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Sujet à la une

Traitement mécano biologique Un procédé industriel contesté

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23/11/2012


Pierre MAILHARIN

Usines à gaz pour les uns, pôles de valorisation pour les autres : la bataille autour du double projet de traitement des déchets, porté par Bil Ta Garbi, vire parfois à la querelle sémantique. C’est à qui rabaissera ou exaltera le mieux les futures constructions potentielles.

Cette communication un peu excessive soutend une incompréhension plus profonde, qui a trait au procédé industriel choisi par le syndicat mixte pour la gestion de ses Ordures ménagères résiduelles (OMR, poubelles noires). La technique en question, le TMB ou Traitement mécano biologique, sera mise en œuvre sur les sites de Bayonne-Nord (Canopia) et de Charritte-de-Bas (Mendixka).

Définition du TMB

Un avis de l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, rendu en mars 2012, définit ce savoir-faire comme “l’imbrication étroite de plusieurs opérations”. Essentiellement deux types : le traitement et le tri mécanique, qui vise à fractionner les déchets et isoler progressivement certains éléments valorisables (métaux, plastiques, verres recyclables…) et les déchets fermentescibles (matière organique biodégradable) ; des actions biologiques telles que le compostage ou la méthanisation qui transforment la fraction fermentescible isolée en produits valorisables (compost, biogaz) ou en produits “stabilisés” pouvant ensuite être enfouis.

Compte tenu des futures quantités d’OMR absorbées, 60 000 tonnes/an à Canopia, 20 000 à Mendixka, il a été décidé la mise en place de deux systèmes “TMB” un peu différents : tri méthanisation compostage à Bayonne-Nord et tri compostage à Charritte-de-Bas. Pour chaque unité, Thomas Vachey, chef des projets, avance le chiffre de 50 % des OMR entrants valorisés. L’autre moitié sera enfouie, à Charritte (Mendixka) et sur le site de Saint-Pée-sur-Nivelle Zaluaga Bi (Canopia).

Nuisances olfactives

Les griefs à l’encontre du TMB sont essentiellement de deux ordres. Les nuisances olfactives, d’abord. Autrement dit, la puanteur. “Dans le dossier de l’appel d’offres (accordé à l’entreprise Urbaser, ndlr), il est marqué pas plus de 2 % du temps, c’est-à-dire 29 minutes par jour. Pendant une heure, ça peut donc puer légalement. C’est inhérent à ce type de production, ils ne peuvent pas garantir moins”, pointe Marie-Annick Lartigue, secrétaire de l’Adech, association de riverains bayonnais opposée à Canopia. “2 %, c’est la réglementation, conteste M. Vachey. Ça ne veut pas dire que ça va sentir. On n’a pas changé de discours, on est toujours avec un objectif zéro nuisance”.

Compost à la norme ?

L’autre récrimination concerne le compost créé par le TMB, qui ne serait pas de bonne qualité. Et donc inutilisable. Dans une interview au JPB le 28 août, le maire de Charritte-de-Bas Laurent Etxeberry ne mâchait pas ses mots : “Aujourd’hui, la Commission européenne dit que ce qui sort n’est pas du compost. C’est du pseudo-compost dans lequel on peut trouver des fermentescibles, des métaux lourds, des piles, du verre… Une seule pile dans du compost, c’est du mercure pour 50 ans dans les sols. On va même jusqu’à diluer ce pseudo-compost avec des déchets verts pour réduire le taux de pollution et atteindre la norme NF U 44-051 (norme française obligatoire depuis le 21 août 2007, ndlr) qui, elle, est déjà très élevée. C’est une aberration”.

“Les usines qui font du tri compostage, comme celle de Caupenne dans les Landes, produisent du compost de très bonne qualité. Il n’y a pas de débat là-dessus”, coupe Thomas Vachey. “Alors pourquoi personne ne veut de ce compost, pourquoi Urbaser n’a aucun engagement avec des agriculteurs ?”, interroge Pierre Soubeyran de l’Adech. “En amont, on a fait des études qui ont démontré qu’il y avait des débouchés potentiels, se défend M. Vachey. Dans notre contractualisation avec Urbaser, qui exploitera le site pendant cinq ans, c’est à l’entreprise de trouver ces débouchés. Nous allons l’aider, nous avons déjà rencontré la Chambre d’agriculture. À Caupenne, le compost est demandé par les agriculteurs”. La réglementation européenne doit bientôt se durcir ? Pas de problème : “C’est la vie des normes, un jour, elles deviennent plus contraignantes. On est capable d’évoluer et de s’y adapter”.

Mises en garde de l’Ademe

Pour faire pencher la balance médiatique de leur côté, chaque camp compare les futures usines à d’autres existantes (voir page 2). Le débat de spécialistes est impossible à trancher en l’état. L’Ademe s’en chargera “début 2013”, ainsi qu’elle l’annonce dans son avis de mars 2012, au terme de “l’évaluation des plus récentes réalisations pour en évaluer les performances” lancée en 2011. D’ores et déjà, elle fait savoir que “le retour d’expériences des collectivités territoriales ayant recours au TMB reste trop faible pour soutenir, à ce stade, la généralisation de ce mode de traitement, dont le coût est significatif et très dépendant de la performance de valorisation et de la pérennité des débouchés (problème du compost, ndlr)”.

Aussi, elle “invite les collectivités à une grande prudence lors du choix de cette filière et à n’y recourir qu’après examen comparatif avec les scénarios alternatifs envisageables”. Pour Bil Ta Garbi, le coup est déjà parti. “L’Ademe dit en fait que le TMB c’est

bien mais qu’il faut faire attention à la qualité des déchets qui arrivent. On s’inscrit totalement là-dedans. L’usine de Bayonne sera la première usine de la nouvelle génération en France, avec un niveau d’exigence jamais atteint”, assure Thomas Vachey.

À moins d’une interdiction administrative - plusieurs recours ont été déposés par les opposants - le verdict populaire tombera en 2014, date de l’entrée en fonction prévue des deux sites.

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