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Pays Basque

ELB fête ses 30 ans de combat syndical

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26/12/2012

Pierre MAILHARIN

Avant, “il y avait un syndicat unique : la FDSEA”, rappelle Panpi Sainte-Marie. Mais ça, c’était avant, comme dirait une publicité pour lunettes. Avant la naissance d’Euskal Herriko Laborarien Batasuna, plus connu sous le diminutif d’ELB. La date : 1982, “quand Mitterrand est arrivé au pouvoir et qu’il a autorisé le multisyndicalisme”, déroule le secrétaire général de l’organisation, qui fêtera ses 30 ans samedi à Irissarry (détails ci-dessous).

Au commencement, donc, un seul syndicat, la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA), qui fait cohabiter “des gens avec une vision collective et d’autres plutôt de droite”, schématise P. Sainte-Marie. Le deuxième courant est largement majoritaire. “Ceux qui allaient créer ELB ont essayé de batailler de l’intérieur, à la section ovine. Comme ils n’y arrivaient pas, il se sont dits : ‘Il faut qu’on crée nous-mêmes quelque chose.’”

Ces fondateurs s’appellent Michel Berhocoirigoin, Arño Cachenaut, Bernadette Oillarburu, Peio Iralour. Entre autres. Ils décident de former un syndicat, qui sera affilié à la Confédération paysanne, répondant à deux caractéristiques imbriquées à leur sens : la défense d’un modèle agricole et de la spécificité culturelle basque : “Avant, tout était centré sur Pau, avec une vision de la plaine, des céréaliers, des grandes exploitations. Alors qu’ici, nous sommes sur des problématiques d’élevage, de petites surfaces de montagnes, de défense des petites fermes”, revendique P. Sainte-Marie.

Une moitié des paysans basques

Qualité contre quantité, éleveurs versus céréaliers, le clivage peut s’installer. FDSEA en Béarn et ELB au Pays Basque ? Trop simple. L’ex-syndicat unique reste très fort localement. ELB doit labourer pour récolter les premiers fruits électoraux. “On s’est présentés pour la première fois aux élections [de la Chambre d’agriculture, ndlr] en 1983, on a obtenu 30 % au Pays Basque. On est montés à 42 % au deuxième coup, puis 51 et quelque. On a progressivement obtenu la reconnaissance de la moitié des paysans”, se félicite l’agriculteur de Lantabat.

Malgré tout, ELB demeure très minoritaire à la Chambre d’agriculture, du fait du mode de scrutin départemental et de la prime des sièges au vainqueur. S’il pousse sur le terrain à la constitution de labels et certifications (AOC Ossau-Iraty, piment d’Espelette, Idoki…), il ne peut globalement faire entendre sa voix et se sent méprisé : “Deux phrases d’un ancien président de la Chambre sont restées : ‘Ne parlent que ceux qui existent’ et ‘On ne peut pas être nombreux et heureux’”, se souvient P. Sainte-Marie.

Le combat pour EHLG

Démarre alors le combat pour la création d’une Chambre d’agriculture du Pays Basque : “Malgré la pression des élus, on n’a pas voulu nous la donner. On a alors décidé de la créer nous-mêmes avec l’aide de la société civile.” Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG), la “Chambre d’agriculture du Pays Basque”, voit le jour le 15 janvier 2005.

Non reconnue par l’État, elle subit les foudres de ses représentants locaux, qui lui intentent procès sur procès. Sans succès. L’association EHLG s’enracine à Ainhice-Mongelos, où ELB – auparavant à Saint-Jean-Pied-de-Port – prend aussi ses quartiers. La visite du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, en octobre dernier à Lurrama, le salon organisé tous les ans par l’association, constitue une forme de reconnaissance implicite.

Pour le syndicat basque, la bataille n’est cependant pas terminée : “EHLG fait du conseil, de l’orientation, mais n’a pas la main sur la Commission départementale d’orientation agricole, qui est le lieu où se décide l’octroi des aides, l’outil pour mettre en place une politique agricole”, souligne le secrétaire général.

D’où la volonté d’ELB de continuer à lutter pour obtenir une Chambre officielle. En attendant, il a choisi, pour la première fois, de faire liste commune avec la Confédération paysanne Béarn lors du renouvellement de la Chambre des Pyrénées-Atlantiques en janvier prochain. “Il y a un débat pour l’obtention d’une collectivité territoriale Pays Basque. S’il y a cette collectivité, il y aura une Chambre officielle. L’agriculture est en pleine crise. Pour parler d’une même voix face à la FDSEA et le bulldozer libéral, on a décidé d’aller ensemble avec les Béarnais”, justifie P. Sainte-Marie, qui souhaite ainsi “essayer de foutre dehors les idées de la FDSEA”. Sacré défi. ELB a montré quelques capacités en la matière.

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