais aussi des ouvertures de lignes nouvelles”, explique Didier Riché, le directeur de l’aéroport. Mais lorsque l’on parle compagnies à bas prix, on pense à ce qui s’est passé à l’aéroport de Pau qui a arrêté de verser des subventions à Ryanair, accusant la compagnie de “chantage”. Celle-ci a du coup quitté Pau pour d’autres aéroports, dont Biarritz. Les compagnies low cost sont-elles donc à Biarritz parce que subventionnées ? Non, répondent en substance élus et responsables de l’aéroport. En fait, la plupart des compagnies de ce type fonctionnent en offrant un service simplifié, du point de départ au point d’arrivée, et en faisant du revenue management. C’est-à-dire une gestion des places disponibles afin d’optimiser le chiffre d’affaires. Seule Ryanair, en fait, réclame des subventions. Théoriquement, les aéroports n’ont plus le droit de lui en verser, la compagnie ayant d’ailleurs été condamnée en 2004 par la Commission européenne à rembourser des aides reçues. Ce sont donc des collectivités locales qui subventionnent la compagnie. Selon le site de l’observatoire des subventions, la compagnie irlandaise aurait reçu 3,7 millions d’euros entre 2000 et 2006. Le conseil régional d’Aquitaine, lui, refuse toute subvention à Ryanair. “Notamment”, pointe le conseiller régional bayonnais Mathieu Berger, “parce qu’ils ont une politique sociale désastreuse”. Car si la région n’a pas la compétence des transports aériens, elle intervient pour soutenir les aéroports de son territoire avec des aides d’investissements liées à l’amélioration des infrastructures. Ainsi, dans son règlement d’intervention, la région stipule que “les financements relatifs aux aides [dites “marketing”] pour l’ouverture de nouvelles lignes ou fréquences” sont inéligibles aux aides qu’elle accorde.

Mais ce qui attire fondamentalement les compagnies à Biarritz, c’est l’attractivité de la côte basque. “La région est notre principal atout”, affirme Didier Riché. Le conseiller régional Mathieu Berger est sur la même longueur d’ondes : “Les compagnies sont intéressées par Biarritz parce qu’elles savent qu’elles vont remplir leurs avions.” Et si le nom Biarritz a un rayonnement déjà bien ancré, le travail est continu pour le rendre plus attractif encore. Une tâche qui incombe pour une grande part à l’office de tourisme de Biarritz. Ce qui a permis par exemple d’attirer des touristes du nord de l’Europe.

De façon surprenante, depuis plusieurs années, des lignes sont mises en place vers Copenhague, Helsinki ou encore Stockholm. La grande compagnie scandinave SAS va d’ailleurs ouvrir une ligne vers Copenhague en 2013. Il y avait pourtant déjà eu une tentative il y a quelques années. “Si les destinations Copenhague et Helsinki se sont arrêtées, ce n’est pas parce qu’elles ne marchaient pas”, indique Didier Riché. “Mais pour des raisons techniques liées aux compagnies qui les desservaient”. En fait, les Scandinaves restent très attirés par Biarritz. Mais sur ces destinations, on travaille plutôt à l’import, peu de locaux partent en vacances en Scandinavie même s’il est à noter que Ryanair maintient sa destination vers Stockholm, ce qui signifie qu’il y a un public pour cette destination.

Mais pourquoi la Scandinavie et pas l’Italie par exemple ? D’autant que ces derniers étés, on a vu de plus en plus de touristes italiens fréquenter la côte basque. “On nous a signalé ce fait à de nombreuses reprises. Nous avons fait des études et a priori, il n’y a pas le potentiel. Dans l’autre sens non plus car il n’y a pas sur notre territoire une masse de clients potentiels suffisante. De plus, c’est une destination qui est déjà desservie par Bordeaux, Toulouse et Bilbao.”

Pour ce qui est de l’État espagnol, Didier Riché rappelle la proximité de l’aéroport de Donostia-Hondarribia. Le petit aéroport voisin ne dessert que Madrid et Barcelone et l’été Bruxelles et Majorque. “Il y a une espèce d’accord tacite, on ne leur fait pas de concurrence sur l’Espagne”, indique le directeur de l’aéroport. Car malgré leur proximité et les discours récurrents des politiques sur les synergies à trouver entre les deux plates-formes, il n’y a en fait actuellement aucune collaboration officielle entre elles. Didier Riché n’y verrait d’ailleurs aucun inconvénient. En revanche, il ne voit pas l’intérêt d’un groupement d’intérêt économique avec Pau, comme cela avait été un temps envisagé par le conseil général. “La seule chose que nous avons en commun, c’est d’être dans le même département. Pau a plus intérêt à travailler en complémentarité avec Tarbes et nous avec Fontarrabie”, estime-t-il.

Situation de l’aéroport du BAB

L’aéroport de Biarritz est le deuxième d’Aquitaine derrière Bordeaux (4,38 millions de passagers) et le second du Pays Basque derrière Bilbo (4,17 M). Ce qui fait vivre l’aéroport, ce sont les redevances versées par passager et par vol. Les redevances tiennent comptent aussi de la taille de l’appareil. Ainsi, la baisse du nombre de vols peut être compensée par des appareils plus gros. Mais le gros du trafic est essentiellement dû à l’aviation générale (hélicoptères, aviation légère, aéro-clubs et même ULM), soit 23 000 mouvements sur les 35 000 que connaît l’aéroport. Une activité qui ne rapporte pas, mais qui est dans le cahier des charges de la plate-forme. La crise économique actuelle a entraîné une baisse sensible du nombre de voyages d’affaires sur les lignes régulières, mais elle a été compensée par une hausse du tourisme. Ce qui inquiète les responsables, c’est que la situation économique ne permet pas d’avoir de visibilité à court terme. On ne sait pas si 2013 confirmera ce qui s’est passé en 2012 ou verra s’effondrer le trafic aérien. En revanche, le secteur de l’aviation privée se porte bien. Touristes fortunés allemands ou russes, hommes d’affaires ou riche propriétaires d’une résidence sur la côte basque, ils sont nombreux et avec des appareils de plus en plus gros à fréquenter l’aéroport. Celui-ci bénéficie aussi de quelques vols organisés par des voyagistes vers les pays de l’Est de l’Europe ou encore Venise. Un trafic diversifié, donc, qui est l’un de ses atouts.

Les aéroports au Pays Basque sud

Au Pays Basque Sud, il existe un aéroport par province :

- Bilbo : Le plus important des aéroports du Pays Basque, il est comparable à celui de Bordeaux. Malgré la crise et la disparition de la compagnie Spanair, le nombre de passagers a augmenté en 2012. Il a connu par contre une forte baisse du fret et du nombre de mouvements.

- Gasteiz : aéroport ancien, il n’a jamais réussi à concurrencer Bilbo. Depuis le milieu des années 1990, il est surtout un aéroport de fret. Le départ de Ryanair en 2004 fait qu’il n’y a quasiment plus de trafic voyageurs.

- Iruñea : vols vers Madrid et Barcelone et l’été vers Lisbonne et Lanzarote.

- Donostia : aéroport contraint par sa situation géographique. Il a perdu beaucoup ces dernières années, mais a plutôt bien résisté en 2012.

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