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Culture

« Dans l’Église, le fossé s’est clairement creusé »

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12/02/2013

Entretien avec Michel ORONOS / Auteur de Enfin don Aillet vint

Cécile VIGNAU

Après 300 exemplaires déjà épuisés et une réédition en cours, l’ouvrage de Michel Oronos fait mouche. Enfin don Aillet vint, édité aux éditions Zortziko, est un pamphlet à l’égard du prélat bayonnais, nommé à l’évêché depuis le 30 novembre 2008. Un livre qui fait se délier les langues comme les plumes, en vue de dénoncer les agissements et mesures “intégristes” de Marc Aillet. Michel Oronos revient sur de nombreux faits, parmi lesquels le récent Colloque international pour la vie à Biarritz en décembre 2012, ou encore l’interdiction d’un concert chorale en faveur des ikastola en l’église Saint-André de Bayonne, pour ne citer que ces exemples-là. Michel Oronos livre ici la genèse de l’ouvrage, ainsi que sa lecture d’un personnage “traditionaliste”.


Pouvez-vous revenir sur le point de départ de l’ouvrage ?

Il y a d’abord eu la nomination du chanoine Aillet à l’époque, annoncé comme évêque de Bayonne. Nous connaissions son parcours par le biais d’Internet, où il avait exercé, ses idées. Ensuite, deux mois après son sacre en tant qu’évêque, il a pris position en faveur du pape qui venait de réintégrer les quatre évêques précédemment condamnés*. Ce qui démontre bien de quel côté il est. Une autre raison, très personnelle : la radio de l’évêché Lapurdi Irratia a censuré le livre que je venais de publier à ce moment-là, Le Testament du chanoine S., et qui décrit l’exclusion dans l’Église catholique entre 1954 et 2008. Ces trois raisons m’ont poussé à aller voir ce qu’il se passait à Bayonne avec cet évêque. J’ai commencé à prendre des notes. L’ouvrage est un carnet, il ne s’agit pas d’un livre forcément très construit, mais plutôt d’un carnet désordonné au fil des jours.


Vous insistez sur la notion d’intégrisme.

Certaines thématiques précises sont apparues, autour desquelles j’ai fait quelques regroupements. Les principaux thèmes étant ses relations avec le monde traditionaliste et intégriste, ce que j’ai intitulé “Pèlerinage en Tradiland”.

Quand on flirte avec le traditionalisme et l’intégrisme, on n’est pas loin des idées politiques d’extrême droite. Ce que nous avons pu vérifier dans le cas de Mgr Aillet et qui n’est pas normal pour un évêque.


Vous évoquez plus haut Lapurdi Irratia. La censure vient du fait de la nomination d’un proche de Mgr Aillet à sa tête ?

Tout à fait. Mgr Aillet est arrivé avec un secrétaire de sa mouvance. Il a ensuite recruté un chargé de communication, Olivier Drapé, à la tête du service diocésain de documentation et d’information de l’évêché. Un trio venu de l’extérieur et qui fonctionne bien ensemble.


Vous écrivez en français comme en basque. Cet ouvrage est en français, une volonté de diffusion ?

Oui, bien sûr. Il est écrit en français pour une plus grande diffusion. C’était le moyen de lui conférer une plus grande ampleur que cela n’aurait été en langue basque.


Vous distinguez deux courants dans l’Église. Pensez-vous qu’avec des personnages comme Mgr Aillet le fossé se creuse ?

Le fossé s’est creusé très clairement. Des personnes sont très proches de lui, quasi fanatiques. La séparation est claire. C’est aussi apparu avec la déclaration du groupe de chrétiens catholiques Baptisés 64.

Je me rends aussi bien compte avec la diffusion de mon livre qu’il s’est beaucoup vendu. Une réédition est prévue à la suite d’une rupture de stock. J’ai l’impression maintenant que les langues se délient, que ceux qui n’osaient pas parler jusqu’à présent le font, il y a toujours une peur de l’autorité qui menace facilement de l’enfer. À l’heure actuelle, les gens sont plus libres de parler et disent : “Oui, c’était exactement les doutes que nous avions sur la personnalité et la pastorale de cet évêque.” On ne peut pas parler de schisme, c’est un très grand mot, et grave. Mais il y a deux tendances très nettes en Iparralde.


Les sympathisants de Mgr Aillet vous taxent de “générationnel”.

Je pensais que c’était plutôt les intégristes et les traditionalistes qui étaient des générationnels. S’ils lisent le livre – ils ne le liront probablement pas –, ils verront que je cite à un moment donné le Béarnais qui fut cardinal de Bordeaux, Pierre Eyt. Il donne très clairement la définition d’un traditionaliste, d’un intégriste. Et il insiste sur le fait que c’est quelqu’un d’attaché aux rites, aux pensées, aux idées anciennes, d’avant le concile.


Parlez-nous des éditions Zortziko.

Il y a une  dizaine d’années, j’ai commencé à publier La Noce basque. À cette époque, je voulais écrire ce livre très librement, écrire ce que j’avais envie d’y mettre. J’ai donc décidé d’éditer à compte d’auteur, en prenant pour nom Zortziko. Depuis, d’autres de mes ouvrages ont vu le jour aux éditions Zortziko, en particulier le dernier, en langue basque, Deklinabide. Zortziko me permet de disposer d’une pleine liberté, c’est ce que je recherche.

 

*Le pape Benoît XVI avait levé l’excommunication prononcée en 1988 par Jean-Paul II contre les quatre évêques traditionalistes ordonnés par Mgr Lefebvre, dont celle de son successeur, Mgr Bernard Fellay, ainsi que celles d’Alfonso de Gallareta, Bernard Tissier et Richard Williamson, ce dernier mettant en doute l’existence des chambres à gaz.

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